Songs From Northern Britain (1997)



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1. Start Again
2. Ain't That Enough
3. Can't Feel My Soul
4. I Don't Want Control of You
5. Planets
6. It's a Bad World
7. Take the Long Way Around
8. Winter
9. I Don't Care
10. Mount Everest
11. Your Love is the Place Where I Come From
12. Speed of Light



Songs From Northern Britain est à Grand Prix ce que Thirteen est à Bandwagonesque : une évolution. En fait les deux albums les plus reconnus du groupe sont Bandwagonesque et Grand Prix alors que je trouve que leurs successeurs respectifs sont bien plus intéressants et/ou aboutis, et sont tout simplement bien mieux à mon sens. Songs From Northern Britain franchit un pas de plus vers la pop carillonante et euphorisante, laissant les guitares électriques encore un peu plus au second plan, pour laisser les mélodies s’exprimer au grand air. C’est sans doute le disque du groupe où la musique respire le plus et sent la simplicité absolue, avec une production judicieuse, équilibrée entre la tension électrique et l’aspect mélodique pop de Teenage Fanclub. Les chansons dégagent ainsi une véritable authenticité et collent à merveille à l’univers évoqué dans le titre de l’album et dans les photos de la pochette et du livret. Les paysages d’Ecosse, aussi sauvages qu’intimes, où les routes désertes défilent à travers des montagnes qui paraissent vierges de toute présence humaine. Teenage Fanclub fait partie de la confrérie des groupes aux goûts douteux quant au choix des pochettes de leurs albums (en compagnie de leurs compatriotes Primal Scream, et de Built To Spill, entre autres) mais pour une fois la pochette, sans être sublime, est judicieuse, et capture idéalement l’atmosphère du meilleur album du groupe. Le hasard fait bien les choses, à moins que la cohérence de la démarche prouve justement à quel point le disque est l’aboutissement de la vision musicale et artistique du groupe.

En tout cas, je dois avouer que je ne suis pas insensible au charme de la pochette et des photos du livret. De là à croire que cela influe sur mon jugement et sur l’homogénéité que je ressens dans les chansons du disque. Cela doit jouer, je pense. Imaginer l’album avec la pochette de Grand Prix et tout de suite l’effet n’est plus le même, c’est indéniable. Mais le constat est là : on a de la pop bucolique, rêveuse, la tête dans étoiles, qui aime se fondre dans la contemplation d’un panorama naturel saisissant par sa simple beauté. En fait le groupe continue à faire ce qu’il a toujours fait, mais j’ai le sentiment qu’ils ont enfin réussi à concevoir l’écrin parfait pour accueillir l’alchimie singulière de leur musique. La plupart des chansons du disque arrivent à capter ce qui fait la magie de la pop la plus simple et évidente au monde, sans aucun artifice, sans bruit ostentatoire, ou quand l’efficacité se marie idéalement à la mélancolie touchante, à la rupture subtile émouvante. Il a fallu que le groupe se recentre sur la simplicité de sa musique, comme s’il se retrouvait lui-même, voire se trouvait tout court, pour que la qualité de leurs mélodies, et surtout leur sensibilité, éclate au grand jour. Sur les précédents disques j’avais parfois le sentiment que les mélodies étaient un peu guimauves et lisses alors que sur Songs From Northern Britain tout me semble plus évident et plus touchant, sans doute car la musique est mieux équilibrée, plus authentique, sans aucun contraste gênant entre le côté évanescent du chant et la rugosité des guitares. Même les chansons mettant les guitares un peu plus en avant (à l’image de Start Again, Take The Long Way Round, I Don’t Care et Speed Of Light) possèdent une atmosphère qui ne dépareille pas tant que cela vis-à-vis des véritables perles que sont Ain’t That Enough, I Don’t Want Control Of You, Planets (sublime), Winter et Your Love Is The Place Where I Come From.

Le signe évident de l’évolution du groupe reste cependant les deux meilleurs morceaux du disque, It’s A Bad World et Mount Everest, des chefs-d’œuvre de composition qui mesurent à quel point le groupe a su digérer l’utilisation des guitares électriques dans sa musique. Le motif de petites notes obsédantes illumine chaque seconde de It’s A Bad World tandis que Mount Everest se traîne le long d’accords aussi désinvoltes que profondément intenses. Ce sont sans doute les deux meilleures chansons de Teenage Fanclub, leurs deux titres ultimes et définitifs, en tout cas à mes yeux. On sent également l’héritage et la digestion de l’électricité à travers les discrètes notes bruitistes qui parsèment Mount Everest et le solo échevelé qui fait s’envoler très haut le final de Your Love Is The Place Where I Come From. Aux débuts du groupe ces plans auraient fini par vampiriser les chansons alors que là ils les servent et contribuent à les faire briller. Ce n’est pas un cliché de dire que Teenage Fanclub a atteint la maturité avec Songs From Northern Britain et sont enfin devenus les dignes successeurs de Big Star avec leur pop touchante et lumineuse.