Aerial (2005)



...

CD1
1. King of the Mountain
2. Pi
3. Bertie
4. Mrs. Bartolozzi
5. How to Be Invisible
6. Joanni
7. A Coral Room

CD2
1. Prelude
2. Prologue
3. An Architect's Dream
4. Painter's Link
5. Sunset
6. Aerial Tal
7. Somewhere in Between
8. Nocturn
9. Aerial





Je suis loin de connaître parfaitement l’univers de Kate Bush. J’aime bien The Kick Inside mais je n’ai pas réussi à vraiment dompter Hounds Of Love, album profond qui semble correspondre, davantage que The Kick Inside, aux véritables aspirations de Kate Bush. Je ne sais pas si dans ces conditions je suis bien placé pour aborder une œuvre comme Aerial qui a signé le retour de la chanteuse en 2005, plus de dix ans après son retrait de la scène musicale. En tout cas Aerial ne fait pas les choses à moitié car c’est un double album, ni plus ni moins. Pourtant les deux disques ne durent pas si longtemps que cela puisque leur durée cumulée dépasse à peine les 80 minutes (38 pour le premier et 42 pour le second) soit la durée que peut contenir un seul disque. Le double album semble donc avant tout être un choix conceptuel et artistique, le découpage des chansons étant apparemment réfléchi au vu des titres arborés par les deux disques (Sea Of Honey et Sky Of Honey). Malgré les apparences Aerial est un album accessible et très agréable dès les premières écoutes. L’univers est plus proche de Hounds Of Love que des débuts de la chanteuse, mais les chansons se font moins intimidantes, moins ésotériques, plus accueillantes. Kate Bush cultive même une simplicité qui fait merveille, couplée à des mélodies magnifiques, très épurées (les parties de piano sont fantastiques), qui n’hésitent pas par instant à partir dans des envolées lyriques étranges dont seule la chanteuse a le secret (Mrs Bartolozzi qui parle de machine à laver, qui d’autre que Kate Bush pourrait chanter cela sans être ridicule ?). On ne dirait vraiment pas que la chanteuse n’avait plus fait de musique depuis dix ans (en tout cas officiellement), tant la qualité, l’inspiration, que ce soit au niveau des compositions ou de la voix, sont de haute tenue. C’est peut-être cette pause qui a permis à Kate Bush de recharger ses batteries et de revenir avec une énergie nouvelle.

Les chansons sont d’un abord immédiat et accrochent l’attention sans faillir, que ce soit dans un registre calme (Mrs. Bartolozzi, A Coral Room, Prologue) ou plus enlevé dans lequel brillent les magistraux King Of The Mountain, How To Be Invisible (dont le riff funky distordu me rappelle quelque chose sans savoir quoi), Nocturn et Aerial qui apportent une énergie rock viscérale à l’ensemble avec des structures vertigineuses sans cesse mouvantes et des guitares étonnamment aventureuses (c’est une des facettes de l’album que j’aime beaucoup). Ce qui est bien avec Aerial c’est que l’on retrouve intact l’univers de Kate Bush, et on se rend compte à quel point il n’a pas vieilli d’un pouce. Plus que jamais il semble se situer hors de tout, dans un ailleurs apaisant pour l’âme. En tout cas cet album ne ressemble évidemment à rien qui soit sorti durant les années 2000, il ne cède rien à son époque mais en même temps ne paraît à aucun moment passéiste (même avec les claviers de l’introduction de Pi, pompé chez les Who), ou tourné vers un passé nostalgique. Il reste d’une pureté totale, immaculée, que l’on doit évidemment à la personnalité unique de Kate Bush. Malgré la facilité d’approche des chansons, celles-ci semblent ainsi conserver un mystère, un charme qui ne s’apprivoisent pas aussi aisément. Les morceaux sont longs en bouche et s’ils s’apprécient rapidement ils n’en demeurent pas moins toujours aussi secrets et savoureux avec les écoutes, distillant une atmosphère singulière, très homogène et envoutante tout au long de l’album. Aerial n’est pas un disque qui cherche à s’imposer, c’est une œuvre humble, touchante par son humilité, sa sincérité et sa discrétion. J’ai du mal à voir un seul défaut dans cet album, tous les morceaux sont magnifiques. Certes on ne retrouve pas l’énergie originale et enjouée de The Kick Inside, ni l’aura démentielle de Hounds Of Love, mais Aerial possède une simplicité qui touche à l’essentiel et qui finalement tape juste sur la corde sensible (en tout cas ma corde sensible), par son souci de la retenue, qui rappelle, avec modestie et de manière inconsciente, la futilité des choses, en célébrant la réalité dans ce qu’elle a de plus simple, sensible, évocateur.