In The Future (2008)



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1. Stormy High
2. Angels
3. Tyrants
4. Wucan
5. Stay Free
6. Queens Will Play
7. Evil Ways
8. Wild Wind
9. Bright Lights
10. Night Walks





J’ai toujours un peu de mal avec le revival rock, surtout quand les influences sont trop audibles pour être balayées d’un simple revers de la main. Cela ne veut pas dire qu’il est devenu impossible de faire du bon hard ou du rock brut de décoffrage, plus ou moins à l’ancienne pourrait-on dire. Les Queens Of The Stone Age ont prouvé que le hard avait encore des choses à dire et pouvait créer un nouveau terrain d’expression qui semble aussi éloigné, en terme d’identité, que proche, au niveau de l’énormité du son, des bases ancestrales du hard rock. En gros quand on écoute Songs For The Deaf on n’a pas vraiment l’impression d’entendre une vieille formule juste remise au goût du jour. Parfois, un peu de sincérité et d’énergie suffisent aussi à faire passer une musique ouvertement rétro sans problème, comme une lettre à la poste. C’est le cas, par exemple, de Riot City Blues de Primal Scream ou de Dollhouse, des groupes qui possèdent un feeling roots difficile à prendre à défaut. Black Mountain ne fait partie ni de la première ni de la seconde catégorie, ce qui situe le groupe dans une mouvance instable, trop référencée et référentielle pour être vraiment surprenante, un peu à l’image de Wolfmother. Les influences sont immédiatement indentifiables : de la lourdeur du son et des riffs, au grain de la saturation, jusqu’à l’utilisation de l’orgue et aux intermèdes acoustiques, on se croirait revenus durant les années 70, pas très loin de Led Zeppelin ou de Black Sabbath, voire de Deep Purple. J’ai du mal à comprendre la démarche consistant à réciter une recette soigneusement apprise, plus de trente ans après les autres. En fait, ce n’est pas tant la recette en elle-même qui me gêne, sinon, encore une fois, je n’écouterais pas beaucoup de groupes, et je n’arriverais pas à apprécier un disque de rock basique comme Riot City Blues, mais c’est le fait d’entendre si ouvertement les influences, dès les premières secondes des morceaux, avec l’impression d’avoir déjà entendu cela auparavant et de ne pas pouvoir être surpris. Qui a envie d’écouter du Led Zeppelin ou du Black Sabbath remis au goût du jour, franchement ? Autant écouter les originaux.

Les moments de calme, l’atmosphère mystique, les accélérations, les breaks introduisant de grosses guitares puissantes, il est facile d’anticiper les effets du groupe. Le problème c’est que Black Mountain développe une musique pesante, hard, limite stoner, qui peut difficilement s’échapper des carcans de ses influences tant elle repose sur une dynamique cryptée, bien trop codifiée. Du coup, ce que l’on entend instantanément ce sont les fantômes des vieux de la vieille. Si on peut donc évoquer Led Zeppelin pour l’ambiance mystique (que l’on doit surtout à la voix de la chanteuse Amber Webber qui joue un peu le rôle d’une Sandy Denny dans The Battle Of Evermore sauf qu’elle le fait sur tout le disque), et l’utilisation de la guitare acoustique (Stay Free principalement, un vrai morceau de hippie, et Wild Wind qui ressemble presque à du Bowie, sans doute à cause du piano), Black Mountain n’a pas vraiment le sens de l’efficacité et de la mélodie de la bande de Page & Plant. Le groupe se rapproche plutôt de Black Sabbath, avec un son d’une lourdeur extrême. Heureusement, si la première écoute peut s’avérer pénible car on a de cesse de faire des comparaisons avec les anciens, le son de Black Mountain commence à s’épanouir avec les écoutes suivantes. C’est vrai que les influences sont décidément très présentes, la production vintage s’évertue à faire sonner l’orgue et les guitares comme dans les années 70, et on a même droit à un morceau interminable comme à l’époque, Bright Lights, qui dure 16 minutes et passe par toute une gamme d’émotion, du début calme et répétitif à l’irruption du riff qui dépote mais pas inventif pour un sou (le genre de break incontournable), jusqu’à la conclusion sur une musique planante et ésotérique. Contrairement à la musique de Wolfmother (sur son premier album), qui s’essouffle inexorablement au fil des écoutes et devient vite redondante car définitivement trop pompée sur les gloires d’antan, au point de friser la caricature, la musique de Black Mountain exerce un attrait de plus en plus fort.

On découvre derrière le mur du son, un véritable travail sur l’ambiance et une maîtrise étonnante. A défaut d’être novateur ou même de dépoussiérer le genre, le groupe possède une vision bien définie de sa musique et explore des contrées sonores tout à fait pertinentes. En fait, les chansons sont si bien chapotées que l’on ne trouve pas de temps morts et on n’a pas le temps de s’ennuyer. Même Bright Lights fonctionne bien, je dirais même que les passages calmes sont encore mieux foutus que les accélérations pétaradantes. En fait ce sont ces influences mystiques et éthérées qui rendent l’album intéressant et magnétique, lui permettant de ne pas s’épuiser et de conserver une aura de mystère que l’on a envie de percer. Ces moments qui m’avaient paru un brin ampoulés et calculés au début, sont en fait les passages clés qui instaurent l’atmosphère de la musique de Black Mountain. Les riffs pistachent comme il faut (Stormy High, Evil Ways, celui au milieu de Bright Lights) mais question originalité, pas de quoi se relever la nuit non plus (quelques notes et l’affaire est emballée), c’est donc la manière dont est gérée l’alternance entre force brute et passages planants qui crée la véritable énergie du disque. Les meilleurs morceaux sont ceux qui utilisent le mieux cette spécificité (Tyrants, Wucan, Bright Lights, Queens Will Play). J’aime particulièrement Angels, seul titre mid tempo tout du long, efficace comme un bon vieux morceau de rock. En bref, Black Mountain mène très bien son affaire. Le groupe a finalement réussi à briser mes réticences d’origine et c’est, plus que tout, significatif de la qualité de la musique, qui arrive en fait à se créer un espace bien à elle et ne doit pas grand-chose à qui que ce soit. Bon, certains passages rappellent de manière criante l’héritage du bousin (tout ce qui est riff, breaks et montée en tension) mais c’est allègrement noyé par la dynamique de l’ensemble. In The Future est vraiment un bon album, abouti et maîtrisé qui peut être considérée comme une véritable réussite dans le genre résurrection des fantômes du passé. Et je dois bien dire que j’en suis le premier surpris.