Led Zeppelin (1969)



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1. Good Times Bad Times
2. Babe I'm Gonna Leave You
3. You Shook Me
4. Dazed and Confused
5. Your Time Is Gonna Come
6. Black Mountain Side
7. Communication Breakdown
8. I Can't Quit You Baby
9. How Many More Times






On a tous un groupe qui a compté plus que les autres dans notre découverte de la musique, un groupe qui, de ce fait, occupe une place particulière dans notre parcours de mélomane. En ce qui me concerne, ce groupe est Led Zeppelin. J’aurais également pu dire Queen, mais je crois que Led Zeppelin a été encore plus important, c’est sans doute le groupe que j’ai le plus écouté, et ce constat n’est pas près de changer, pour la simple et bonne raison que la période où l’on commence à découvrir réellement et à s’intéresser à la musique correspond à une phase exclusive lors de laquelle on concentre bien souvent son intérêt sur un seul et unique groupe qui occulte tous les autres. C’est une période où l’on se passe la discographie du groupe fétiche en boucle, sans se lasser, et rien d’autre n’a d’importance. Mais arrive le moment où l’on a envie de passer à autre chose, on veut voir ailleurs, et plus le temps passe et moins notre esprit est disposé à écouter exclusivement un groupe. Une sorte d’équilibre se met en place. En tout cas c’est ma manière de ressentir les choses. Tout cela pour dire que les groupes de nos débuts conservent et conserveront toujours une aura unique, pour le pire et pour le meilleur. En effet, comment continuer à éprouver des émotions avec une musique que l’on a écouté tant de fois et que l’on a le sentiment d’avoir essoré à force d’excès d’écoutes en tout genre ? Une musique que l’on n’a plus envie d’écouter est-elle une musique que l’on apprécie encore, qui a un sens, qui a encore une signification ? Il est d’autant plus difficile de déterminer une frontière quand on se rend compte que certains disques procurent malgré tout toujours des émotions après beaucoup d’écoutes, et même s’ils sont rares, cela ne prouve-t-il pas leur supériorité, dans une certaine mesure, par rapport à ceux qui finissent par s’épuiser ? Quelle est la réalité : celle de l’instant, de la période, ou du long terme ?

Je crois que le temps permet de stabiliser tout cela, le temps de se réconcilier avec une musique dont on a beaucoup trop abusé. Les impressions ont alors tendance à se figer et on se rend compte le plus souvent que la vérité, notre vérité, ne s’est jamais trop éloignée de ce que l’on a pu ressentir au début. La seule différence c’est que l’on sait que l’on écoutera ces albums que de manière occasionnelle. Sans doute car ils font tellement partie de nous que l’on n’en ressent tout simplement plus le besoin, chose que l’on ne pourra plus jamais changer. Bref, tout cela pour en venir à la question suivante : que (me) reste-t-il du premier album de Led Zeppelin ? Dans mon esprit, et dans la discographie du groupe, il conserve toujours la même place, la même aura, celle d’un album brut de décoffrage, qui envoie la purée sans concession. Bien sûr, il y a pas mal d’esbroufe dans tout cela, et le groupe mise presque uniquement sur le son énorme qu’il dégage et qui renvoie tous ses confrères de l’époque au rang de gentils petits enfants inoffensifs (le Jeff Beck Group, Cream, Jimi Hendrix et consorts). Ce côté surdimensionné et poseur a fini par me lasser, Led Zeppelin étant un peu l’archétype du groupe de hard rock dans toute sa splendeur, mais les prétentions du groupe étaient finalement plutôt bien canalisées dans leurs albums, ce qui n’était pas forcément le cas en concert.

Si ce premier disque livre déjà quelques excès en bonne et due forme, avec des démonstrations de force sur les blues à rallonge You Shook Me et I Can’t Quit You Babe, ainsi que sur les titanesques Dazed And Confused et How Many More Times, on sent que le groupe se livre sans retenue, si ce n’est avec sincérité. Pour l’époque, Led Zeppelin premier du nom est un album vraiment puissant qui ne donne pas sa part au chien. On ne peut pas dire grand-chose quant à l’énergie que le groupe met dans sa musique, et tant pis si, au fond, les chansons ne sont pas aussi intéressantes et novatrices que cela. Le groupe ne fait ici, que reprendre les recettes du blues assaisonné à l’électricité, en piquant des plans et des riffs à droite et à gauche, et en se contentant de muscler le tout. Je dois néanmoins avouer que j’aime particulièrement You Shook Me, avec ses solos d’orgue et de guitare lancinants, alors que I Can’t Quit You Babe est déjà plus dispensable. Le groupe se réserve toutefois d’autres portes de sortie, que ce soit par opportunisme ou non, avec des titres acoustiques et plus peace and love, à l’image du joyeux Your Time Is Gonna Come (que j’apprécie beaucoup) et de l’orientalisant Black Mountain Side. Le porte étendard du groupe dans ce registre reste cependant Babe I’m Gonna Leave You, titre mélangeant parties acoustiques calmes et accélérations saturées, diffusant une atmosphère en clair-obscur.

Cette chanson est détonante et impressionnante quand on la découvre mais elle finit par paraître téléphonée et perd son charme, malgré des arpèges acoustiques vraiment chouettes. Le contraste entre les parties calmes et nerveuses est trop appuyé et la chanson a du mal à évoluer, elle stagne beaucoup trop pour marcher sur la longueur. Le groupe veut faire de l’épate, montrer son éclectisme, en foutre plein la gueule, mais cela ne marche pas à tous les coups, surtout quand on veut jouer sur la subtilité. Jimmy Page et ses potes ne sont pas encore passés maîtres dans l’art de la composition. En fait le morceau qui montre le véritable potentiel du groupe se situe en introduction. Good Times Bad Times est un chef-d’œuvre instantané, dès les premières mesures de la batterie couplées au riff de guitare. Ce morceau possède à la fois une énergie pop, et une puissance hard imparable, le tout ponctué d’un solo mémorable de Jimmy Page. C’est clair, net et définitif, tout le contraire du reste de l’album qui déborde de digressions parfois complaisantes (sérieux à quoi ça sert d’utiliser un archet sur une guitare ?). C’est aussi ce qui fait le charme de ce premier disque de Led Zeppelin, on a affaire à une bande de gamins un peu trop sûrs d’eux (mais surdoués il faut en convenir) qui n’hésitent pas à mettre les pieds dans le plat pour le pire et pour le meilleur, avec une débauche d’énergie qui les place déjà comme un des groupes les plus lourds (dans tous les sens du terme) de son époque.