Broken Social Scene (2005)



...

1. Our Faces Split the Coast in Half
2. Ibi Dreams of Pavement (A Better Day)
3. 7/4 (Shoreline)
4. Finish Your Collapse and Stay for Breakfast
5. Major Label Debut
6. Fire Eye'd Boy
7. Windsurfing Nation
8. Swimmers
9. Hotel
10. Handjobs for the Holidays
11. Superconnected
12. Bandwitch
13. Tremoloa Debut
14. It's All Gonna Break


Broken Social Scene est un collectif issu d'une scène canadienne qui a décidément été très prolifique durant les années 2000. Un peu à l’image des New Pornographers on retrouve dans ce groupe une pléthore d’artistes ayant une carrière solo à côté, à l’image de Feist et d’Emily Haines pour les plus connues. Broken Social Scene joue un indie rock qui pourrait avoir les apparences les plus classiques si les chansons n’étaient pas constamment habitées par un joyeux bordel sonore aux penchants bruitistes. C’est sans doute l’aspect qui surprend le plus lors de la découverte de ce disque éponyme. Les musiciens semblent jouer un peu n’importe comment, sans cohésion, les instruments partant dans tous les sens, et malgré l’impression très bordélique qui en ressort, les morceaux tiennent debouts et se définissent même à partir de ce foutoir sonique instable. Le bruit des instruments a priori désordonnés prend aisément le dessus sur les voix et les mélodies, noyées dans l’avalanche sonore. On ne peut pas vraiment comparer les musiques des deux groupes, mais l’énergie qui habite celle de Broken Social Scene est dans un sens comparable à celle d’Arcade Fire, avec le sentiment d’une vitalité inaliénable, tonitruante. La seule différence entre les deux groupes se situe dans la manière de faire passer cette émotion. Avec Arcade Fire c’est poignant, lyrique, intensément conquérant. Avec Broken Social Scene c’est beaucoup plus terre à terre, foisonnant, incernable. Les chansons de Broken Social Scene ne touchent pas aussi facilement au cœur que celles d’Arcade Fire, c’est sûr, mais leur énergie viscérale est tout aussi intéressante et fascinante dans le sens où la manière dont elles sont construites, avec toutes ces parasites sonores, semble impénétrable. L’édifice pourrait se casser la gueule à chaque seconde mais il tient solidement sur ses bases. Ce qui est encore plus étonnant c’est que la musique pourrait s’avérer inaudible, voire horripilante (certaines personnes le ressentent ainsi), mais elle reste finalement très accessible et en devient d’autant plus accrocheuse, grâce à cette alchimie improbable entre bruit et dynamique rock percutante, vivifiante et inspirée. Car, même si je peux en donner l’impression, ce disque de Broken Social Scene n’est pas une œuvre qui se veut hermétique ou conceptuelle, loin de là.

En fait c’est un véritable album de rock indie, avec ce que cela suppose en terme d’écriture et d’efficacité, mais c’est l’interprétation en réalité très spontanée et joyeusement explosée qui en fait néanmoins un disque à part, ou plutôt un disque avec une identité forte, et non une énième œuvre indie, ce qu’il aurait très bien pu être à vrai dire. Le fait que le son soit légèrement azimuté n’est pas un effet relevant d’un concept arty ou poseur, c’est simplement la manière dont s’exprime la spontanéité du groupe. Disons que même si le résultat peut parfois ressembler à la musique de groupes shoegaze comme My Bloody Valentine, l’approche et le traitement du bruit n’est pas du tout la même, il n’est pas réfléchi, c’est juste la conséquence de l’interprétation enfiévrée de Broken Social Scene. L’aspect roots et brut de décoffrage prédomine clairement, comme du bon vieux Teenage Fanclub des débuts en moins bourrin et plus subtil (les guitares sont moins imposantes et plus tendues). L’énergie dégagée ne fléchit à aucun moment mais quelques morceaux sortent néanmoins du lot, à l’image de Our Faces Split The Coast In Half (très bon morceau d’ouverture qui résume assez bien le contenu du disque), du déchirant Ibi Dreams Of Pavement (A Better Day) et de l’entraînant 7/4 (Shoreline) qui conjuguent au mieux bordel instrumental et mélodies efficaces. D’ailleurs, la voix de Feist se fond à merveille dans Our Faces Split et 7/4 (Shoreline). Je dois avouer que je n’apprécie pas spécialement sa voix (c’est une des raisons pour lesquelles je n’accroche pas trop à The Reminder) mais son timbre légèrement feutré et éraillé trouve un écrin idéal dans le son foisonnant de Broken Social Scene qui semble dompter la chanteuse tout en la laissant se lâcher. Emily Haines s’en sort également très bien sur le morceau où elle chante seule, Swimmers, avec toujours cette capacité à rendre sensuelles et désenchantées des chansons même quand elles n’ont rien pour l’être. Mais de toute façon je suis amoureux d’Emily Haines depuis que je l’ai découverte avec son album solo Knives Don’t Have Your Back donc je ne peux pas être très objectif à ce sujet. Cela étant dit, mon cœur pourrait aussi avoir un peu de place pour Amy Millan qui chante sur Hotel, un morceau hypnotique de grande classe. Une raison supplémentaire d’apprécier ce disque de Broken Social Scene, aussi évident qu’atypique, et riche d’une musique qui semble ne pas vouloir se livrer tout en explosant de milles sons.