West Of Rome (1991)



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1. Latent/Blatant
2. Bug
3. Withering
4. Sponge
5. Where Were You
6. Lucinda Williams
7. Florida
8. Stupid Preoccupations
9. Panic Pure
10. Miss Mary
11. Steve Willoughby
12. West of Rome
13. Big Huge Valley
14. Soggy Tongues
15. [untitled]


Alors que je n’avais jamais entendu parler de lui auparavant j’ai été marqué quand j’ai appris que Vic Chesnutt était mort en décembre 2009, à l’âge de 46 ans. Il s’est suicidé, après avoir vécu des années en fauteuil roulant suite à un accident de voiture. Les gens qui meurent aussi jeunes, surtout quand c’est si près dans le temps, ça me touche d’une manière étrange, et si cela peut paraître morbide, ça me donne envie d’en savoir plus sur eux, sur leur vie, sur leur musique. C’est sans doute pour prendre conscience de la nature insaisissable du destin, et de la manière dont se forgent les évènements qui nous conduisent tous à notre perte. Bref, même avant que j’écoute sa musique, Vic Chesnutt était une personne qui me touchait. Sa musique, sur son premier album, West Of Rome, sorti en 1991, est conforme en quelque sorte à l’image que je m’étais forgé du bonhomme, à savoir un folk calme, dépouillé. Vic Chesnutt chante seul accompagné de sa guitare acoustique, le plus souvent, même si quelques instruments discrets viennent le soutenir par instant, comme du piano, un violoncelle et un violon joués par les propres nièces de l’artiste. L’atmosphère du disque respire le fait maison, l’amateurisme, l’artisanat pur. Plus que par les mélodies qui restent très douces et dans l’ensemble feutrés, l’émotion des chansons passe par la voix de Vic Chesnutt, profonde et rauque, qui n’est pas sans évoquer une sorte de croisement entre Captain Beefheart et Jeff Mangum de Neutral Milk Hotel. Par moment on a l’impression d’entendre les prémisses de In Aeroplane Over The Sea, cette sorte de folk indie profond et sincère, mais sans la démesure et le côté folie céleste du disque de Neutral Mil Hotel.

Et c’est ce que je trouve dommage avec West Of Rome, car la musique dispose de sacrés atouts mais elle ne décolle jamais réellement. Vic Chesnutt pourrait faire des miracles avec la voix qu’il a, mais les mélodies qu’il compose n’arrivent pas à transcender la force de son timbre et le don d’interprétation qui en découle. La musique n’est donc jamais aussi poignante que la puissance évocatrice de la voix de Vic Chesnutt et, au fond, je crois que c’est cela que je regrette le plus dans cet album. En fait, les chansons s’installent vite dans une routine folk loin d’être mauvaise mais plutôt répétitive, langoureuse et entêtante. Pourtant le disque s’ouvre sur Latent/Blatant, un morceau rythmé avec ses guitares slide dissonantes en fond sonore, mais c’est un peu l’arbre qui cache la forêt car dès le second morceau les choses se calment et se cantonnent dans la même mouvance jusqu’à la fin du disque (à l’exception de Steve Willoughby qui est loin d’être le meilleur titre de l’album). L’ambiance qui en ressort peut aussi bien être envoutante que légèrement redondante, d’autant plus que le disque dure plus de cinquante minutes. Certains morceaux peuvent néanmoins ressortir, à l’image du bucoliquement enjoué Where Were You et surtout du sublime Florida, le seul titre vraiment touchant et mélancolique, avec une partie de piano émouvante au possible. Mais il manque quelques accélérations, quelques fulgurances géniales pour élever l’ensemble au-dessus du disque indie folk de base. Au demeurant West Of Rome est plutôt un bon album, mais la forte personnalité qui se dégage de la voix de Vic Chesnutt n’est pas vraiment soutenue par la musique. Au final, les chansons restent au milieu du gué, jamais aussi inspirées et éclatantes qu’un Neutral Milk Hotel ni aussi fragiles et délicates qu’un Elliott Smith. J’aimerais pourtant trouver milles mérites à cet album, mais plus qu’il n’en a sans doute car West Of Rome peine en réalité à s’imposer. J’en attendais vraisemblablement trop de la part de Vic Chesnutt mais il a peut-être fait mieux par la suite.