Grand Prix (1995)



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1. About You
2. Sparky's Dream
3. Mellow Doubt
4. Don't Look Back
5. Verisimilitude
6. Neil Jung
7. Tears
8. Discolite
9. Say No
10. Going Places
11. I'll Make It Clear
12. I Gotta Know
13. Hardcore / Ballad


Si l’on considère en général Grand Prix comme le premier album pop de Teenage Fanclub il faut avouer que les guitares électriques sont encore assez présentes dans la composition des morceaux. Mais il ressort néanmoins de ce disque une volonté claire du groupe de se diriger vers une musique plus limpide, simple, épurée, efficace et légère. L’accent est mis sur les mélodies qui occupent le haut du pavé et définissent l’identité de la plupart des chansons, loin de la saturation bordélique de Bandwagonesque et des débordements gratuits de Thirteen. On a le sentiment que le groupe est entré dans l’âge de la raison et a circonscrit sa musique dans un registre très contrôlé, sans aucune dérive, avec une maîtrise absolue. En fait Grand Prix c’est en quelque sorte Bandwagonesque sans les guitares noisy ou en tout cas avec des guitares assagies. On retrouve ainsi le même genre de disque, très maîtrisé, très carré au niveau de sa composition, mais sans doute trop, sans folie et sans véritable coup de génie. C’est ce qui m’embête le plus avec Teenage Fanclub. J’aimerais trouver ce groupe génial et adorer ses chansons qui paraissent si plaisantes, accessibles et emballantes, mais il y a souvent un aspect trop professionnel, trop impeccable, dans les mélodies, comme si la facilité qui semble en émaner relève dans une certaine mesure de la miévrerie.

C’est aussi pour cela que je préfère quand le groupe se permet des excès comme sur Thirteen (ou même sur le premier album), car je sens alors une approche différente, plus délurée, moins conventionnelle, qui rend Teenage Fanclub vraiment attachant. Quand le groupe se contente de composer de jolies mélodies rêveuses, on tombe dans un registre plus stéréotypé qui manque de personnalité et de caractère. Mais je crois que j’ai également du mal avec la manière dont le groupe utilise les guitares électriques, notamment dans leurs chansons pop mélodiques. Le contraste entre le poids peu subtil des guitares rythmiques et la légèreté des mélodies a tendance à m’ennuyer et renforce l’uniformité des compositions du groupe. En réalité, j’ai l’impression que les guitares électriques masquent le manque d’inspiration, car il ressort au final bien peu de plans incisifs, de parties marquantes au milieu des accords. C’est un souci que l’on retrouve naturellement sur Bandwagonesque mais également sur Grand Prix qui, comme je l’ai déjà précisé, est loin de bannir les guitares électriques de ses chansons, malgré sa réputation d’album pop. Certes, les guitares sont plus discrètes, moins brouillones, utilisées de manière plus réfléchie, mais il n’empêche qu’elles sont encore là et marquent la plupart des chansons de leurs empreintes. Je suis incapable de dire que l’album contient de mauvais morceaux (si ce n’est Discolite, I’ll Make It Clear et Hardcore/Ballad qui me paraissent plus faibles que le reste), mais je ne peux m’empêcher de ressentir un peu de frustration à l’écoute des chansons, comme si celles-ci pourraient être encore meilleures et plus marquantes, sans le poids des guitares. About You, Sparky’s Dream, Don’t Look Back, Neil Jung, c’est très bien, mais je n’arrive pas à en profiter pleinement, je n’arrive pas à me dire que ce sont des morceaux géniaux que j’ai envie d’écouter et de réécouter.

Et les raisons à cela m’échappent, c’est ce qui fait partie du mystère Teenage Fanclub. Mélodies trop mielleuses ? Interprétation trop monolithique, uniforme ? Tout ce que je sais c’est que je préfère quand la musique reflète la simplicité et la bucolie des mélodies comme sur les délicats Mellow Doubt et Say No qui annoncent par ailleurs les titres de Songs From Northern Britain, ce qui permet notamment de faire ressortir les trouvailles sonores qui me plaisent tant, à l’image de l’entêtant Versimilitude, du très joli Tears avec son piano ou bien encore des arpèges de Going Places. Bref, quand le groupe se met à faire de la musique qui respire vraiment le grand air, là, je sens quelque chose qui se passe et qui m’accroche, et c’est ce qui va se concrétiser avec Songs From Northern Britain, le disque suivant. Grand Prix est un bon album mais un peu trop sage, encore trop engoncé dans l’héritage Bandwagonesque, sans le fun délirant de Thirteen, et pas suffisamment épuré pour atteindre la quintessence, la limpidité et la cohérence de Songs From Northern Britain.