Green Onions (1962)



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1. Green Onions
2. Rinky-Dink
3. I Got a Woman
4. Mo' Onions
5. Twist and Shout
6. Behave Yourself
7. Stranger on the Shore
8. Lonely Avenue
9. One Who Really Loves You
10. You Can't Sit Down
11. A Woman, a Lover, a Friend
12. Comin' Home Baby



Ce disque est l’exemple même de l’album passé à la postérité par la force d’un seul et unique titre : Green Onions, un tube interplanétaire qui semble aussi vieux que le monde mais qui a bien été composé par Booker T. alors jeune organiste prodige de 18 ans. Avant de découvrir ce disque je connaissais ce morceau mais j’ignorais complètement son titre et son auteur. C’est sans doute à cela que l’on reconnaît la popularité, sinon la force, d’un tube. Mais la véritable question c’est : pourquoi le titre Green Onions ? A vrai dire je n’en ai aucune idée. La musique soul / rhythm and blues de ce morceau fait penser à tout sauf à des oignons verts. Si l'on met de côté cette question existentielle on se retrouve avec une bonne chanson qui n’a rien perdu de son charme vintage swinguant comme à la première heure, notamment grâce aux parties d’orgue. Green Onions est un véritable classique. Mais c’est aussi le seul morceau imparable du disque. Le reste navigue dans une veine soul, parfaitement exécutée, mais sans fulgurance ni audace particulières. Les chansons sont exclusivement instrumentales, elles sont ainsi l’occasion de mettre en avant le travail de Booker T. à l’orgue mais également de Steve Cropper à la guitare qui fait office de complément idéal par sa discrétion et sa précision. L’ensemble dégage une atmosphère typique des années 60, la musique fait clairement son âge mais c’est aussi ce qui la rend sympathique et peut la rendre tout à fait intéressante aux amoureux de la période et du genre. On sent le souci du travail bien fait, de l’interprétation soignée, avec un zeste de feeling mais je trouve que cela manque d’un brin de folie. C’est bien, c’est beau, c’est propre, c’est classe avec un art de la nonchalance soigneusement étudié, légèrement roots mais pas incandescent.

A titre d’exemple, la reprise de Twist And Shout est bien exécutée mais sans l’énergie démentielle que les Beatles vont par la suite insuffler à la chanson. Les morceaux sont bien trop courts et contrôlés pour laisser la place au hasard. On sent que le format de prédilection est encore au 45 tours car chaque chanson semble composée dans l’optique de concocter un tube potentiel, net et concis, sans fioriture. Si Green Onions est le seul titre qui s’impose vraiment, on peut néanmoins remarquer que son petit frère Mo’ Onions tente de recycler la même formule sans pour autant atteindre l’efficacité de l’étendard du disque. Parmi les titres un peu plus sérieux, puisant leurs sources dans le blues et le r’n’b le plus pur, à l’image des langoureux Behave Yourself (la seule véritable démonstration feelingesque à l’orgue de Booker T.), Lonely Avenue et A Women, A Lover, A Friend, le disque se permet quelques moments légèrement décalés, avec une ambiance ensoleillée, qui participent à la décontraction qui baigne l’ensemble du disque, une sorte d’esprit west coast fin des années 50. J’aime particulièrement One Who Really Loves You, une chanson rayonnante qui joue aussi bien sur l’enthousiasme que la mélancolique à travers les parties d’orgue étonnantes qui apportent un petit vent de fraîcheur et une approche sensiblement différente que sur le reste du disque. Au bout du compte Green Onions est un disque sympathique mais dont on a vite fait le tour. C’est idéal pour capter le parfum de ces années là mais ce n’est pas forcément vital. Le disque a peut-être été révolutionnaire ou important à l’époque, mais aujourd’hui il n’en reste qu’une musique surannée, au demeurant pas désagréable mais loin d’être bouleversante.