Lookaftering (2005)



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1. Lately
2. Here Before
3. Wayward
4. Hidden
5. Against the Sky
6. Turning Backs
7. If I Were
8. Same but Different
9. Brother
10. Feet of Clay
11. Wayward Hum




Lookaftering est le second album de Vashti Bunyan, une chanteuse folk britannique dont le précédent disque était sorti en 1969. Niveau come-back je crois que Vashti Bunyan bat tous les records. En fait son premier album est devenu culte pour une certaine frange d’amateurs d’œuvres plus ou moins underground, sortie à l’époque dans une indifférence quasi généralisée. D’ailleurs c’est grâce à ce culte que Vashti Bunyan a émergé de sa retraite (qu’a-t-elle fait durant tout ce temps, voilà une question qui mérite d’être posée), poussée par la génération du renouveau folk des années 2000, Devendra Banhart en tête. A l’écoute de Lookaftering il faut avouer que c’était une bonne idée car la musique de Vashti Bunyan (qui signe tous les morceaux) est d’une qualité étonnante et propose un univers étrange, envoûtant, hors du temps. Les chansons reposent la plupart sur du piano joué de manière très simple, divers instruments aux tonalités bucoliques venant compléter le tableau telles des flûtes, des cordes, un orgue, un harmonium, une harpe (Joanna Newsom en personne en joue sur Against The Sky), un cor, et bien sûr des guitares acoustiques. Malgré la richesse de la musique, décrite ainsi, l’atmosphère des chansons reste toujours très simple et délicate, bien aidée par la voix feutrée de Vashti Bunyan qui semble presque avoir peur de chanter trop fort. Son chant ressemble plus à un murmure à peine esquissé qu’à un véritable chant à vrai dire. Le résultat est étonnant de sensibilité à fleur de peau, à la fois fragile et sublime par la grâce immaculée qui se dégage des chansons. Le folk de Vashti Bunyan est d’une beauté époustouflante, sans jamais tomber dans la sensiblerie surjouée ou les bons sentiments. En fait, la musique est tellement pure et sincère qu’elle semble intouchable et ne pas se soucier de l’effet qu’elle produit : elle est au-dessus de cela. Lookaftering fait partie de ces albums anachroniques sortis à une époque qui semble ne pas être la leur, égarés quelque part dans une faille spatio-temporelle. Le disque aurait sans doute moins dépareillé dans les années 60-70 mais ce n’est pas si sûr tant les chansons qu’il contient échappent à un univers bien connu et défini.

Le secret de la réussite de Lookaftering réside sans conteste en partie dans la faible productivité de Vashti Bunyan au fil de sa carrière (si on peut appeler cela une carrière). Tandis que ses contemporains des années 1970 ont largement eu le temps de s’épuiser, physiquement, moralement, et d’un point de vue artistique, avant d’atteindre les années 1990 et 2000, la chanteuse n’a pas vraiment eu l’occasion d’exprimer totalement son talent et ses inspirations. Du coup, quand elle s’est remise à l’ouvrage, elle n’a pas connu de panne créative (en tout cas, ça ne s’entend pas) et a ciselé des chansons sublimes sur lesquelles le temps n’aura pas de prise, à n’en pas douter. En fait, même la voix de Vashti Bunyan semble échapper aux affres du temps. Qui pourrait croire que cette voix fluette, délicate, emplie de grâce, appartient à une femme de près de 60 ans ? On dirait la voix d’un ange en réalité (bon, je n’ai pas le même talent que la chanteuse pour éviter de sombrer dans les clichés pleins de sentiment guimauve mais l’idée est là). Lookaftering est un superbe album de folk onirique comme on en fait peu, c’est l’album le plus délicat que l’on puisse imaginer je crois, et rien que pour cela c’est une œuvre tout à fait précieuse et fascinante. La sérénité et l’harmonie que respirent des morceaux comme Lately, Wayward, Hidden, Against The Sky, Turning Backs (ha ce piano, sans doute la plus belle chanson du disque), If I Were, Same But Different (les plus belles parties de cordes) et Feet Of Clay, sont sans commune mesure. En fait on peut citer tous les titres (ce que je ne suis pas loin d’avoir fait) car ils sont presque aussi bons les uns que les autres et développent une atmosphère très proche, ce qui en renforce le magnétisme et la cohérence. A vrai dire, à l’écoute de Lookaftering on a l’impression de se balader dans les champs verdoyants et paisibles de la Comté (celle des hobbits), sans avoir à se soucier de quoi que ce soit, ni des tracas quotidiens ni du temps qui passe. On se sent bien, et c’est tout ce qui compte, n’est-ce pas ? En tout cas en écoutant chanter Vashti Bunyan on en est persuadé. Maintenant, j’ai naturellement encore plus envie de découvrir le premier album de la chanteuse et je me demande si on peut y percevoir des inspirations et des signes proches de l’atmosphère de Lookaftering. Mais le plus grand mérite de ce dernier c’est sans doute de se suffire à lui-même et de ne pas avoir besoin de l’aura qui entoure son aîné pour s’imposer comme un très bon album avec un univers féerique.