I See A Darkness (1999)



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1. A Minor Place
2. Nomadic Revery (All Around)
3. I See a Darkness
4. Another Day Full of Dread
5. Death to Everyone
6. Knockturne
7. Madeleine-Mary
8. Song for the New Breed
9. Today I Was an Evil One
10. Black
11. Raining in Darling




J’ai du mal à comprendre le relatif engouement que suscite la musique de Bonnie Prince Billy. J’ai découvert l’artiste avec The Letting Go, son album sorti en 2006, et si j’ai réussi à reconnaître quelques mérites au bousin, j’en ai gardé une impression générale de monotonie, pour ne pas dire carrément d’ennui. Malgré quelques morceaux en peu plus enlevés, The Letting Go est un disque folk léthargique qui n’exprime pas grand-chose tant la musique est trop calme et la voix de Will Oldham inoffensive. J’ai néanmoins attendu d’écouter I See A Darkness, reconnu comme le chef-d’œuvre du bonhomme, avant de mieux me prononcer sur l’intérêt de la chose. Et bien je peux tout de suite dire que I See A Darkness est encore pire que The Letting Go question neurasthénie, mais quelque part c’est compréhensible car, en tant qu’œuvre la plus représentative de l’univers de Bonnie Prince Billy, I See A Darkness pousse à fond le concept de la musique molle et suicidaire. A côté, The Letting Go n’est qu’une pâle copie qui respire la joie de vivre. Je conçois tout à fait que l’intérêt des chansons de Bonnie Prince Billy est cette atmosphère dépressive qui passe surtout par la noirceur des textes (il suffit de mater des titres comme Death To Everyone pour s’en rendre compte), portée par une musique stagnante, quasiment mortifiante, qui semble au bord de la renonciation à chaque seconde. Mais franchement, la musique est juste ennuyante, elle est tellement calme et minimaliste (on dirait que les instruments jouent au fond d’un jardin) qu’elle en devient transparente, ne s’impose pas, voire est carrément inaudible par instant si on ne pousse pas le potard à fond. C’est marrant parce qu’en fait c’est toujours les musiques les plus calmes qui donnent l’impression d’être sourd, elles sont jouées si doucement que l’on a l’impression de ne rien entendre même en montant le son sans arrêt. En plus Will Oldham marmonne dans sa barbe plus qu’il ne chante, et sa voix ne me fait toujours rien, elle est standard et ne me parle pas.

Je ne dis pas que je suis un amateur exclusif de musique bourrine, au contraire, mais je n’aime décidément pas ce sentiment d’écouter une bouillie sonore à peine jouée et murmurée, qui a du mal à sortir des enceintes. C’est plus fort que moi, enfin non, justement. Donc la country folk pépère de Bonnie Prince Billy ne passe pas chez moi. Il faut avouer que j’ai le défaut de ne pas m’intéresser outre mesure aux paroles des chansons, or la musique de Will Oldham est de celle qui vit à travers les textes. La problème c’est que la musique en elle-même, car c’est bien cela qui est le plus important (sinon à quoi bon écouter de la musique, n’est-ce pas), ne transmet rien, et ne donne pas envie de se pencher sur les textes, comme le fait par exemple Electro-shock Blues de Eels pour rester dans un univers morbide. Musicalement, Bonnie Prince Billy est un des trucs les plus impersonnels qui soient. La soi-disante puissance émotionnelle des morceaux de I See A Darkness me reste inaccessible. Deux titres sortent néanmoins un peu du lot, à mon sens, par leur force magnétique et tétanisante : I See A Darkness et Death To Everyone. Dans l’ensemble ces deux morceaux sont très calmes (eux aussi) mais leurs accélérations sont clouantes tant l’intensité qui en découle transforme les mélodies austères en quelque chose de vraiment poignant. Death To Everyone est particulièrement fort avec ses guitares distordues. Ces deux titres permettent au disque de ne pas sombrer dans le truc juste oubliable dans lequel je le cataloguerais sans regrets, mais pas de quoi se relever la nuit non plus. Je crois, à présent, qu’il est inutile que j’insiste avec Bonnie Prince Billy, sa musique m’est définitivement étrangère, il y a un truc que je ne pige pas là-dedans, pour moi cela reste du folk mou du genou, sans feeling.