Yellow House (2006)



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1. Easier
2. Lullabye
3. Knife
4. Central and Remote
5. Little Brother
6. Plans
7. Marla
8. On a Neck, On a Spit
9. Reprise
10. Colorado





Malgré leurs airs de douces comptines sorties d’un univers merveilleux, les chansons de Grizzly Bear sont difficiles à appréhender. La musique du groupe est en effet baignée d’une étrange folie lunaire, évanescente, si ce n’est carrément psychédélique, le tout restant dans un cadre pop où la recherche mélodique prédomine. Dans un premier temps, les chansons semblent manquer de substance, en s’éparpillant et en s’envolant dans des contrées sans cesse mouvantes. On est perdu dans un tourbillon sonore, sans rien de tangible sur quoi s’appuyer, jusqu’à ce que des pics sonores viennent émerger au-dessus des vagues oniriques et nous permettent de nous raccrocher à la réalité trouble d’une musique qui fuit et s’échappe, s’envole et plane. La musique se fait alors envoutante, pénétrante, hypnotique. J’ai rarement entendu un album possédant une ambiance aussi homogène, à tel point qu’il laisse l’impression, lors des premières écoutes, d’être impersonnel, trop vaporeux pour être attachant, alors que l’atmosphère qui s’installe petit à petit est tout simplement la bande sonore ultime d’un rêve idéal mis en musique. En tant qu’œuvre pop ou folk, Yellow House n’est pas très accessible, mais c’est un superbe album atmosphérique, qui fait preuve d’une science poussée de la modélisation sonore. Vu sous cet angle, toutes les chansons sont géniales et pas une seconde n’est à jeter, même si dans les faits tous les titres ne sont pas aussi marquants les uns que les autres.

Mais il est juste impossible de se passer de l’introduction rêveuse d’Easier, des envolées à la fois rageuses et planantes de Lullabye, des élucubrations de Central and Remote, du bercement dérangeant de Marla ou des accélérations de On a Neck, On a Spit. Le groupe aime nager, explorer les propres contrées sonores des morceaux qu’il compose, se perdre et perdre l’auditeur, pour mieux l’amener à se plonger complètement dans l’univers qu’il est en train de visiter. Les saillies mélodiques n’en sont que plus foudroyantes, à l’image des lignes de basse de Knife et du chef-d’œuvre absolu que constitue Plans, qui porte à son paroxysme la démarche originale du groupe, en modelant une atmosphère à la fois insaisissable, avec des voix mélancoliques et un rythme lent, ensorcelant, et terriblement accrocheuse, emportée par une progression imparable et enivrante. Grizzly Bear arrive ainsi à manier accessibilité et expérimentation, comme peu de ses contemporains savent le faire. Le groupe a beau être en quelque sorte l’héritier de la bonne pop psychédélique, il en évite tous les écueils en créant une atmosphère à la fois bucolique et symphonique, où les forces s’équilibrent constamment, ne se dévoilant jamais trop, pour être suffisamment fascinante et mystérieuse, et ne se noyant à aucun moment sous les couches sonores, grâce au sens mélodique du groupe.