A Catholic Education (1990)



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1. Heavy Metal
2. Everything Flows
3. Catholic Education
4. Too Involved
5. Don't Need a Drum
6. Critical Mass
7. Heavy Metal II
8. Catholic Education 2
9. Eternal Light
10. Every Picture I Paint
11. Everybody's Fool




Teenage Fanclub est sans doute un des groupes les plus attachants des années 90, par la magie d’une musique aussi classique dans ses inspirations que très personnelle dans son interprétation. Le groupe n’a jamais cherché à bouleverser le monde de la musique, et il le lui a bien rendu en relégant les écossais au rôle d’éternels outsiders d’une scène indie rock bien encombrée et peu avare en sensations bruyantes. Pas de quoi se relever la nuit pourrait-on dire, et c’est pas loin de la vérité tant Teenage Fanclub s’est appliqué à livrer des fournées successives, avec amour mais sans atteindra l’illumination (quoique Songs From Northern Britain est pas loin d’être un chef-d’œuvre, humble, peut-être trop, mais un chef-d’œuvre quand même). En fait, la musique du groupe est très prévisible, mais elle dégage un je ne sais quoi de terriblement sympathique, un truc qui pourrait se résumer à la passion et au plaisir simple de faire de la musique. La carrière des écossais peut se découper en deux parties : la première s’étend des débuts jusqu’à Thirteen et zone dans un rock foutraque plein de guitares saturées avec une tendance pop emballante ; la seconde partie commence avec Grand Prix et s’aventure, cette fois, dans la pop la plus pure, petit à petit débarrassée des guitares mal dégrossies.

Pour simplifier les choses on peut dire que plus le groupe avance en âge et plus il mûrit en épurant sa musique, du rock indie revêche à l’orfèvrerie pop. C’est presque un cliché (vouloir faire de la pop, un signe d’apaisement, une forme de sagesse et de maturité) mais il faut bien avouer que beaucoup de groupes ont suivi ce chemin (ne serait-ce que les Flaming Lips). De toute manière, Teenage Fanclub n’est pas un groupe qui s’embarrase des clichés, il s’en joue avec un certain amusement, notamment à ses débuts, à tel point que l’on se demande par moment s’il faut rire de joie ou de moquerie en écoutant certains morceaux. C’est d’ailleurs peut-être pour cela que la plupart des gens retiennent en général de la première période du groupe uniquement Bandwagonesque et font peu de cas de A Catholic Education et Thirteen. Le disque au sac de dollar (oui Teenage Fanclub fait partie du club des groupes aux pochettes d’album moches), tout en restant dans le domaine du rock braillard, comporte moins de trucs poids lourd et délirants que ses deux confrères. Mais, je ne sais pas, je trouve que ces deux disques possèdent justement un côté fun, délirant, parfois à côté de la plaque, qui m’amuse et qui m’accroche plus que les morceaux de Bandwagonesque.

Sur A Catholic Education, le premier album de Teenage Fanclub donc, le groupe est presque à la ramasse et joue sa musique totalement à l’arrache. Le chanteur chante vraiment faux, il a du mal à pousser sa voix, et les guitares défouraillent dans tous les sens un peu n’importe comment. On sent que le groupe débute car l’enregistrement fleure bon l’amateurisme. C’est amusant de voir à quel point le groupe a su évoluer de brouillon sonore vers une musique très épurée, limpide, efficace. Mais au moins on a la preuve que tout ne tombe pas du ciel du jour au lendemain et que même les groupes les plus établis ont galéré au début et n’étaient pas forcément des foudres de guerre, car on ne peut pas dire que les gus qui jouent sur A Catholic Education soient des génies. Et c’est en vérité ce qui rend ce disque, et Teenage Fanclub par extension, encore plus attachants, car ils possèdent une véritable authenticité, on sent que le groupe ne se prend pas au sérieux, chose qui leur sera à jamais impossible après un tel album. Au final, toute leur démarche et leur identité se situent et se définissent là. A Catholic Education demeure ainsi un des disques les plus éminement sympathiques qu’il m’ait été donné d’entendre.

Comment ne pas avoir une certaine tendresse pour cette musique si décomplexée et joyeusement bordélique ? Par moment, les morceaux flirtent avec la parodie du rock gras du bide, brut de décoffrage comme sur le bienommé Heavy Metal II, instrumental de bûcheron monstrueux. On se demande si c’est du lard ou du cochon, tant l’exagération clichesque est à son comble, on se dit que le groupe est un peu lourd, là, et puis non, c’est juste inutile mais le groupe balance son morceau pour le fun, sans arrière pensée. Et je ne sais pas pourquoi, sans doute par la grâce de la maîtrise absolue du second degré, comme si on avait affaire à une sorte de Spinal Tap de l’indie rock qui essaie d’en remontrer aux papies du hard rock, la formule finit par marcher et file la banane. Le groupe possède en outre déjà un feeling pop mais il est totalement broyé par une avalanche de guitares là aussi fracassées et un chant à côté de ses pompes. Mais il n’empêche qu'un morceau comme Every Picture I Paint est emballant tant il déboule de manière anarchique et effrénée. Autant d’ingrédients qui font de A Catholic Education un disque aussi dispensable et nul techniquement que tout à fait unique en son genre, du pur indie rock qui en dévoilant ses limites sans retenue se révèle complètement authentique.