Tender Buttons (2005)



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1. I Found the F
2. Black Cat
3. Tender Buttons
4. America's Boy
5. Tears in the Typing Pool
6. Corporeal
7. Bit 35
8. Arc of a Journey
9. Michael a Grammar
10. Subject to the Ladder
11. Minus 3
12. Goodbye Girls
13. You and Me in Time
14. I Found the End


Broadcast ressemble à une erreur de casting, à un anachronisme complet. Relativement méconnu, ce groupe anglais encensé par une poignée d’auditeurs, semble totalement paumé dans une faille musicale spatio-temporelle. Tender Buttons est un album qui aurait pu sortir à n’importe quelle époque, sauf durant les années 2000. On a même du mal à croire que ce disque soit l’œuvre d’un groupe anglais. Broadcast brouille les pistes, ce qui fait de Tender Buttons un album difficile à appréhender. La musique évoque une multitude d’influences aussi diverses que variées. Le groupe joue une pop électronique évanescente et minimaliste sur les bords qui rappelle tantôt le Velvet Underground (Tender Buttons), Young Marble & Giants, Jesus & Mary Chain (America’s Boy) et My Bloody Valentine (Arc Of A Journey), bref, tout ce qui se rattache à la grande famille de la pop bizarre et détraquée, un peu arty et shoegaze. La voix de la chanteuse parachève l’ensemble car elle évoque celle de Nico avec ses airs de ne pas y toucher, nonobstant les origines respectives des deux femmes. Broadcast est une anomalie dans le paysage des années 2000. En fait la musique me paraît tellement archaïque qu’elle a du mal à m’accrocher. Quand j’écoute Tender Buttons j’ai l’impression de jouer au jeu des sept différences et d’entendre trop de références aux gloires du passé, aussi distinguées soient-elles. Le minimalisme étrange des chansons, avec tous les effets électroniques, demeure assez froid et peu accueillant. La monotonie s’installe assez vite, bien aidé pas le ton monocorde de la chanteuse.

Certaines chansons ont un petit quelque chose en plus qui fait qu’elles tirent leur épingle du jeu (I Found The F, Corporeal, A Grammar Object Of The Ladder), mais le plus souvent je reste insensible à l’ambiance que dégage la musique, un peu trop distante pour me conquérir. Et le minimalisme semble parfois justifier des rengaines qui tournent dans le vide (le légèrement irritant Black Cat, Michael). J’ai le sentiment que ce minimalisme marchait mieux avec Young Marble & Giants qui semble être globalement la principale influence de Broadcast. Il suffit d’écouter les titres se basant sur trois fois rien, avec des touches de claviers et une base métronomique, pour s’en convaincre (Corporeal, Bit 35). J’ai du mal à percevoir les qualités de Broadcast qui conduisent certaines personnes à louer les mérites du groupe. Bon, je comprends que les fans de pop arty minimaliste typée années 80 puissent apprécier Broadcast car c’est sans doute le seul groupe qui s’aventure dans ce domaine (en même temps ma culture à ce sujet n’est pas très vaste, je le concède). Mais, franchement, est-ce que cela vaut mieux que le revival rock ? La démarche me semble être la même. Cela ne veut pas dire que c’est forcément mauvais (on peut sauver des trucs dans le domaine du revival) mais je trouve que Broadcast se contente de ressusciter les spectres du passé et n’arrive pas à emballer cette résurrection avec des chansons vraiment excitantes. En fait c’est bien là que se situe le problème. Tender Buttons s’enferme dans un enchaînement plan plan et convenu de titres sans génie particulier. Au fond, le résultat n’est pas désagréable mais le groupe ne propose rien de véritablement transcendant. Le minimalisme semble le plus souvent autoriser le groupe à tomber dans la facilité, ce qui n’est pas vraiment l’intérêt de la chose, à vrai dire.