The Moon & Antarctica (2000)



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1. 3rd Planet
2. Gravity Rides Everything
3. Dark Center of the Universe
4. Perfect Disguise
5. Tiny Cities Made of Ashes
6. A Different City
7. The Cold Part
8. Alone Down There
9. The Stars Are Projectors
10. Wild Packs of Family Dogs
11. Paper Thin Walls
12. I Came as a Rat
13. Lives
14. Life Like Weeds
15. What People Are Made Of


Après un début de carrière entamé pied au plancher, dans la fureur et dans la rage, Modest Mouse semble vouloir calmer les choses avec The Moon & Antarctica, album qui est souvent cité comme étant la référence ultime du groupe. Pourtant, quand on écoute ce disque après The Lonesome Crowded West on peut facilement être surpris par le calme relatif de la musique qui donne l’impression d’avoir perdu le radicalisme et la rage désespérée qui l’habitaient auparavant et qui fondaient l’identité absolue de Modest Mouse. On a le sentiment d’avoir perdu quelque chose en cours de route, le groupe compose des chansons plus apaisées et discrètes, parfois acoustiques. Elles constituent d’ailleurs une grande partie du disque et si certaines d’elles sont belles et lumineuses, emplies de la fameuse mélancolie détraquée du groupe (3rd Planet, Gravity Rides Everything, Perfect Disguise, Lives), il en ressort un manque flagrant de hargne et les chansons, et par extension l’album dans sa globalité, peinent à marquer l’esprit de leur empreinte. C’est définitivement l’aspect le plus déroutant du disque. J’avoue avoir vraiment du mal à le cerner. Dans le fond, Modest Mouse reste un groupe indéfinissable qui ne sacrifie rien pour sa musique et ne se préoccupe pas de faire une musique forcément efficace ou évidente (la preuve avec les titres foutraques et dérangés, mais dispensables, que sont Tiny City Made Of Ashes, Wild Pack Of Family Dogs ou bien encore What People Are Made Of, que le groupe affectionne particulièrement). Avec un talent pareil que celui de Modest Mouse on pourrait toutefois et logiquement s’attendre à avoir un album d’une explosivité démente, original, créatif, bourré d’énergie et de mélodie dans tous les sens. Mais non (même si c’est ce à quoi on aura droit sur les albums suivants). Le groupe semble vouloir proposer tout le contraire de cela et s’aventure dans des contrées inattendues qui ont de quoi dérouter. La musique se fait ainsi plus atmosphérique, et si j’ai employé le terme apaisé, qui se justifie pleinement à mon avis, le groupe conserve un son unique, où l’électricité se fait menaçante, à défaut d’être aussi violente et omniprésente que par le passé. Ici, tout est plus maîtrisé, et la folie démesurée semble avoir été étouffée, contrôlée. Je trouve qu’il en ressort une froideur, un détachement, un peu dérangeants.

Je ne sais pas si c’est l’effet que le groupe a vraiment cherché à atteindre (sans doute en partie), mais en tout cas c’est ce qui m’empêche d’être complètement convaincu par The Moon & Antarctica, j’ai du mal à m’attacher à ce disque. Il semble constamment s’échapper, et je n’arrive pas à savoir si son aspect lisse et contenu cache plus de richesses qu’il n’en laisse paraître. Même les pièces épiques si chères au groupe restent étrangement calmes et mésurées, à l’image de Stars Are Projector (malgré une introduction tonitruante) et de Life Like Weeds (qui me fait l’effet d’un trip tout mou). Le titre le plus réussi et qui s’inscrit le mieux dans la logique du disque reste sans doute The Cold Part, avec son ambiance glaçante et hallucinante (dans tous les sens du terme). Le disque possède malgré tout des chansons plus percutantes, comme le vertigineux A Different City, les emballants Paper Thin Walls et I Came As A Rat et surtout, surtout, le gros pavé dans ta tronche Dark Center Of The Universe, un des titres le plus monstrueux de Modest Mouse, versant rock qui retourne le cerveau (à écouter au casque). J’ai encore du mal à comprendre comment un morceau pareil peut se trouver dans ce disque tant il tranche de manière nette avec le reste. C’est justement le genre de morceau que je me serais attendu à avoir de la part de Modest Mouse, et au final sa présence ne fait que conforter mes doutes vis-à-vis de The Moon & Antarctica. Le groupe aurait pu se passer de ce morceau pour renforcer un peu plus l’atmosphère du disque, à moins qu’il ait juste été incapable de composer d’autres tueries de ce genre, et là on se retrouve confronté aux limites et à l’essence même de The Moon & Antarctica. On attend ces ruptures tout au long du disque mais elles ne viennent jamais et la musique continue sur sa lancée, imperturbable et neutre, monolithique. Par moment ce disque me paraît être le moins caractéristique de toute la discographie du groupe, un des moins percutant et mémorable, et pourtant c’est sans doute le plus abouti et maîtrisé. Je n’arrive pas à expliquer ce paradoxe. La maîtrise, l’intelligence et la maturité, sans la spontanéité, dans un sens. Modest Mouse aurait-il grandi trop vite ? Aurait-il essayé de grandir trop vite ?