Now You Know (2002)



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1. Offer
2. Dream
3. Gone
4. Window
5. Heart (Things Never Shared)
6. Lift
7. Woke Up This Morning (With My Mind on Jesus)
8. Instrumental
9. Sleeve
10. Impossible
11. Stay




Découvrir un groupe comme Built To Spill est aussi exaltant que frustrant, surtout quand on a fini par retourner la discographie entière du groupe et que l’on se rend compte que l’on a fait le tour et que l’on n’a plus rien à se mettre sous la dent (enfin en ce qui me concerne je dois encore mieux appréhender Ancient Melodies Of Future). Alors on cherche de nouveaux expédients, on s’intéresse aux side project impliquant les membres du groupe en espérant retrouver la magie du combo principal. Dans le cas de Built To Spill, il faut se pencher sur les groupes dans lesquels Doug Martsch, le cerveau et leader de la bande, a joué, soit Treepeople, The Halo Benders, ce genre de choses, mais le plus intéressant du lot, celui qui paraît contenir le plus de promesses demeure sans conteste le seul et unique album solo (à ce jour) de Martsch sorti en 2002. Pour l’instant, c’est effectivement le side project le plus intéressant que j’ai pu écouter, mais, inutile de garder le suspens plus longtemps, il ne faut pas s’attendre à retrouver la puissance et la singularité de la musique de Built To Spill. Si l’on s’attend à cela (en principe c’est le cas de toutes les personnes qui jettent une oreille sur ce disque), on risque fort d’être dérouté car l’atmosphère de Now You Know tranche de manière assez nette avec le rock de Built To Spill. Avec cet album solo, Doug Martsch a visiblement eu envie de faire autre chose, et c’est sans doute la raison pour laquelle il s’est aventuré seul dans la réalisation de ces morceaux. Le chanteur aspire à plus de simplicité et renoue avec une musique dépouillée, en grande majorité acoustique et prenant des accents de blues roots, sec, revisité. Les dobros et les bottlenecks sont de sortie pour une reconstruction du patrimoine de la musique folklorique américaine, aux frontières du blues, de la country et du bluegrass. L’austérité de l’instrumentation a de quoi surprendre car on est à l’opposée absolue du foisonnement dantesque et déchirant de la musique habituelle de Doug Martsch dans Built To Spill.

C’est surtout la première partie du disque qui enchaîne les morceaux secs sur l’os, volontairement limités et arides, sans autre soutien qu’un seul et unique instrument à cordes rapeux et des mélodies modestes et rustres. On dirait que ce début fait office de filtrage et annonce d’emblée la couleur : on n’est pas là pour écouter une resucée de Built To Spill, alors si l'on n’est pas capable d’apprécier, ou de faire l’effort d’apprécier, des chansons comme Offer, Dream ou Gone, autant dégager tout de suite. L’originalité de Martsch subsiste malgré tout, ne serait-ce que par sa voix reconnaissable entre mille, et ses mélodies foutraques qui pourraient être lumineuses en d’autres circonstances, mais les guitares acoustiques n’ont certes pas le génie ni l’intensité qui me fascinent tant chez Built To Spill, du coup les chansons de Now You Know se révèlent nettement moins intéressantes et passionnantes. J’aimerais beaucoup apprécier ce disque à sa juste valeur, mais il ne me retourne pas et ne me prend pas aux tripes. Il possède néanmoins des choses denses et prenantes qui, en l’espace de quelques secondes, nous rappellent que l’on est bien en train d’écouter un album solo de Doug Martsch, le leader de Built To Spill, à l’image du sombre Heart (Things Never Shared) et du tétanisant Sleeve. Des moments forts qui, en général, sont dotés d’une instrumentation plus imposante, invitant des claviers fantomatiques (l’atmosphère de Sleeve en devient aussi funèbre que le final du Gone de You In Reverse) et rappelant les guitares satûrées à la table. Impossible est sans doute le morceau le plus Built To Spill dans l’âme, au niveau de la durée (plus de six minutes), de la composition très progressive, avec un début acoustique accompagné de violon et une mélodie aux intonations lyriques, tranché par un break électrique et un final cisaillé par des solos de guitare. Le dernier morceau nous rappelle toutefois l’essence du disque : le retour aux racines, à la simplicité, à des valeurs plus terre à terre, avec une musique dépouillée presque à l’extrême, pâtinée par une production crachotant de manière asthmatique un morceau semblant sortir d’un enregistrement perdu des années 1930. Une austérité, en signe de catharsis, pour mieux repartir vers les sommets conquérants avec lesquels Built To Spill tentera de renouer sur You In Reverse ? Peut-être. Toujours est-il que Now You Know, s’il renferme des passages intéressants, et n’est pas dépourvu de personnalité et d’audace dans son approche, a plutôt tendance à laisser sur sa faim la personne qui souhaiterait prolonger la grandeur de Built To Spill. Mais il pourra plaire à ceux qui n’en demandent pas tant et aimerait entendre la facette sobre et dépouillée du talent de composition de Doug Martsch.