Illinois (2005)




...

1. Concerning the UFO
2. The Black Hawk War
3. Come On! Feel the Illinoise!
4. John Wayne Gacy Jr.
5. Jacksonville
6. A Short Reprise
7. Decatur
8. One Last 'Whoo-Hoo!'
9. Chicago
10. Casimir Pulaski Day
11. To the Workers

12. The Man of Metropolis
13. Prairie Fire that Wanders About
14. A Conjunction of Drones
15. The Predatory Wasp
16. They Are Night Zombies!!
17. Let's Hear that String Part Again
18. In this Temple
19. The Seer's Tower
20. The Tallest Man
21. Riffs and Variations
22. Out of Egypt



Illinois n’est pas le genre d’album que l’on cerne et apprivoise en l’espace de quelques écoutes, c’est certain. Il suffit de regarder le foisonnement des titres au dos du disque (que j'ai coupé comme un boucher sur la track list ci-dessus) pour s’en rendre compte : Illinois est un album boulimique, qui tape dans le grandiose gargantuesque à rallonge (en fait le disque dure 1h15). Comme toujours avec ce genre d’album, la première écoute est une phase d’approche durant laquelle on se noie littéralement sous les flots de la musique, tout juste émerge-t-on lors d’une vague fulgurance et d’un truc qui envoie suffisamment pour se démarquer de l’océan sonore. On se dit alors que c’est typiquement le style d’album qui peut se révéler génial sans que l’on puisse l’affirmer de manière catégorie et pour cause, on est encore dans une phase d’acclimatation. Le problème c’est que ce ne sont pas forcément les écoutes suivantes qui vont apporter la réponse, il faut encore bien plus de temps pour laisser mûrir chacune des chansons qui compose cette œuvre foisonnante.

Le truc c’est qu’il est difficile de garder le sens de la mesure devant tant de profusion. La musique de Sufjan Stevens est en réalité très classique, on a droit à du folk indie de la plus pure souche comme il en est sorti par wagons entiers durant les années 2000, de Iron & Wine à Andrew Bird, avec ce qu’il faut de touches intimistes et émouvantes, et de petites audaces sonores, à coup d’arrangements très travaillés (cordes, cuivres, piano), qui transforment les chansons en pop songs idéales et réjouissantes. Le disque possède une très bonne dynamique et alterne morceaux folks discrets et titres un peu plus entraînants (Come On Feel The Illinoise et Jacksonville avec son groove gospelien). Illinois n’est pas un album novateur, c’est certain, mais ce qu’il fait, il le fait très bien. On a là un très bon album, réalisé avec un immense savoir faire et un talent indéniable pour écrire des chansons enthousiasmantes, c’est clair et net. Ce qui démarque vraiment Illinois des albums folk de base, du genre Armchair Apocrypha, c’est son sens de la démesure. Les disques de ce genre, qui ne font pas les choses à moitié et envoient une quantité ahurissante de chansons dégagent toujours un supplément de quelque chose et semblent avoir toujours plus de mérite que les autres, comme si le fait d’avoir l’air d’une bible du genre transcendait la qualité même de la musique. Naturellement, il faut que la qualité soit constante et que la durée du disque ne soit pas justifiée par des trous d’air et autres remplissages de toutes sortes, ce qui n’est pas le cas d’Illinois qui ne faiblit à aucun moment. Ce genre de disque donne toujours l’impression de renfermer plus de trésors qu’un disque qui ne dure que 50 minutes, alors même que qualitativement les deux disques se valent et c’est ce qui, je pense, fait la différence.

Je n’arrive donc pas à dire que Illinois est un disque génial, car j’ai l’impression d’avoir déjà plus ou moins entendu cette musique (ce n’est pas une critique en soi, sinon je me contenterais d’écouter en boucle une poignée d’albums, et puis j’aime beaucoup le folk qu’écrit Sufjan Stevens), mais étant donné sa générosité, ce n’est pas une œuvre qui laisse indifférent, et je ne peux pas dire que j’ai réussi à cerner toute la richesse et les subtilités qu’il renferme. Ce n’est pas une chose qui se fait en quelques écoutes. Il faut dire que c’est le genre d’album qui donne envie d’en savoir plus, de passer plus de temps à l’explorer, voir grandir les chansons d’écoutes en écoutes. C’est un album dans lequel on aime se perdre, avec lequel on aime prendre son temps. J’aime ce genre de disque, long et dense, que l’on lance et qui nous porte, bercé par une atmosphère, un univers qui semblent ne jamais devoir s’arrêter, comme si l’album était doué de vie.