Led Zeppelin II (1969)



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1. Whole Lotta Love
2. What Is and What Should Never Be
3. The Lemon Song
4. Thank You
5. Heartbreaker
6. Living Loving Maid (She's Just a Woman)
7. Ramble On
8. Moby Dick
9. Bring It on Home






J’ai toujours trouvé que le second album de Led Zeppelin n’est qu’une répétition du premier en moins bien, car en moins furieux et spontané. Alors que le précédent disque propose un ensemble compact et dense, assez raccord dans ses excès et son énergie juvénile, le second opus part un peu dans tous les sens et semble rapiécé de tous les côtés pour former tant bien que mal un véritable disque. Ce problème est incarné à merveille par un des titres phares du groupe, que j’ai toujours trouvé surestimé : Heartbreaker. Ce morceau ne ressemble à rien, le solo peu inspiré sort de nulle part et n’a aucun lien avec le cœur du titre. A l’image de ce morceau, le disque manque de liant, d’âme. Le groupe fait même du remplissage avec Moby Dick, un solo de batterie qui ne sert pas à grand-chose si ce n’est à proposer un riff d’introduction swinguant. Heureusement le titre ne dure que quatre minutes mais ce sera une autre paire de manches en concert avec des solos s’étalant durant près d’une demi-heure. Ailleurs le groupe se contente de refaire ce qu’il a déjà fait sur son premier album, de manière plus fragmentaire et moins radicale et incendiaire.

On a donc droit à des reprises de blues, The Lemon Song et Bring It On Home, sympathiques, mais pas inoubliables et qui ne valent pas You Shook Me (mais ça, c’est personnel, You Shook Me étant la seule reprise blues du groupe que je garderais). Le groupe nous refait également le coup des morceaux alternant calme et furie, avec What Is And What Should Never Be et Ramble On. Le premier est très classe, le son lors des passages calmes est d’une pureté que brisent sans ménagement les accélérations violentes de la guitare. Le second constitue le premier trip tolkienesque du groupe en rebondissant d’une routine folk au hard assassin, comme si le groupe s’amusait à shooter soudainement des hobbits qui gambadaient joyeusement à travers les chemins de la Comté la seconde d’avant. Mais là aussi, je ne peux m’empêcher de ressentir un certain manque de spontanéité dans la conception de ces morceaux, ça manque de finesse dans la gestion des ruptures et tout simplement d’accroche mélodique, ça se veut plus intelligent et plus subtil que la moyenne alors que pour l’heure le groupe n’en est pas vraiment capable.

La musique de Led Zeppelin en est encore au stade primaire et bas du front, elle est bourrine et manque de personnalité car trop imprégnée du blues et de la course aux décibels de l’époque. Bien sûr, il en émerge quelques véritables démonstrations de force, comme cet impensable Whole Lotta Love, le genre de morceau que je déteste adorer, tant il est crétin et me file une migraine rien que de penser à son riff en roue libre et à l’utilisation de la thérémine lors de son pont proche du néant musical, mais qui m’accroche pour ne plus me lâcher dès que j’ose lancer le disque (et puis ce solo de Page). Enfin je dis que Led Zeppelin joue une musique rentre dedans mais mon morceau préféré du disque est sans doute le délicat Thank You, avec ses nappes de claviers et son solo de guitare acoustique. Ce titre reste néanmoins terriblement classique et d’un romantisme touchant mais naïf qui dénote avec l’atmosphère du disque, digne du laboratoire du Docteur Frankenstein. Dans le registre bucolique, tout joli et mélodique, le groupe ne brille pas non plus par son inventivité, et le mélange des genres que Page semble chercher tant bien que mal n’est pas encore tout à fait au point. Le deuxième album de Led Zeppelin n’apporte rien de plus à mon sens que le premier, le groupe n’en est vraiment qu’à ses débuts et se démarque par sa puissance et non par ses inspirations. Les bases sont fondées mais tout reste à construire et les choses sérieuses vont commencer à partir du disque suivant.