Alligator (2005)



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1. Secret Meeting
2. Karen
3. Lit Up
4. Looking for Astronauts
5. Daughters of the Soho Riots
6. Baby, We'll Be Fine
7. Friend of Mine
8. Val Jester
9. All the Wine
10. Abel
11. The Geese of Beverly Road
12. City Middle
13. Mr. November


The National semble être un groupe vraiment à part dans le paysage musical actuel. On n'en entend pas beaucoup parler par rapport à d’autres combos bien plus médiatiques, pourtant les albums de ce groupe recueillent les suffrages des auditeurs, ils sont très bien notés un peu partout et se retrouvent même en tête des classements annuels. A l’écoute d’Alligator, le premier disque de The National, j’ai l’impression que ce relatif anonymat s’explique en partie par l’univers et la musique du groupe qui ont de quoi laisser dubitatif. The National n’est ni un groupe indé, ni un groupe variétoche, ni un groupe pop, pas plus qu’un groupe de rock, mais un peu tout ça à la fois. En fait il se dégage de la musique une absence d’identité étonnante, ce qui est certain c’est que The National n’est pas un groupe aventureux et novateur. Leurs chansons ont un esprit rock à papa, cool, qui a du mal à cadrer avec la scène musicale actuelle. Finalement, c’est peut-être sur ce point que réside la véritable force du groupe. Alors que l’on s’attend à découvrir un groupe affirmé, fort – comment pourrait-il en être autrement avec autant d’éloges – on se retrouve avec un groupe tout calme, qui joue une musique sans génie particulier, dénuée de véritables envolées, de prises de risque et d’effets clinquants.

The National est indéniablement en marge de la scène rock actuelle, ce groupe semble complètement à l’ouest, sur une autre planète, paumé dans un autre temps. C’est ce qui rend sans doute le groupe si populaire, car il faut avouer que cet univers légèrement décalé (non pas à côté de la plaque, mais décalé par rapport à l’air du temps) rend finalement le groupe et sa musique étrangement attachants, voire rafraîchissants. Il est impossible de coller une étiquette ou de cataloguer The National, il semble échapper aux genres, aux modes. Vu comme cela, les chansons semblent fades, prêtes à verser dans le rock variétoche aux rengaines vieux jeu, pourtant leur esprit est rattaché, on ne sait trop comment, à la mouvance indie, par la magie de quelques guitares électriques et d’une sorte de nonchalance, d’anticonformisme d’autant plus sensible qu’il flirte avec le conformisme même tout au long du disque. The National c’est la compromission sans compromission. J’ai lu certaines personnes s’insurgeant à propos de la comparaison qui a pu être faite ici ou là entre The National et U2. Bon, c’est vrai que la musique de ces deux groupes n’a pas grand-chose à voir, pourtant à y regarder de plus près The National c’est U2 avec l’esprit indé : une musique pop rock aux influences variétoches qui reste toujours dans le roots et la nonchalance. Le groupe n’est pas prétentieux pour un sou, c’est clair, il n’est pas là pour prendre la pose, il joue sa musique pépère, sans rien demander à personne et sans se réclamer de qui ou de quoi que ce soit. C’est la meilleure manière pour rester en dehors de tout et s’exprimer librement.

Si c’est ce côté humble et inclassable qui fait le charme de The National c’est aussi ce qui l’empêche, à mon sens, de s’affirmer comme un immense groupe génial. On dirait que le groupe est tranquille et ne cherche pas à repousser son talent ou ses limites, c’est vraiment zéro prises de risque. Les chansons semblent temporiser, se contenir, et ne franchissent jamais la limite du rock incandescent, transgressif et transcendant, à l’image du chanteur qui est dans ses pantoufles d’un bout à l’autre du disque. Même s’ils sont agréables et possèdent tous un cachet bien particulier, les morceaux manquent clairement de tranchant. On a l’impression que leur potentiel peut exploser à chaque seconde, que le groupe peut les amener dans des territoires tour à tour accrocheurs et émouvants, et puis, en fait, on en retient qu’une poignée tels Secret Meeting, l’efficace et tendu Karen, le très joli The Geese Of Beverly Road et le final Mr. November qui pousse le volume mais brille surtout avec ses arpèges de guitare. C’est vrai que The National est un groupe atypique, je comprends ce qui peut plaire mais la musique – même si c’est une partie de son charme, ce que je ne remets pas en cause – manque d’ampleur et d’audace pour mériter autant de louanges que cela. L’impression qui ressort de tout cela c’est que le groupe n’a même pas cherché à récolter ces compliments, tant sa musique est de celle qui ne veut pas attirer les regards. Etrange réussite d’un groupe banal.