Blind Faith (1969)



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1. Had to Cry Today
2. Can't Find My Way Home
3. Well All Right
4. Presence of the Lord
5. Sea of Joy
6. Do What You Like









Cet album est emblématique non seulement pour sa pochette d’un goût particulier (un tel truc serait impossible à l’heure actuelle hormis pour un obscur groupe de death metal grindcore underground, sauf que là on parle de Blind Faith le groupe avec Eric Clapton, monté pour vendre, à l’époque, des camions entiers d’albums) mais aussi, justement, pour la renommée des membres composant Blind Faith, à savoir Eric Clapton à la guitare, Ginger Baker à la basse, tous les deux libres comme l’air suite à la séparation de Cream, Steve Winwood au chant et aux claviers, et enfin Rick Grech à la batterie, l’ancien de Family (ah Family). Du bien beau monde en somme, le premier supergroupe de l’histoire selon certains. L’album doit largement sa présence dans tous les palmarès des disques à écouter à la célébrité des musiciens de Blind Faith, cela semble évident, car les chansons n’ont rien de véritablement transcendant. Le groupe joue un blues rock, vaguement teinté de passages acoustiques, sans aucun apport révolutionnaire. En fait ce qui est plaisant dans cet album c’est qu’il semble néanmoins annoncer la voie que prendra Clapton sur Layla & Other Assorted Love Songs, notamment lors de certains passages mélodiques bien sentis sur Had To Cry Today (même si cette chanson est signée Steve Winwood) et Presence Of Lord (celle-ci étant écrite par Clapton).

Au-delà des riffs de guitare carrés mais guère efficaces et des solos dans l’ensemble peu intéressants (le long jam Do What You Like ne sert à rien), les chansons possèdent une sorte de légèreté (comme sur l’entraînant Well All Right), voire par instant de lyrisme (Presence Of Lord surtout et les refrains de Had To Cry Today), que j’apprécie énormément et qui s’élève au-dessus des inspirations basiques du blues rock tout venant de l’époque, la voix profonde de Winwood aidant bien à ce niveau-là. C’est en cela que je trouve que cet album annonce la musique de Layla même si Clapton ira bien plus loin dans ce registre avec les Dominos. Les chansons de Blind Faith sont moins inspirées, moins subtiles et les solos d’Eric Clapton moins transcendants. Par contre, je pense que Clapton a su prendre exemple sur Winwood pour puiser la force d’interprétation qu’il a sur les chansons de Layla. Ce qui est étrange c’est que la voix de Clapton me semble techniquement plus limitée que celle de Winwood mais pourtant capable de faire passer plus de choses d’un point de vue émotionnel (enfin, tout ceci reste subjectif). Cet unique album de Blind Faith est donc bon mais loin d’être indispensable. De toute manière, un album qui est plombé par un jam de quinze minutes comme Do What You Like ne peut pas prétendre à l’excellence. C’est tout à fait le genre de passage dont je n’ai jamais saisi l’intérêt, si ce n’est remplir la galette et tenir les quarante minutes règlementaires. Certains jams peuvent se révéler intéressants si les musiciens sont inspirés mais là, c’est loin d’être le cas, avec une structure archi prévisible et un paquet de temps morts (chaque instrument a son passage, ceux de la basse et de la batterie sont particulièrement monotones et occupent pourtant plus de la moitié de la chanson). En plus ce n’est pas comme si Do What You Like était un morceau tout neuf que personne n’avait jamais entendu.