Houses Of The Holy (1973)



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1. The Song Remains the Same
2. The Rain Song
3. Over the Hills and Far Away
4. The Crunge
5. Dancing Days
6. D'yer Mak'er
7. No Quarter
8. The Ocean







C’est au moment où Led Zeppelin devient une grosse machine pachydermique remplissant des stades entiers que sa musique commence à devenir perfectible, plus humaine et… plus intéressante ? Je ne sais pas, en tout cas Houses Of The Holy est un disque aussi bancal qu’attachant, beaucoup plus que n’importe quel album du groupe. Pour une fois, on a le sentiment que Led Zeppelin ne se prend pas trop au sérieux, les chansons et l’atmosphère en général dégagent une énergie sincère. A l’image des morceaux finalement très simples, voire anecdotiques, mais diaboliquement géniaux de désinvolture que sont The Crunge, D’yer Mak’er, Dancing Days et The Ocean. Les deux premiers sont des délires formels incroyablement ludiques et amusants, tandis que les deux derniers sont des bombes qui assument totalement l’efficacité absolue et le bonheur positif qu’ils envoient à la tronche de l’auditeur. The Ocean est un des morceaux les plus réjouissants du groupe, avec son riff coulissant d’une classe imparable et son final bondissant. Certes tout cela peut paraître un peu facile mais c’est très rafraîchissant, Led Zeppelin se fait plaisir mais amuse en même temps, dans un élan d’enthousiasme si spontané et si rare de la part du groupe qu’il est difficile de résister à tant d’énergie.

En fait c’est l’album dans son ensemble qui envoie constamment des ondes positives et qui rayonne, de manière légère et parfois évanescente. La production étrange du disque n’est pas étrangère à cette atmosphère rêveuse, insaisissable. Le rendu sonore un peu clinquant et tranchant n’a rien à voir avec le volume gonflé aux hormones des précédents albums. On peut y voir une sorte de régression, ce qui explique le manque d’impact relatif de certaines chansons qui seront transcendées en concert, mais la différence est si nette que l’effet a peut-être été voulu par Jimmy Page. L’homogénéité du son, à défaut de celle des compositions, rend Houses Of The Holy définitivement original et attachant. La plus belle réussite du disque est indéniablement No Quarter, une chanson atmosphérique (prog diront certains) portée par le piano éthéré de John Paul Jones et le solo en suspension de Jimmy Page. Le groupe prouve une nouvelle fois qu’il est capable de tout jouer, en s’aventurant dans des contrées qui vont bien plus loin que le groupe hard de base, avec une véritable subtilité et une finesse dans la composition et l’interprétation. Sur ce point, The Song Remains The Same est sans doute le morceau le plus impressionnant du groupe, sa structure faite de parties de guitares enchevêtrées est proprement hallucinante. Page construit un labyrinthe de guitare, sans sacrifier une seule seconde la musicalité de sa chanson. Ce titre part dans tous les sens et pourtant il est d’une densité édifiante et d’une dynamique infaillible, participant énormément à planter le décor du disque, en introduction, avec son enthousiasme complètement dingue et communicatif. On peut en dire presque autant de Over The Hills And Far Away avec ses cavalcades de guitares acoustiques même si l’effet est moins percutant.

Après cela, il est impossible de dire que Jimmy Page est un compositeur médiocre et sans imagination qui s’est contenté de tout piquer aux autres, ce gars est juste le guitariste rock le plus inventif et le plus mélodieux de son époque. C’est d’ailleurs pour cela que, même si je n’écoute plus beaucoup (du tout) Led Zeppelin, il m’est impossible de remiser le groupe aux oubliettes et d’oublier tout le respect que j’ai (eu) pour lui. Certaines des raisons qui font que j’ai adulé le groupe sont toujours là, bien réelles. Les excès propres au hard rock de cette époque ont fini par me laisser de marbre (trop de bootlegs tue le bootleg) ou me fatiguer (les anecdotes de tournées toutes plus moches les unes que les autres), mais les chansons, certaines chansons, les plus démentes, elles, sont restées telles qu’elles sont et se suffisent à elles-mêmes. J’en arrive même à avoir une sacrée nostalgie en écoutant The Rain Song alors que cette chanson avait fini par me paraître molle et surfaite. Je crois bien que c’est le seul morceau du groupe que je veux bien réhabiliter après une baisse dans mon estime. Par sa mélodie mélancolique, légèrement sirupeuse et naïve, cette chanson contient finalement tout ce que j’ai pu ressentir pour le groupe à une époque, et l’écouter fait revenir toutes ces émotions à la surface. Cela doit vouloir dire que la chanson n’est pas si mauvaise. En vérité elle est partie intégrante du disque et lui apporte sa caution bucolique et atmosphérique, au même titre que son pendant sombre No Quarter. Houses Of The Holy est ainsi le disque de Led Zeppelin qui respire le plus, c’est le plus ludique et le plus mélodieux. Il ne s’impose pas par la force, il n’est pas envahissant, ne fait pas dans la démonstration pure, du coup il paraît moins définitif, mais c’est aussi ce qui le rend plus agréable à écouter avec le temps.