Acme (1998)



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1. Calvin
2. Magical Colors
3. Do You Wanna Get Heavy ?
4. High Gear
5. Talk About the Blues
6. I Wanna Make It All Right
7. Lovin' Machine
8. Bernie
9. Blue Green Olga
10. Give Me a Chance
11. Desperate
12. Torture
13. Attack


J’ai toujours été intrigué par la pochette de cet album, si éclatante, si colorée, si orange, si attirante, trop pour être honnête. Et pourtant c’est sous cette pochette si aguichante, presque ostentatoire, que se cache un incroyable album de blues rock survitaminé comme l’on n’en fait plus et comme l’on n’en faisait déjà plus à l’époque de sa sortie. En fait, Acme c’est le disque que les Whites Stripes n’ont jamais réussi à faire. D’ailleurs c’est sans doute après avoir écouté le Jon Spencer Blues Explosion que Jack White a voulu monter son groupe. Malheureusement pour lui, il n’a jamais vraiment réussi à atteindre l’efficacité imparable, le mélange improbable entre blues, rock garage, funk, réalisé par Jon Spencer. Le plus épatant dans l’histoire c’est la manière dont le guitariste chanteur arrive à rendre le blues rock, genre surexploité depuis alors trente ans, aussi incisif, aussi percutant et accrocheur, en lui insufflant une seconde jeunesse, tout en restant étonamment accessible, sans jamais surjouer avec les décibels (ce que j’aurais parfois tendance à reprocher à Jack White) ou la démonstration technique. C’est d’une simplicité confondante, proche de l’esprit punk en fin de compte, tellement bourré d’énergie que les effets sonores parfois poseurs (certains morceaux ont des allures de titres hip hop) sont juste d’une classe folle, le tout emballé avec des inspirations, des trouvailles qui rendent les chansons presque aussi évidentes et jouissives les unes que les autres. C’est vraiment ce que je trouve formidable dans Acme, quasiment tous les morceaux sont des tubes en puissance. Jon Spencer a la science de la mélodie rock qui tue, du plan de trois notes qui achève et de la rengaine qui twiste.

Le disque s’ouvre d’ailleurs sur un formidable riff de guitare qui tranche dans le vif et annonce d’emblée le programme pétaradant et groovant en diable qui va s’en suivre. Finalement, les morceaux qui s’imposent dès la première écoute (dès la première seconde ?) comme une claque inoubliable sont peu nombreux. Calvin fait partie de cette catégorie et symbolise à merveille la manière dont le disque explose à chaque instant, aussi immédiatement féroce que durablement enthousiasmant. L’énergie ne fléchit pas une seule seconde tout au long de l’album, et comme je l’ai dit plus haut, chaque titre peut se targuer de contenir une petite trouvaille qui le propulse dans la stratosphère du rock qui tape et qui réjouit, aussi survolté dans sa démence que pop dans son approche, à l’image de l’ambiance décontractée de Magical Colors (31 Flavors) qui émerveille et montre à quel point le feeling de Jon Spencer est affuté, ou bien du final en roue libre de Do You Wanna Get Heavy, sans parler des riffs funky de Lovin’ Machine et de Blue Green Olga, ou des notes de piano ultimes de Torture, le genre de détails qui font toute la différence. C’est marrant, parce que la musique du groupe évoque à plusieurs moments, outre le blues, des influences diverses et variées, soit en tant que sources d’inspiration (Beck, Red Hot Chili Peppers, Prince, à l’image de Blue Green Olga), soit en tant qu’inspiration (Flashlight Fight de The Go Team ressemble à Attack), une fusion improbable qui montre à quel point le rock d’Acme s’inscrit dans la modernité, dans le mélange des genres cher à son époque, tout en conservant un véritable feeling, dopé, unique, qui n’appartient qu’au Jon Spencer Blues Explosion. Acme c’est la réconciliation réussie du rock indie avec le patrimoine antique du blues rock.