Live At The Apollo (1962)



...

1. Introduction and Theme
2. I'll Go Crazy
3. Try Me
4. Think
5. I Don't Mind
6. Lost Someone
7. Medley
8. Night Train







Ce concert de James Brown semble être culte mais à vrai dire j’ai du mal à voir ce qu’il est supposé avoir de si fantastique. Il me manque sans nul doute la culture pour considérer ce disque à sa juste valeur, et notamment des connaissances en ce qui concerne la soul pour pouvoir dire ce que ce concert a pu apporter au genre. J’imagine que la date de la performance, le début des années 1960, a son importance dans l’histoire car l’interprétation enfiévrée de James Brown a du faire son effet à l’époque où les tubes calibrés tournaient en rotation libre sur les radios. L’artiste avait déjà sorti des albums et s’était fait une réputation mais c’est sans doute ce concert qui l’a fait exploser en tant que showman, le seul et unique Mister Dynamite, alors sans équivalent dans le domaine de la soul. Et c’est vrai que le concert a conservé une énergie endiablée qui doit autant à l’enchaînement rapide des premiers morceaux très courts (quatre chansons d’à peine plus de deux minutes) qu’à l’interprétation déjà possédée d’un James Brown en grande forme. Le talent du chanteur s’exprime surtout sur les morceaux calmes à l’image de Try Me et de I Don’t Mind qui sont d’une classe folle. Mais le gros morceau c’est Lost Someone qui dure plus de dix minutes et fait naturellement figure de pièce de résistance et écrase tous les autres titres (malgré le medley de six minutes qui enchaîne et qui est assez bon également, dans le même registre calme). Sur un rythme lent qui prend le temps de paresser et d’étaler sa classe nonchalante, James Brown mène sa barque à la perfection, il joue le crooner prêt à s’envoler et s’exciter à la moindre seconde, caressant les paroles de sa voix de velours avant de faire vibrer son timbre brisé.

Lost Someone est un grand morceau soul. Et même si on aurait pu se passer des cris en chaleur du public féminin au moindre feulement de James Brown, tapissant le fond sonore de manière quasiment incessante, il faut avouer que cela fait partie de l’atmosphère du concert, atmosphère pleine de tension sexuelle (surtout sur Lost Someone en fait, ce morceau jouant de manière appuyée avec son tempo lancinant pour faire des appels du pied au public). Ce concert à l’Apollo est donc de bonne qualité et c’est vrai qu'à une époque que l’on imagine souvent polissée et propre, avant l’explosion du rock et du psychédélisme, James Brown apporte une expressivité et une sensualité sans commune mesure dans la musique. A côté, Elvis Presley est un gentil petit gars inoffensif qui semble avoir été castré à la naissance. Cela étant dit ce concert de James Brown ne semble pas aussi essentiel si on se penche sur les différents morceaux, peu nombreux et vite torchés (exception faite de Lost Someone) malgré leurs qualités évidentes. D’un autre côté, ce n’est pas plus mal que le tout ne dure qu’à peine plus de trente minutes, car la musique conserve une urgence salvatrice et au moins je n’ai pas le temps de m’ennuyer ou de saturer (serais-je capable de résister à un concert de soul d’une heure ? Je ne sais pas). Le seul problème c’est qu’aujourd’hui, la manière dont est interprétée cette soul est devenue monnaie courante, un standard, ce qui fait qu’il manque un peu d’envergure et de substance au disque pour sembler aussi renversant, à l’heure actuelle, que sa réputation le laisse supposer. Peut-être est-ce moi qui ai une fausse idée de ce que doit être un chef-d’œuvre, j’imagine qu’un disque pareil doit être démesurément ambitieux, hors norme, alors que le fait d’être concis, carré et définitif dans sa forme est sans doute sufisamment méritant pour prétendre être un disque ultime et incontournable. Enfin même sans être proprement génial ou transcendant ce concert de James Brown respire néanmoins une énergie tout à fait communicative.