Elliott Smith (1995)



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1. Needle in the Hay
2. Christian Brothers
3. Clementine
4. Southern Belle
5. Single File
6. Coming Up Roses
7. Satellite
8. Alphabet Town
9. St. Ides Heaven
10. Good to Go
11. The White Lady Loves You More
12. The Biggest Lie



Il est compliqué de dire quelque chose à propos du second album d’Elliott Smith après avoir parlé du premier disque de l’artiste, car ces deux œuvres sont très proches en terme d’atmosphère, d’exécution, d’interprétation. On retrouve ainsi Smith, le plus souvent seul avec sa guitare acoustique, délivrant des chansons folk à l’ambiance feutrée et dépouillée. L’évolution se situe surtout au niveau de la composition de certains morceaux qui sont beaucoup plus aboutis que ce que l’artiste a fait jusque-là. De ce fait, le disque a la gueule d’un véritable album, et non celle d’un assemblage de démos enregistrées par un chanteur enfermé dans une pièce comme ce pouvait être le cas sur Roman Candle. Comme d’habitude avec la musique d’Elliott Smith, les subtilités ne se révèlent qu’après plusieurs écoutes, et c’est ainsi que l’impression d’écouter un simple prolongement de Roman Candle s’efface peu à peu, surtout quand finissent par éclater les mélodies obsédantes de Christian Brothers, Coming Up Roses et The White Lady Loves You More. L’écriture de Smith s’affine de plus en plus, et ces morceaux sont les premiers bijoux formels composés par le chanteur. Malgré le classicisme qui paraît se dégager de cette musique – certains évoquent Nick Drake, sauf que Smith est infiniment plus expressif et émouvant que Drake –, une fois que l’on est arrivé à cerner ce qui en fait son identité on se rend compte qu’elle ne ressemble à rien et qu’elle est incroyablement novatrice, que ce soit dans la manière dont elle est interprétée ou dans les émotions qu’elle transmet. Ce souci de la discrétion sublime, illuminée, de l’humilité simple, touchante, brute, est ce qui me parle le plus dans la musique d’Elliott Smith, il en émane une sorte d’idéal, d’essence, tout en restant fragile, humaine, déchirante. Tous les artistes indie folk tenteront durant des années de toucher du doigt la formule miracle, sans vraiment y parvenir (malgré quelques groupes talentueux comme Iron & Wine qui a visiblement été marqué par Elliott Smith et son Biggest Lie).

Enfin, je trouve que Smith prend véritablement son envol à partir du disque suivant, Either/Or. Pour l’heure, cet album homonyme reste encore trop dépouillé à mon goût pour transcender l’univers et les mélodies du chanteur et lui insuffler toute la grâce qu’elles méritent, où les fêlures de l’âme le disputent à la mélancolie sublimée de (et par) la musique. Si le disque se fait, ici, un peu plus accessible, il n’en reste pas moins un peu rude quand on est familiarisé avec la période plus pop d’Elliott Smith. L’artiste n’est pas spécialement là pour faire de la jolie musique, l’atmosphère reste sombre et relativement sans concession, malgré le calme que dégagent les morceaux. Un calme extérieur qui traduit des démons et des tourments intérieurs, sans le souci d’être accueillant ou agréable. Je ne peux m’empêcher de reconnaître les mérites de l’album, mais son atmosphère dénudée ne me touche pas autant que ce que Smith va faire par la suite. Et au milieu des chefs-d’œuvre que j’ai déjà cités (le trio Christian Brothers, Coming Up Roses, The White Lady Loves You More atteint déjà des sommets, vraiment), certains titres sont plus oubliables, et ce n’est pas la sècheresse relative de la production qui permet de dissimuler ou plutôt d’éclairer sous un nouveau jour les possibles faiblesses de composition. Certaines personnes considèrent cet album comme le meilleur d’Elliott Smith justement grâce au dépouillement et au sentiment de sincérité qui émanent de la musique. Il est indéniable que l’on est en présence d’un bon album, mais à mon sens, ce n’est encore qu’un début. Naturellement, ce disque reste indispensable au fan d’Elliott Smith, car toute sa discographie l’est, indispensable.