Midnight Boom (2008)



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1. U.R.A. Fever
2. Cheap and Cheerful
3. Tape Song
4. Getting Down
5. Last Day of Magic
6. Hook and Line
7. Black Balloon
8. M.E.X.I.C.O.
9. Sour Cherry
10. Alphabet Pony
11. What New York Used to Be
12. Goodnight Bad Morning



Faire le tri parmi tous les groupes en The sortis durant les années 2000 est une tâche qui, le plus souvent, me dépasse allègrement. Ce qui est bien avec les Kills c’est qu’ils se différencient immédiatement grâce à la présence d’Alison Mosshart qui a un bien joli minois. D’ailleurs c’est par l’intermédiaire de sa participation avec Jack White dans le projet The Dead Weather (même si je n’ai pas écouté leur unique album) que j’ai appris l’existence de cette chanteuse et de son véritable groupe : les Kills donc, qui est plus un duo, formé avec Jamie Hince, qu’un groupe en réalité. En écoutant Midnight Boom je m’attendais donc à découvrir une musique rock classique, qui envoie la purée sans génie particulier, dans la mouvance de tout ce qui a été fait dans le domaine du revival durant les années 2000. En fait, j’ai été un peu plus surpris que prévu, je dois l’avouer. Disons que les Kills ont tout l’attirail des groupes rock récents, surtout le style chic et choc qui mise beaucoup sur les effets clinquants et tape à l’œil, parfois à l’excès. Car c’est surtout cela qui surprend le plus avec le duo, la musique paraît souvent se résumer à une paire d’effets balancés à la figure qui tournent en rond et assument leur côté branleur. Les chansons sont presque minimalistes tant elles reposent sur trois fois rien, genre un effet de guitare ou une rengaine accrocheuse qui assure l’essentiel du boulot.

Les Kills étant un duo il est facile de comprendre que l’instrumentation est réduite à son strict minimum avec notamment des percussions qui font poum tchak et qui semblent sortir d’une boîte à rythme trafiquée. Les chansons font donc un drôle d’effet, on sent qu’il y a beaucoup d’esbroufe là-dedans et qu’il suffit de peu pour que tout l’édifice s’écroule de lui-même. Il est facile de s’imaginer la manière dont ont été composés les morceaux : Jamie Hince trouve un vieux truc à la guitare, Alison chante trois paroles qui sonnent bien dessus, le fait tourner en boucle, et voilà, le résultat est dans la boîte. Le talent de composition des deux compères est vraiment limité, c’est indéniable. En fait la musique des Kills ressemble à un vaste gimmick envoyé en rotation libre, sans aucun scrupule. Et le pire dans tout ça, c’est que ça marche. L’esprit minimaliste, punk, branleur, pour ne pas dire foutage de gueule permet à la musique de se concentrer sur l’essentiel et de se focaliser sur les quelques effets percutant comme des coups de boutoir, en éliminant le superflu. Le superflu est vraiment banni dans Midnight Boom, le groupe va directement au but, sans détour, ce qui donne de la crédibilité à une démarche pour le moins casse gueule, tant elle paraît pauvre dans son fond comme dans sa forme. En fait les Kills sont très certainement des branleurs de poseurs, mais il faut avouer qu’ils ont la classe et ont ce truc qui fait du rock ce qu’il est, depuis des lustres, un vaste cirque où le clinquant superficiel le dispute à la puissance brute, à l’énergie viscérale.

Et moi, tout faible que je suis, je ne peux pas résister à la voix d’Alison Mosshart, sexy en diable, surtout quand elle commence à s’énerver et crie ses rengaines qui tapent et tapent encore, sans arrêt, comme sur le démentiel Tape Song, où le fantastiquement sensuel U.R.A. Fever. On dirait vraiment que le duo fait avec les moyens (limités) du bord et semble toujours bridé malgré lui, pourtant chaque trouvaille sonore, chaque refrain fait son effet et suffit largement à maintenir à flot des chansons qui en deviennent presque hypnotiques et obsédantes. La musique des Kills est un petit miracle constant difficilement explicable, même s’il faut bien reconnaître que si le groupe n’est sans doute pas capable de composer de fantastiques structures musicales, maîtrise à merveille le gimmick rock, la touche qui fait mouche. Le plus incroyable est d’arriver à bâtir un album quasiment uniquement sur cela. En même temps, Alison et son pote sont conscients de leurs limites car ils se sont contentés du strict minimum jusqu’au bout avec un disque très court, qui, lui, n’a pas le temps de tourner en rond, et ne possède aucun bout de gras. Un vrai disque rock à l’ancienne donc. Cela dit, Midnight Boom ressemble surtout à une collection de vignettes rock qui n’ont pas spécialement d’unité entre elles, l’album est construit telle une succession de tubes potentiels et imparables, sans se soucier du reste. La seule réserve étant de savoir si la force de cette paire de chansons efficaces et percutantes se maintient sur le long terme, tant elles cherchent le moins du monde à dissimuler leurs charmes et leurs secrets. Seule leur reste la puissance farouche de leur minimalisme forcené, capable de les protéger des attaques extérieures.