Le Phare (1998)



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1. Le quartier
2. La rupture
3. Monochrome
4. La dispute
5. L'arrivée sur l'île
6. La noyée
7. Le fromveur
8. L'homme aux bras ballants
9. Sur le fil
10. Les jours heureux
11. La crise
12. Les bras de mer
13. La chute
14. L'effondrement


Je ne vais pas faire dans l’original puisque j’ai découvert Yann Tiersen à travers la bande sonore du film Amélie Poulain et je suis naturellement tombé sous le charme des airs chaloupés et mélodiques sentant bon le folklore et la vieille France, la nostalgie et la mélancolie surannée. Alors pourquoi ne pas prolonger la magie en découvrant la véritable discographie de Yann Tiersen et pourquoi ne pas débuter par un de ses disques les plus réputés ? C’est ainsi que j’en suis venu à écouter Le Phare mais quelle ne fut pas ma surprise, au bout de la quatrième piste, de me retrouver avec un morceau tout droit sorti de la bande son d’Amélie Poulain. Je pensais naïvement que Yann Tiersen avait composé toute la musique spécialement pour le film, mais ce n’est pas le cas. Et du coup, cela fait bizarre de se retrouver avec des pistes que j’ai déjà écouté en long, en large et en travers et que je connais quasiment par cœur. Mais qui ne connaît pas par cœur des chansons comme La Dispute, La Noyée ou Sur Le Fil ? Même sans avoir vu le film, ces titres me paraissent tellement gravés dans l’inconscient qu’il suffit de les avoir écoutés une seule fois pour les avoir imprégnés au fond de son esprit. Et malgré le nombre de fois où j’ai pu les écouter, le pouvoir de ces chansons me fascine encore, tant elles arrivent à capter une atmosphère si chargée de sentiments nostalgiques, comme si l’image du temps qui passe avait enfin trouvé son expression la plus absolue et définitive, avec ce que cela implique d’entrain, de frénésie insatiable (La Noyée), de regrets (La Dispute) et de mélancolie (Sur Le Fil). C’est du génie à l’état pur. Malheureusement ces morceaux ont tendance à éclipser le reste du disque, à mon sens. Je les trouve tellement écrasants et imposants que les autres chansons ont du mal à exister. Alors, à savoir si j’ai vraiment trop écouté la bande son d’Amélie Poulain ou si les autres morceaux sont réellement moins bons, je ne sais pas. En tout cas, les titres n’ont pas été choisis au hasard pour le film, les meilleurs ont été pris sans nul doute, il n’y a pas de mystère. D’ailleurs, pour la bande sonore, ils ont même eu la (bonne) idée d’épurer Sur Le Fil de son introduction au violon plutôt crispante pour ne garder que la beauté désolée de la partie au piano.

Je trouve que c’est significatif du rapport qu'il y a entre Le Phare et ce qui en a été tiré pour Amélie Poulain, soit le meilleur, la quintessence, l’essentiel, le reste étant beaucoup plus dispensable. En fait, ce que je trouve de plus gênant dans le disque, c’est sa construction éclatée. Certains morceaux dépassent juste la minute, tandis que d’autres font cinq minutes. L’impression de sauter du coq à l’âne, de jongler entre démo et véritable morceau élaboré est parfois trop présente et rend le disque trop disparate. Les titres d’une minute et des brouettes n’ont guère d’intérêt, ils exposent au contraire l’aspect un peu lourd du folklore de Tiersen, où les accordéons et autres vielles peuvent vite devenir envahissants quand ils tournent dans le vide et ne retrouvent pas l’inspiration de La Noyée. En fait, je préfère nettement quand le musicien épure sa musique, voire se concentre uniquement sur son piano. C’est pour cela que j’ai plutôt un penchant pour Monochrome avec son chant élégiaque qui montre à quel point Beirut a été influencé par Yann Tiersen et qui me rappelle pourquoi j’ai apprécie The Flying Club Cup. Je suis tout aussi sensible au morceau Les Bras de Mer sur lequel chante Dominique A. et qui me rappelle pourquoi j’ai aimé l’Horizon (même si finalement, son style entre 1998 et 2006 a peu évolué, mais de ce fait on le reconnaît immédiatement). Enfin, La Chute, instrumental intégralement joué au piano, aurait sans doute la même aura que Sur Le Fil s’il avait été inclu dans la bande sonore d’Amélie Poulain, ce qui situe quand même la qualité du truc. Et j’aime quand Tiersen est seul avec son piano, car c’est souvent synonyme d’état de grâce, et La Chute flirte constamment avec. Au final ce sont les trois seuls morceaux qui sortent du lot avec le trio « Amélie Poulain », soit un album honorable de Yann Tiersen mais je m’attendais à être plus captivé, plus surpris, par sa musique. Je m’attendais à découvrir une autre facette du musicien après la bande sonore d’Amélie Poulain, quelque chose de plus personnel et authentique sans doute, alors que la magie du gars est déjà toute contenue dans les musiques du film de Jeunet.