Rock 'n' Soul (1964)



...

1. Goodbye Baby (Baby Goodbye)
2. Cry to Me
3. Won't You Give Him (One More Chance)
4. If You Need Me
5. Hard Ain't It Hard
6. Can't Nobody Love You
7. Just Out of Reach
8. You're Good for Me
9. You Can't Love Them All
10. Someone to Love Me
11. Beautiful Brown Eyes
12. He'll Have to Go



Comment faire la différence entre un bon et un mauvais disque de soul ? J’ai un peu le même problème vis-à-vis de ce genre de musique que j’ai avec le jazz : j’ai le sentiment d’entendre un peu tout le temps la même chose. Je préfère la soul au jazz, ce qui fait que cela ne me dérange pas d’écouter un disque de soul de temps en temps, histoire de parfaire mes connaissances dans ce domaine, mais cela ne m’empêche pas d’avoir du mal à trouver des mérites à un artiste soul plutôt qu’à un autre, car au fond le problème reste le même, que j’apprécie (la soul) ou peu (le jazz), tout se ressemble à mes oreilles. En fait la seule chose que je pourrais dire à propos de ce disque de Solomon Burke, et plus particulièrement du chanteur en question (car Rock ‘n’ Soul demeure un album de soul tout ce qu’il y a de plus classique et qui, par conséquent, correspond aux canons du genre tels qu’on se les imagine), c’est qu’il n’a rien à envier à un James Brown ou un Otis Redding. Sa voix est excellente, très puissante avec un timbre légèrement brisé qui évoque d’ailleurs, par moment, les deux grandes figures de la soul. A partir de là, que rajouter de plus ? Solomon Burke se contente d’aligner les chansons de trois minutes, soit autant de tubes potentiels, ou en tout cas de morceaux composés pour être accrocheurs de manière instantanée. Le disque aurait pu ressembler à une simple succession de titres destinés à truster les charts mais la voix de Solomon Burke leur insuffle une véritable âme, une fêlure, qui rend les chansons intéressantes, si ce n’est touchantes. Le chanteur arrive à atteindre le point sensible par son interprétation, bien aidé sur certains des titres les plus calmes par des chœurs qui semblent sortis d’une chorale religieuse chantant les soirs de Noël (You’re Good For Me, He’ll Have To Go). C’est bête mais l’atmosphère ainsi créée, tout en retenue et en subtilité me touche et m’évoque des moments lumineux de paix absolue.

A côté de cela, le disque contient naturellement des chansons plus rythmées, à l’image de Cry To Me (grosse performance vocale), ou en tout cas plus musclées au niveau de l’interprétation, alors même que l’on a affaire la plupart du temps à des ballades soul du plus bel effet (Can’t Nobody Love You, Goodbye Baby, Just Out Of Reach, Someone To Love Me, Beautiful Brown Eyes). L’alternance est bien maîtrisée, en partie grâce à la capacité de Solomon Burke d’être aussi crédible dans un registre que dans l’autre, avec toujours ce feeling tendu entre voix de velours au bord de la rupture, conviction, profondeur et sincérité de l’interprétation, le tout sans aucune esbrouffe. Je ne sais pas s’il est pertinent de dire si un album est bon quand on ne peut même pas affirmer pouvoir en reconnaître un mauvais, mais Rock ‘n’ Soul me paraît être globalement un bon disque de soul. Bien sûr, tout n’est pas parfait : deux ou trois titres sont plus faibles malgré la voix de Burke, à l’image de Won't You Give Him (One More Chance), Hard, Ain't It Hard et You Can't Love Them All, et l’aspect compilation n’est pas complètement absent, mais n’est-ce pas le cas de la majorité des disques soul ? Un autre album aurait sans doute pu faire l’affaire, et c’est bien là tout le drame de la soul, à mon sens mais j’imagine que ce sont des considérations qui n’ont pas vraiment lieu d’être.