Lift Yr. Skinny Fists Like Antennas to Heaven! (2000)



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CD1 :
1. Storm
2. Static

CD2 :
1. Sleep
2. Antennas To Heaven








Godspeed You! Black Emperor est un nom incontournable de la scène indie rock (même si certains parlent de post rock ; je n’ai jamais rien compris à ces étiquettes). S’attaquer à un morceau pareil n’est pas aisé, surtout quand on commence par Lift Your Skinny Fists Like Antennas to Heaven, un bon gros double album composé de quatre plages durant chacune vingt minutes. Je dois dire que je ne m’attendais pas à cela en abordant le groupe, mais au moins la donne est claire : les canadiens ne font pas les choses à moitié et n’ont pas peur de partir à la conquête des sommets musicaux les plus extrêmes. Et, en effet, le groupe semble ne pas avoir de limites. Il est capable de partir dans de longues cavalcades instrumentales qui n’en finissent plus, ralentissent, accélèrent en trombe, alliant expérimentations bruitistes, passages parlés, thèmes épiques, collages et autres élaborations atmosphériques en tout genre. Le résultat est imposant, il va s’en dire. Mais comme d’habitude ce genre de disque possède les défauts de ses qualités. A trop en faire, le groupe peut donner l’impression de vouloir en mettre plein la vue, de chercher en quelque sorte à prouver son génie, sa grandeur, et son esprit jusqu’au boutiste et sans compromission. Disons que la musique possède une part d’esbrouffe et il n’était sans doute pas nécessaire de faire aussi long (deux disques d’environ quarante minutes), ce qui a par moment tendance à diluer le propos. Devant tant de démonstration on s’attend à être renversé, porté, démembré par des passages foudroyants et intenses, se construisant minute après minute pour mieux nous achever, alors que les moments mémorables et puissants ne sont finalement pas si nombreux.

Le titre que je trouve le plus clouant demeure Sleep, et plus particulièrement la seconde (ou troisième) partie qui amorce un crescendo tétanisant avec une force mélodique démentielle qui n’est pas sans évoquer la décharge émotionnelle des futurs cousins canadiens d’Arcade Fire, dans une version instrumentale apocalyptique. Storm est également un morceau intéressant, dans le sens où c’est celui qui fait preuve de la construction la plus élaborée et la plus progressive. Mais même durant ces morceaux, toutes les parties ne se valent pas et les hauts fracassants côtoient les instants atmosphériques ou bruitistes moins passionnants qui composent au moins la moitié du disque (la seconde partie de Storm, la première de Static, Antennas To Heaven). Ce n’est jamais mauvais, mais c’est le genre de musique que je passe en fond sonore sans que cela suscite ou stimule particulièrement mon intérêt. Je serais incapable de concentrer toute mon attention sur cette musique car je m’ennuierais forcément à un moment ou à un autre, et par extension c’est le genre de truc qui est pénible à écouter au casque, par exemple. Tout est une histoire d’atmosphère, il faut laisser la musique respirer et occuper l’espace. L’album brille surtout par l’ambiance qu’il arrive à installer, et du coup c’est le type de disque idéal quand on veut se plonger dans une dimension parallèle qui instaure un climat à la fois insaisissable, menaçant, palpable et immersif, sans jamais être trop imposant et envahissant. Alors, oui, le disque est bon dans ce registre, mais le fait est que je suis sans doute moins sensible à cette forme d’expression. J’aime parfois m’écouter une musique d’ambiance pure, où il suffit de laisser vagabonder son esprit, mais ce n’est pas le mode d’écoute qui me procure le plus d’attachement à la musique, car celle-ci reste alors comme une nappe diffuse, aussi envoutante que nébuleuse. Donc bon album de rock atmosphérique, oui, qui m’a chamboulé, m’a impressionné, m’a fasciné ou m’a laissé sur le carreau, non, pas vraiment.