Thirteen (1993)



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1. Hang On
2. The Cabbage
3. Radio
4. Norman 3
5. Song to the Cynic
6. 120 Mins
7. Escher
8. Commercial Alternative
9. Fear of Flying
10. Tears Are Cool
11. Ret Liv Dead
12. Get Funky
13. Gene Clark


Thirteen poursuit la progression de Teenage Fanclub vers la pop, et me paraît, de ce fait plus efficace et accessible que Bandwagonesque. Le disque condense à merveille le sens mélodique de Teenage Fanclub, beaucoup mieux que Bandwagonesque, tout en conservant la fougue des débuts, ce qui se traduit par des dérives foutraques presque dignes de celles du premier album. Des accès de facilité qui ont sans doute à jamais empêché le groupe d’accéder à une plus grande reconnaissance mais que je trouve, en ce qui me concerne, irrésistibles et font de Teenage Fanclub un groupe définitivement à part. C’est ainsi que l’on retrouve des morceaux saturés balancés avec nonchalance (The Cabbage, Radio, Commercial Alternative, Ret Live Dead) et surtout un instrumental totalement vain mais qui amuse comme jamais (Get Funky). A la limite, je suis même déçu que ce génialissime titre soit aussi court et n’exploite pas son formidable riff, mais cela reste dans la logique de Teenage Fanclub, à savoir trouver un truc excellent, un gimmick, le jouer, et être content. On se rattrappe néanmoins avec Escher dont l’introduction est fantastique et prouve à quel point le groupe a compris comment composer une chanson accrocheuse (enfin, dommage là aussi que le riff d’introduction ne revienne pas au fil du morceau car c’est sans doute le meilleur truc qu’ait jamais trouvé le groupe). Teenage Fanclub affine clairement son talent de composition et lorgne vers les élans pop, notamment en ce qui concerne les mélodies. L’atmosphère se fait plus légère et le chant rêveur et évanescent, en contrepoint d’une musique encore globalement chargée d’électricité. C’est une formule déjà éprouvée sur Bandwagonesque, mais elle est beaucoup plus réussie ici, non seulement car la production me semble plus tranchante, plus claire au niveau de la séparation entre le chant et les guitares, mais également car les mélodies sont plus efficaces.

A ce titre, les morceaux les plus accrocheurs du disque sont Hang On, Norman, Fear Of Flying (titre qui n’a rien à voir avec la chanson de The Auteurs) et Gene Clark (qui n’a absolument rien à voir avec l’artiste en question, décidément). Le plus amusant, et ce qui fait tout le charme de Thirteen, c’est que même sur ces morceaux en apparence plus calmes, posés, le groupe s’autorise des fantaisies sans aucun intérêt, juste pour leur propre plaisir. On dirait par moment que le groupe est simplement content de jouer et aime s’écouter. Hang On se termine par des parties de violon et de flûte (?) qui tournent en boucle pendant plus de deux minutes ; Norman 3 pourrait carrément se résumer à un refrain perpétuel de quatre minutes répétant I’m in love with you ; Fear Of Flying se termine avec trois minutes de guitare rythmique avant que des « hey hey » finissent de conclure l’affaire ; enfin Gene Clark est introduite par plus de trois minutes de solos de guitare électrique qui ressemblent plus à un hommage ouvert à Neil Young (et un bon qui plus est) qu’au regretté Gene Clark (mais enfin, c’est quoi ce titre ?). Autant de pirouettes qui peuvent paraître exaspérantes, en tout cas trop faciles car elles pourraient tout aussi bien tourner en rond pour l’éternité, mais qui donnent à Thirteen toute sa saveur, à mi chemin entre jeunesse débridée et décomplexée, qui se la coule douce et n’a de compte à rendre à personne, et réelle volonté d’évolution, avec le plaisir de jouer et de proposer de la bonne musique. Ce que je trouve de plus attachant avec Teenage Fanclub c’est cette capacité à écrire et interpréter de la musique, avec une part d’esbrouffe et de plaisir coupable, tout en ayant conscience de leurs propres limites, et en en jouant, ce qui fait que les coups de bluff présents ici ou là ressemblent à des clins d’œil amusés envers l’auditeur qui rentre dans le jeu du groupe et se laisse embarquer par le côté malicieux mais surtout grandement délirant de l’affaire, car rien n’est jamais vraiment sérieux (encore moins que chez Supergrass, c’est dire). Si on veut écouter un groupe avec des guitares qui ont un peu plus de choses à dire, il faut aller voir ailleurs (Built To Spill par exemple), et c’est ce que Teenage Fanclub cherche presque à nous faire comprendre.

Tout est donc loin d’être irréprochable dans Thirteen, c’est certain, et je ne sais même pas si c’est un album à conseiller (sauf si on aime Teenage Fanclub), mais je pense que c’est le meilleur disque et le plus représentatif de la première période du groupe écossais (et donc l'un des meilleurs tout court). Thirteen amorce la période pure pop du groupe qui va débuter avec le disque suivant, Grand Prix. La preuve avec des titres étonamment calmes (120 mins avec son banjo incroyablement doux, et Tears Are Cool), tout en conservant l’énergie brute que le groupe perdra définitivement par la suite. Alors c’est vrai que Thirteen ressemble parfois à un foutoir, avec des morceaux aux inspirations très variées qui n’ont parfois pas grand-chose à voir, où les grosses guitares laissent la place à des mélodies douces, des rengaines qui tournent en boucle à des bouts de choses à peine utilisés – en ce sens il fait moins office de définition ultime de genre, la noise pop, comme peut l’être Bandwagonesque, ce qui vaut sans doute à ce disque autant d’éloges - mais au moins on ne peut lui enlever son caractère très représentatif des débuts de Teenage Fanclub.