Songs Of Love And Hate (1971)



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1. Avalanche
2. Last Year's Man
3. Dress Rehearsal Rag
4. Diamonds in the Mine
5. Love Calls You by Your Name
6. Famous Blue Raincoat
7. Sing Another Song, Boys
8. Joan of Arc







Contrairement à Songs From A Room, Songs Of Love And Hate semble vouloir renouer avec l’aura sacrée et intemporelle de Songs Of Leonard Cohen. Les morceaux regagnent en longueur, dans une tentative d’imposer une atmosphère lente, cérémonieuse, qui ont fait les belles heures de One Of Us Cannot Be Wrong et autre Master Song. Et forcément, comme il est impossible de renouer avec une grâce pareille, Songs Of Love And Hate s’avère être une version similaire mais en un peu moins bien de Songs Of Leonard Cohen. Mais comme le premier album de l’artiste canadien est si tétanisant et insurpassable, Songs Of Love And Hate reste un disque hautement estimable, qui possède un potentiel plombant et terriblement déprimant qui confirme une nouvelle fois le talent bouleversant et unique de Leonard Cohen. En fait, les chansons me paraissent moins fluides, moins lumineuses dans leur austérité, elles possèdent une inertie qui les empêche de décoller véritablement et d’atteindre le lyrisme mystique des précédentes œuvres les plus marquantes du chanteur. Mais la voix de Leonard Cohen est toujours aussi profonde et envoutante, et continue de hanter en débitant des paroles de manière monolithique. La musique conserve le don de nous plonger dans un marasme déchirant, dans des abîmes de pensées indéfinissables, dans un état de calme bouillonnant, éprouvant, d’une tristesse insondable, que ce soit sur le tendu Avalanche, le délicatement résigné Last Year’s Man, le nerveux Dress Rehearsal Rag, le ténébreux Love Calls You By Your Name, le désoeuvré Famous Blue Raincoat, l’épique Sing Another, Boys, ou bien encore le bucolique Joan Of Arc.

Tous les morceaux sont géniaux, en vérité, exception faite de Diamonds In The Mine dont l’énergie rugueuse (annonçant certains aspects de New Skin For The Old Ceremony) tranche trop avec l’atmosphère recueillie du reste du disque. Songs Of Love And Hate est donc un magnifique album, une nouvelle fois. Il ne possède pas le même caractère transcendant que Songs Of Leonard Cohen, sans doute car il est plus roots et rageur, et ne peut ainsi pas renouer avec la grâce mystique de son aîné, mais les chansons restent d’un niveau stratosphérique, il faut bien le dire. Personnellement, je suis passé par plusieurs stades dans l’appréciation de ce disque, j’ai d’abord cru retrouver la magie et la force de Songs Of Leonard Cohen, puis je me suis rendu compte que la musique n’était pas aussi transperçante, et manquait de concision et de précision dans le ton, avant de reconnaître, finalement, que les chansons sont magnifiques et émouvantes, à leur manière, proches des premières compositions du chanteur mais en même temps différentes, moins ésotériques mais presque aussi touchantes. Je pense que la vérité (s’il doit y en avoir une, pour moi, et pour le moment) se situe là. Songs Of Love And Hate est naturellement un album indispensable.