Ruder Forms Survive (2005)



...

1. 1977: Blood for Papa
2. 1969: A Predator Among Us
3. The First Broken Promise
4. 1440: Exit Wargasmatron
5. 1066: Born on the Bayeux
6. 1946: The Last Renaissance Man
7. 793AD: The Harrying of the Heathen








Je ne suis pas particulièrement friand de musique metal, mon seuil de tolérance aux décibels étant finalement plutôt limité. Il doit se situer quelque part aux alentours de Mötorhead (pour ce que je suis capable d’apprécier) et de Black Sabbath (qui me botte déjà moins). A vrai dire j’ai encore du chemin à faire pour combler mon ignorance en ce qui concerne le metal. Ce n’est pas une musique qui m’attire mais je laisse la porte ouverte à quelques essais, dont ce disque de Capricorns, groupe qui m’était inconnu jusque-là. La première chose qui m’a surpris en écoutant Ruder Forms Survive c’est le fait que l’album soit quasiment entièrement instrumental. Le chanteur intervient seulement lors du troisième morceau pour éructer des paroles à moitié agonisant et déchiré avant de disparaître totalement et de laisser à nouveau la place à la musique (mis à part un cri de golgothe sur la piste 6). Une musique qui, en apparence, ne fait pas dans la dentelle, avec un son énorme et de gros riffs de guitare électrique qui posent une ambiance sombre et pesante sur chacun des morceaux : du bon metal bourrin qui poutre en somme. Cela aurait très bien pu me rebuter mais la musique de Capricorns dispose d’atouts qui la rendent puissante, viscérale et magnétique.

En premier lieu, le son du groupe est monstrueux, il envoie du lourd tout en conservant un feeling roots décapant, bien loin d’un metal aseptisé et trop technique. La puissance brute de la musique est largement privilégiée, et prend le pas sur un aspect excessivement démonstratif qui en général a tendance à me rebuter dans le metal. La production est donc parfaite d’un bout à l’autre de l’album. Le second élément qui rend la musique de Capricorns intéressante ce sont les structures progressives des morceaux (le 5ème dure 12 minutes) qui ne s’enlisent jamais dans la monotonie et la répétition en rebondissant à chaque fois, en alternant les dynamiques, osant les passages calmes à base d’arpèges entrecoupés d’accélérations violentes. L’effet peut paraître classique, il n’en reste pas moins que Capricorns le manie à la perfection et maîtrise sa musique sur le bout des doigts. Quand le chanteur se met à parler sur le troisième morceau, de manière inattendue, le décalage et la surprise provoqués sont plutôt forts. D’un autre côte, étant donné ma pauvre connaissance dans le domaine, je ne suis sans doute pas capable d’évaluer la véritable qualité de Ruder Forms Survive. La seule chose que je peux dire c’est que je trouve cette musique vraiment bien foutue et puissante. J’aime la rage qui en ressort, on sent le groupe impliqué à fond dans sa démarche, le disque possède un son, une identité, une densité renforcés par la haute tenue des morceaux.

A vrai dire je serais incapable de sortir un titre du lot car la musique de Capricorns sur ce disque s’apprécie comme un bloc, un pavé lancé à la figure et l’intérêt de distinguer les morceaux reste assez limité tant ils participent d’une ambiance et d’un esprit similaires tendus vers un unique objectif : délivrer une musique compacte qui emporte tout sur son passage. Ruder Forms Survive est le genre d’album plaisant à écouter quand on veut se recharger les batteries en se prenant une grosse décharge de décibels balancés sans faillir. Si le disque est parfait dans ce rôle je pense que c’est surtout grâce à l’énergie qu’il dégage, une énergie bouillonnante, organique, instable sans l’être vraiment, qui traduit une volonté d’expression farouche, démentielle, vitale, finalement très humaine dans son exorcisme tiraillé d’une puissance complètement ravagée. Les morceaux de Ruder Forms Survive sont en fait l’antithèse de la musique froide et c’est ce que j’apprécie le plus car ce qui me repousse le plus souvent avec le metal c’est de me retrouver avec une musique si excessive et surjouée qu’elle en perd tout feeling, toute urgence et déchirement intérieur.