Olympia 64 (1964)



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1. Amsterdam
2. Les Timides
3. Le Dernier Repas
4. Les Jardins du casino
5. Les Vieux
6. Les Toros
7. Tango funèbre
8. Le Plat Pays
9. Les Bonbons
10. Mathilde
11. Les Bigotes
12. Les Bourgeois
13. Jef
14. Au suivant
15. Madeleine


L’intensité que Jacques Brel met dans ses interprétations est la chose qui me fascine le plus chez ce chanteur, mais qui ne l’est pas, fasciné, devant les images en noir et blanc de l’artiste s’égosillant sur scène, passant de la joie, de la tristesse à la fureur en l’espace de quelques secondes emportant tout sur son passage avec une énergie devant aussi bien au désespoir qu’à la poésie. Le répertoire de Jacques Brel n’est pas le genre de truc qui me botte plus que cela, mais quand je tombe sur des morceaux comme Amsterdam ou Ne Me Quitte Pas, surtout accompagnés d’images, je reste toujours aussi cloué. A mon sens, c’est le plus grand mérite du chanteur, savoir transcender ses propres morceaux, pour les transporter ailleurs. Malheureusement cette formule ne marche pas avec toutes les chansons, en tout cas sur ce concert enregistré à l’Olympia en 1964 (pour le reste, je ne connais pas du tout les disques de Jacques Brel). Disons que le concert est parfaitement introduit avec Amsterdam, mais la suite est largement composée par des chansons moins enfiévrées, style vieille chanson française où Jacques Brel évoque les petites gens et leurs histoires de boulevard où la banalité se révèle être une source de poésie décalée. Avant la grandeur et la décadence déchirante de ses chansons les plus célèbres, le répertoire de l’artiste est surtout peuplé de morceaux du genre, célébrant la morne vie des gens, les sans grades traversant leur existence comme des ombres, dont la routine et la misère semblent devenir fantastiques et hautement bouleversantes l’espace de quelques minutes, comme si l’univers n’existait que par ces petites choses en apparence anodines, soudain érigées en pièce de théâtre aspirant la vie tel un incessant tourbillon. Je dois avouer que ce n’est pas le genre de poésie qui me touche, surtout quand l’instrumentation s’amuse à accentuer l’aspect musique de bal populaire et potache. Entre les Timides, les Vieux, les Bonbons, les Bourgeois, les Bigotes, on finit par avoir sa dose des histoires de la France d’en bas racontée avec une fausse naïveté et un enthousiasme de benêt dans la Lune. Je préfère nettement la puissance non feinte d’Amsterdam ou même du Plat Pays, les deux seuls morceaux vraiment poignants, qui ne font pas dans la fioriture. Jacques Brel était sans nul doute un chanteur et un interprète de génie mais seuls quelques uns de ses morceaux me touchent vraiment ce que confirme parfaitement ce concert qui ressemble, à mes yeux, plus à une jolie pièce de musée qu’autre chose.