At Basin Street (1956)



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1. What Is This Thing Called Love
2. Love Is a Many Splendored Thing
3. I'll Remember April
4. Powell's Prances
5. Time
6. The Scene Is Clean
7. Gertrude's Bounce








J’en suis encore au stade de la découverte en ce qui concerne le jazz. Pour l’instant, les œuvres que j’ai pu écouter me laissent partagé. Si j’ai accroché au Brilliant Corners de Thelenious Monk, le jazz des années 50 ne m’emballe pas, c’est trop soft, cool, de la musique à papa définitivement trop pépère. Je ne comprends pas cette musique, même quand c’est Miles Davis qui est censé être transcendant et prendre aux tripes avec Kind Of Blue. En ce qui me concerne, ça ne me fait ni chaud ni froid, cela reste juste une musique de fond inoffensive et tout à fait oubliable. Ce que je trouve bien dans Brilliant Corners ce sont les touches mélodiques qui confèrent une certaine grâce aux morceaux, avec une continuité sonore tout au long du disque. En fait c’est le seul album jazz où j’ai ressenti une véritable mélodie. La plupart du temps, le jazz ne laisse pas de place à la mélodie, et c’est ce qui contribue à mon ennui car les morceaux finissent alors un peu trop par se ressembler (trompette, saxophone, piano, cymbale, contrebasse), sachant que je ne suis pas non plus très sensible ni très réceptif au côté performance technique qui ressort le plus souvent des morceaux jazz de la période classique. J’ai parfois l’impression que le jazz est une musique d’esthète, de musiciens pour les musiciens qui arrivent à comprendre et disséquer la démarche et les qualités techniques des artistes. Ceux qui ne connaissent pas grand-chose à l’art de la musique peuvent être plus difficilement touchés par le jazz, car ce genre paraît si codifié qu’il ne laisse pas beaucoup de place à la surprise et à la sensibilité, à une sensibilité facilement assimilable par le plus grand monde car régie par une forme d’expression stricte. Ce côté très contrôlé du jazz des années 50, flirtant avec la démonstration, renforce son austérité, son manque de chaleur et d’émotion. La musique qui en ressort me paraît lisse, impersonnelle, interchangeable.

J’essaie de trouver des explications au fait que le jazz ait du mal à me toucher, pourquoi je ne capte pas le feeling qui se dégage de cette musique, mais en fait il n’y a pas d’explications car tout cela reste naturellement très subjectif. Une autre personne, amateur de musique peu éclairé dans mon genre, peut très bien être sensible à ce genre de jazz, mais ce n’est pas mon cas pour l’instant, c’est certain. Je ne suis peut-être tout simplement pas assez sensible vis-à-vis de la trompette et du saxophone, instruments prédominants de cette musique. Mais, à mon sens, les choses deviennent un peu plus intéressantes durant les années 60 avec l’émergence du free qui apporte un peu plus de spontanéité et de fraîcheur au genre. Je ne dis pas que musicalement (ou plutôt mélodiquement) je trouve mon compte, mais une œuvre comme A Love Supreme de John Cotrane est tout de suite plus intéressante et fascinante car elle exprime quelque chose d’intense qui va au-delà de la simple performance, même si là non plus je ne suis pas prêt d’avoir conscience des enjeux qui sous tendent cette musique. On y sent une furie, une énergie salvatrice. L’intensité de Bitches Brew de Miles Davis est tout aussi intéressante car les morceaux bouillonnent d’une force presque roots, d’une aura qui doit également beaucoup à la guitare aussi primordiale que la trompette de Miles Davis. Là je sens une musique vraiment personnelle, intense, organique, interprétée avec feeling, dans laquelle l’artiste s’implique corps et âme dans une sorte de communion avec l’énergie sonore. J’ai encore du chemin avant de vraiment apprécier ce jazz là, mais je m’en sens plus proche que les plates performances issues des années 50, du cool jazz au bop et tutti quanti. Tout cela pour dire que la musique de Clifford Brown et Max Roach sur At Basin Street appartient malheureusement à la catégorie du jazz à papa à laquelle je n’arrive à trouver aucun mérite particulier et qui ne m’inspire rien. Je n’ai donc pas grand-chose à dire de plus à ce sujet. Les musiciens assurent leurs morceaux mais je ne vois rien qui puisse les démarquer de ce qui faisait à l’époque. C’est très classe, très sobre, bien exécuté, et c’est censé être un excellent disque de jazz, même si le premier album éponyme de Clifford Brown et Max Roach semble être un poil supérieur selon les spécialistes. Peut-être. En fait, At Basin Street symbolise le problème que j’ai avec le jazz de cette période, c’est un chef-d’œuvre que je pourrais allégrement confondre avec n’importe quel autre album de jazz sorti au même moment.