Maggot Brain (1971)



...

1. Maggot Brain
2. Can You Get to That
3. Hit It and Quit It
4. You and Your Folks, Me and My Folks
5. Super Stupid
6. Back in Our Minds
7. Wars of Armageddon








La première fois que j'ai écouté Maggot Brain, cet album m’avait paru un peu surfait à cause de quelques excès dus principalement au morceau titre, Maggot Brain, long instrumental de guitare où Hazel part dans des envolées pyrotechniques dignes des plus grands guitar heroes et qui semble être pour une bonne partie dans la renommée de l’album, à l’instar d’un I Heard It Through The Grapevine pour Cosmo’s Factory et autres longues extravagances qui occultent la majeure partie du reste du disque. J'étais alors resté de marbre devant ce long solo de guitare, ce qui m’a vite fait reléguer l’album dans les tréfonds de ma mémoire. A l’époque, je ne devais pas avoir encaissé assez de délires dans ce genre pour le trouver à mon goût, j’étais trop jeune, trop tendre. Parce que maintenant, quand j’écoute Maggot Brain, le titre, je le trouve chouette et surtout aussi virtuose que mélodique, ce qui me va très bien. Si j’aime la guitare, je n’en fais pas non plus des folies. Les démonstrations techniques ont tendance à me refroidir, mais quand le feeling, l’intensité et l’inspiration sont de mises c’est tout de suite beaucoup mieux. Maggot Brain réunit toutes ces bonnes choses, et constitue la plus belle preuve du talent d’Eddy Hazel qui allie le groove furieux d’un Jimi Hendrix et le jeu mélodique d’un Jimmy Page au meilleur de sa forme. Le reste du disque est néanmoins beaucoup plus classique en exploitant un terrain funk gonflé aux hormones plus fidèle à l’image que l’on peut avoir de Funkadelic. Entre Maggot Brain et Wars Of Armageddon, les deux gros titres de dix minutes, les cinq morceaux sont plutôt courts et durent aux alentours des 3’00/3’30. J’aime bien le groove et l’efficacité dont font preuve ces chansons, même si je retiendrais surtout Can You Get To That, un titre vraiment fun et cool, plein de groove et de chœurs conquérants, à l’énergie indéfectible, qui reflète une des facettes que j’apprécie le plus chez Funkadelic, à savoir une sorte de décontraction décalée qui ne se prend pas la tête en envoyant une musique amusante et légèrement déjantée. On retrouve la même ambiance sur Back In Our Minds qui sonne presque comme une parodie demeurée et éméchée. Une sorte d’esprit de foire qui ne se prend pas au sérieux, ce qui n’est pas forcément le cas sur les autres titres, aussi bons soient-ils, qui sont quand même dans un esprit musclé et épatage de galerie avec les solos wha wha de Super Stupid et à la fin de Hit It And Quit It. C’est sûr qu’il y a beaucoup de talent et de virtuosité chez Funkadelic et si c’est parfois un peu trop visible, l’énergie dégagée par le groupe permet de ne pas tomber dans une démonstration gratuite. Par contre, le dernier morceau, Wars Of Armageddon, tombe, lui, dans l’excès de ce que vient justement de louer comme une grande qualité, à savoir que trop de conneries tue la connerie, et dix minutes de jam sans queue ni tête où des bruits tout aussi idiots les uns que les autres (pleurs d’un bébé, flatulences en tout genre, gémissement de vaches, miaulement de chats, cris de femmes, j’en passe et des meilleures) se succèdent sur un riff de guitare et des percussions qui tournent en boucle, le tout entrecoupé par instant de paroles allumées (power to the people, ce genre de truc), c’est juste inutile, sinon chiant. Et voilà, un album de plus à rajouter à la longue liste des disques victimes d’un long morceau qui sert à rien, surtout quand le disque en question dure à peine plus de trente cinq minutes. Maggot Brain est donc un bon album, mais ne me paraît pas si transcendant et parfait au point d’être un indispensable vraiment recommandable. En même temps, je ne connais pas trop le répertoire de Funkadelic, donc peut-être que Maggot Brain est le seul et véritable chef-d’œuvre du groupe et donc, à ce titre, recommandable, au moins pour la découverte, car Funkadelic reste quand même un groupe intéressant et beaucoup plus fun et funky que ce que j’ai pu écouter de Sly & The Family Stone à la même période.