Time Out (1959)



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1. Blue Rondo a la Turk
2. Strange Meadow Lark
3. Take Five
4. Thref to Get Ready
5. Kathy's Waltz
6. Everybody's Jumpin'
7. Pick Up Sticks








Je suis loin d’être un fin connaisseur de jazz, mais l’effet que me donne Time Out de Dave Brubeck est celui d’un album de jazz mainstream, de la musique de salon asaisonnée d’une dose de soupe censée faire plaisir à tout le monde. La première fois que j’ai écouté ce disque j’ai été surpris de reconnaître des choses comme Blue Rondo A La Turk, Take Five et Three To Get Ready, le genre de trucs qui sont gravés dans l’inconscient collectif. Pour une fois (outre Brilliant Corners) un disque de jazz m’évoquait quelque chose de concret en ayant l’intelligence de proposer des motifs évidents et efficaces, pour ne pas dire mélodiques (un peu mais pas trop non plus). Time Out se veut accessible et cela s’entend dès les premières mesures de Blue Rondo A La Turk qui introduit le disque de manière assez parlante en piquant un motif musical à Mozart, et les choses se confirment avec le rythme chaloupé de Take Five et la légèreté surannée de Three To Get Ready. Mais le mérite de cet album c’est surtout de pouvoir parler à n’importe qui grâce à l'immédiateté de ses thèmes musicaux. Du coup, quand on découvre Time Out, on se sent intelligent car on a l’impression d’avoir, en vérité, toujours connu, voire apprécié, une certaine forme de jazz, car si Take Five c’est du jazz alors le jazz c’est génial et fédérateur. Mais finalement, cette réaction révèle en quelque sorte la véritable essence de Time Out qui sonne tellement populaire qu’il en devient aseptisé, contrôlé, si ce n’est commercial. L’enrobage est pas mal du tout, et c’est bel et bien le disque de jazz qui accroche le plus rapidement l’attention, mais il réalise cela par le biais de quelques astuces qui s’épuisent vite et paraissent au final un peu trop faciles et grosses.

En effet, certains morceaux ont des thèmes intéressants mais je trouve qu’après quelques écoutes on prend davantage conscience du vide autour de ces thèmes que de la force de ces derniers. Pour le dire plus simplement, Time Out reste un disque de jazz à papa, décontracté du slip et plat, sans passion, malgré les quelques éclats sonores et mélodiques qui apportent un peu d’âme mais se révèlent finalement presque aussi superficiels que le reste. Il est évident que la popularité de Time Out vient en grande partie de sa capacité à parler à tout le monde, mais cela participe également à lui donner une aura de disque consensuel de jazz mou et pépère. De la bonne musique d’ascenseur. Je sais que je donne l’impression de ne pas savoir ce que je veux quand je fais l’effort d’écouter du jazz. D’un côté les performances instrumentales de la plupart des artistes me paraissent sans musicalité, mais de l’autre je ne suis pas plus satisfait dès qu’un disque propose un peu plus d’évidence dans l’approche mélodique comme le fait Time Out. Dans les deux cas je fustige un manque d’identité (ou plutôt d’un truc qui me parle, qui me touche), mais l’identité et le caractère que sont censés apporter les thèmes à la musique de Dave Brubeck sur Time Out me font surtout l’effet d’une tiédeur gentillette et mainstream qui manque singulièrement de panache et de personnalité, ce qui me gêne un peu. On me dira que, d'un autre côté, l'intérêt de l'album réside également dans ses mélanges rythmiques qui ne sont pas aussi accessibles à capter que l'évidence de ses thème musicaux, mais malheureusement la technique me passe au-dessus de la tête, elle n'a aucun effet sur mon ressenti. J'écoute de la musique avant tout pour ressentir, non pour analyser la démarche technique et structurelle d'un artiste qui ressemble plus à de l'étude scientifique, froide et objective, qu'autre chose. C'est sans doute en partie pour cela que je n'accroche pas au jazz.