XO (1998)



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1. Sweet Adeline
2. Tomorrow Tomorrow
3. Waltz #2 (XO)
4. Baby Britain
5. Pitseleh
6. Independence Day
7. Bled White
8. Waltz #1
9. Amity
10. Oh Well, Okay
11. Bottle Up and Explode!
12. A Question Mark
13. Everybody Cares, Everybody Understands
14. I Didn't Understand



Rétrospectivement, la progression d’Elliott Smith à travers ses albums apparaît de manière claire, évidente, presque ostentatoire, si l’artiste n’avait pas le don de rendre ses chansons subtiles aussi humbles que discrètes. Car, avec XO, et c’était déjà plus ou moins le cas avec Either/Or, mais de manière moins flagrante, le chanteur ne peut plus cacher l’évolution qu’il souhaite apporter à sa musique : il voit les choses en grand et veut tutoyer les sommets absolus de la pop la plus pure et sublime qui soit. Avec toutefois la modestie qui le caractérise, et c’est à ce niveau que se situe tout le génie de Smith qui confère à ses albums une force sans commune mesure. Le chanteur a beau lisser ses chansons, les rendre moins perfectibles, dans le but d’atteindre une sorte de perfection formelle, il ne perd pas grand-chose de la sensibilité qui le caractérise et des émotions que sa musique exprime. Cela étant dit XO se situe un peu à mi chemin, le disque est trop bien produit pour avoir l’atmosphère intimiste de Either/Or, mais il n’est pas suffisamment extraverti et grandiose pour atteindre les futurs sommets de Figure 8 (et de From A Basement On The Hill). L’album est une superbe collection de titres pop/folk, comme Elliott Smith sait si bien les faire, mais on cherche la fissure qui ferait briller les chansons encore davantage. Les titres sont par moment trop contrôlés, ils sont magnifiquement produits, c’est certain, avec notamment une présence beaucoup plus importante du piano, mais ils laissent peu de place à la mélancolie bancale de Either/Or et au déchirement bigger than life que le chanteur va désespérément chercher à atteindre par la suite. XO prend surtout la forme d’une formidable démonstration formelle du talent et du savoir faire d’Elliott Smith, et de ce point de vue l’album renferme de nombreuses perles. Le chanteur compose de plus en plus de morceaux pop et efficaces, à l’image des excellents Independence Day et Bled White, truffés d’arrangements d’une densité et d’une inventivité mélodique enthousiasmantes.

A côté de cela, Smith continue à jouer des morceaux uniquement acoustiques ou presque, et si certains paraissent plus anecdotiques comme Tomorrow, Tomorrow, Oh Well, Ok et I Didn’t Understand, certains se révèlent sublimes, notamment les deux Waltz (surtout Waltz 1 et son piano que Travis a allègrement pompé sans en capturer les effluves mélancoliques) et Pitseleh. C’est sans doute l’aspect le plus étonnant, et le plus frustrant dans une certaine mesure, avec XO, car tous les titres sont bons mais, ensemble, ils ne dégagent pas la magie qu’ils semblent pourtant renfermer. En tout cas, c’est l’album d’Elliott Smith qui me touche le moins, sans que je puisse l’expliquer autrement que par le fait qu’il me paraît trop maîtrisé dans son écriture, il est en quelque sorte trop parfait. Il est toujours gênant d’affirmer cela à propos d’un album, car atteindre une telle perfection, qui me paraît évidente ici, est quelque chose de terriblement difficile, c’est un immense mérite qu’on ne peut pas vraiment considérer comme un défaut ou comme un reproche à adresser à l’artiste. Pourtant c’est ce qui me paraît jouer contre XO, mais c’est surtout une histoire de ressenti personnel. Le fait que la plupart des morceaux soient courts et d’une durée équivalente (de l’ordre de 2 à 3 minutes) renforce sans doute l’impression formelle que donne le disque. Cette retenue, qui faisait tout le charme du disque précédent accouplée à une production imparfaite, a plutôt tendance à couper l’élan de certains morceaux de XO, sans aider à les magnifier en les poussant dans leurs derniers retranchements. De ce point de vue, je trouve qu’Elliott Smith ira encore plus loin dans sa démarche, et osera beaucoup plus avec l’album suivant.