Led Zeppelin IV (1971)



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1. Black Dog
2. Rock and Roll
3. The Battle of Evermore
4. Stairway to Heaven
5. Misty Mountain Hop
6. Four Sticks
7. Going to California
8. When the Levee Breaks







Led Zeppelin revient aux choses sérieuses et arrive surtout à maturité pour livrer un album qui, s’il n’est pas parfait (mais aucun disque du groupe ne l’est), sonne comme un aboutissement évident. Le talent de composition du groupe, et plus particulièrement celui de Jimmy Page, commence enfin à marcher à plein tube. Ce qui différencie Led Zeppelin de la grande majorité des groupes hard de l’époque, et notamment des deux autres monuments du genre que sont Deep Purple et Black Sabbath, c’est sa diversité d’influences et surtout sa capacité à créer des morceaux aussi puissants que mélodiquement riches, grâce à l’esprit fécond et virevoltant de Jimmy Page. On a sans doute affaire au guitariste le plus accompli de sa génération, à la fois virtuose et sensible, capable de créer des riffs énormes et d’une efficacité mémorable (quitte à les piquer et à les remodeler à sa sauce), de délivrer des solos d’une musicalité prodigieuse et d’inventer des structures originales, ambitieuses, tout en restant monstrueusement imposantes et écrasantes d’évidence.

Ce sont toutes ces qualités, uniques et sans équivalent pour un groupe hard, qui s’expriment dans ce quatrième album de Led Zeppelin et qui accouchent de tubes désormais classiques. Le cas le plus intéressant me paraît être celui de Black Dog. Ce morceau fait partie du registre purement hard du groupe, je le trouve même particulièrement austère et peu accessible avec ses sautes d’humeur et son riff assommant, mais tout cela a pour but d’aboutir au final détonnant, avec un solo tourbillonnant, semblant surfer en contrepoint de la section rythmique pour un rendu à la fois dissonant et groovant. Black Dog est un des morceaux du groupe que j’aimais le moins au début, et finalement il se révèle être un moment toujours aussi bon, grâce à l’intelligence de sa construction qui arrive à transcender les stéréotypes du morceau hard gros bras dans lequel il donnait pourtant l’impression de s’enfermer. Ailleurs le groupe se fait un peu plus direct et accessible, et cela n’en est pas moins jouissif, comme sur le classique immortel Rock And Roll qui lui aussi, d’une certaine manière, réinvente le patrimoine du hard rock, pour en faire une sorte de tube définitif et imparable. Une introduction à la batterie en or massif, un riff de guitare vraiment rock and roll, un piano boogie démentiel et une ligne mélodique simple et directe, soit un concentré d’efficacité et d’effets qui tuent qui sonne de manière aussi classique que totalement originale. Les deux mastodontes de l’album, qui propulsent Led Zeppelin bien loin de la concurrence, restent cependant Stairway To Heaven et When The Levee Breaks.

On ne peut rien dire de plus sur Stairway To Heaven qui est devenu le cliché de la chanson pour hardeux romantiques. Les écoutes répétées, plus que pour n’importe quel autre morceau, ne font pas du bien à la chanson mais je ne peux m’empêcher d’être toujours emporté par la progression et notamment les deux dernières minutes, quand le solo explose, s’envole et plane : on a quand même affaire au solo le plus classe et mélodique de tout les temps. Stairway To Heaven reste un modèle de perfection et tant pis si la chanson ne transmet plus énormément d’émotions. C’est en quelque sorte une pièce de musée inestimable. La brutalité et l’énormité de When The Levee Breaks en font un candidat plus sérieux au titre de chanson hors normes, terrassante et monolithique. Après un morceau pareil, on peut affirmer que Led Zeppelin est un groupe qui ne sonne comme aucun autre, chaque détail éclate à la figure de l’auditeur, chaque arrangement, chaque instrument, participe à la création d’un monstre protéiforme qui surprend par sa puissance. Cette chanson témoigne, plus que toute autre, de la recherche sonore incessante qui semble guider le groupe dans sa démarche. La batterie fantastique, le riff abrasif au bottleneck, l’harmonica crépitant, tout cela relève du génie dans l’art d’élaborer une atmosphère sans commune mesure.

En fait, chaque morceau cherche à atteindre cela, et dans les faits chaque morceau présente au moins une particularité qui le distingue des autres. On ne peut définitivement pas enlever ce mérite au groupe, même si leurs chansons sont loin d’être tout aussi pertinentes les unes que les autres. D’ailleurs, ce quatrième album, malgré sa réputation de monument, accuse quelques faiblesses et n’est pas le disque parfait que l’on vante souvent. En fait, quand le côté mystique du groupe prend le dessus, sans que la puissance ne soit vraiment au rendez-vous, l’originalité formelle a beau être là, les morceaux finissent par tourner dans le vide et ne tiennent pas la longueur. C’est l’effet que me donnent notamment The Battle Of Evermore - qui est pourtant un morceau qui m’a fasciné avec l’accouplement des voix de Plant et Sandy Denny, mais qui se révèle trop long et répétitif au final – et Four Sticks, dont le motif (proche de celui de Friends) me paraît tout aussi répétitif et bourratif. Going To California, quant à elle, est encore un autre numéro acoustique dans la lignée du précédent disque, c’est joli mais artificiel et sans profondeur. C’est le genre de morceau épatant quand on découvre la musique avec Led Zeppelin, mais qui finit par se vider de sa substance.

J’ai un peu plus d’indulgence pour Misty Mountain Hop que je trouve amusant pour son ton sautillant et enjoué, presque pop, qui prouve une nouvelle fois l’approche inimitable du groupe qui n’a pas peur de jouer avec les formats pour lâcher un morceau presque ludique avec son piano bondissant. Malheureusement le morceau finit par être écoeurant. Alors c’est vrai que la moitié du disque se révèle moins transcendante que le reste, en fait les plus grandes réussites constituent les arbres qui cachent la forêt mais pour une fois c’est amplement mérité tant Black Dog, Rock And Roll, Stairway To Heaven et When The Levee Breaks définissent à eux seuls tout ce que le hard des années 70 peut avoir de génial, et démontrent très bien en quoi Led Zeppelin reste unique dans son approche du genre et demeure un groupe culte à juste titre.