Directions To See A Ghost (2008)



...

1. You on the Run
2. Doves
3. Science Killer
4. Mission District
5. 18 Years
6. Deer-Ree-Shee
7. Never/Ever
8. Vikings
9. You in Color
10. The Return
11. Snake in the Grass




Encore un groupe revival qui, cette fois, s’applique à ressusciter le bon vieux rock psychédélique des années 60 avec ambiance sous acide, guitares saturées fuzz, relents orientaux (avec utilisation de sitar évidemment) et chanteur chaman. Une nouvelle fois les influences sont très criantes et ce dès le premier morceau qui pique tous ses plans aux Doors, surtout le chanteur qui entame une imitation discount de Jim Morrison. Ces influences sont omniprésentes tout au long du disque, d’ailleurs le chant sur Science Killer ressemble énormément à une chanson des Doors (même si je cherche encore à mettre un nom dessus). Pour le coup, si je suis finalement arrivé à trouver des mérites à Black Mountain et son registre hard, le répertoire des Black Angels sent trop la naphtaline pour me convaincre. L’esprit de la musique est trop proche et trop respectueux des vieux codes éculés du rock psychédélique pour être pertinent. En fait, le disque ressemble à un immense trip, vraiment long, pour ne pas dire interminable (70 minutes), qui vire au tourbillon sonore, à une bouillie de saturation psychée continue où surnage le chant telle une figure tutélaire. La musique se résume donc à une question d’ambiance, si on aime avoir la tête dans le coaltar plus d’une heure durant, et/ou s’immerger dans un aquarium sonore après avoir fumé un pétard, Directions To See A Ghost un album tout à fait recommandable. Maintenant, ce n’est pas un truc qui me touche.

Déjà, à la base, j’ai un petit problème avec le rock psychédélique pur, les trucs comme Grateful Dead et Quicksilver Messenger Service avec leurs longues envolées camées m’ont toujours plus ou moins ennuyé, et je n’ai jamais compris où ce miasme sonore était censé amener l’auditeur. L’auditeur sobre devrais-je préciser, car on ne peut pas écouter plus de deux fois ce genre de musique sans avoir la certitude qu’une personne à jeun n’a rien à faire dans le coin et n’est pas prête de capter les couleurs sonores de ces enregistrements cramés. Je préfère quand le psychédélisme est utilisé à bon escient, sans abus, avec de la pop efficace comme chez les Beatles période Sgt Pepper’s, voire encore mieux avec Spirit, Family et même les Doors (Strange Days étant sans doute le meilleur album de rock/pop psychédélique à mon sens). Je ne suis pas contre non plus un peu de Jefferson Airplane ou de Big Brother mais avec le temps le pouvoir de ces groupes tend à s’estomper, je trouve, justement à cause des quelques excès sonores à coup de fuzz et de trucs un peu trop barrés. En tout cas, les Black Angels sont plus proches de Quicksilver Messenger Service que de Spirit et consorts, c’est clair et net. Disons que s’il fallait définir la musique de ce groupe, je dirais : Jim Morrison chantant avec Quicksilver Messenger Service, avec un léger soupçon de stoner pour la lourdeur entêtante du son.

Bref, le genre de truc un peu ampoulé qui se révèle épuisant sur la longueur car le disque ne propose aucune nuance, toutes les chansons étant jouées de la même manière, avec cette sorte de distance cryptique, noyée dans un brouillard inaccessible, qui, je crois, est la principale raison qui fait que j’ai du mal à accrocher au rock psychédélique. J’ai besoin de pouvoir me raccrocher à quelque chose quand j’écoute de la musique, principalement au feeling et à la sincérité dégagés par l’artiste, mais avec le psyché j’ai l’impression que les musiciens sont à moitié concernés par leur affaire et se tiennent en retrait, balancent leur son tortueux comme pour établir une barrière infranchissable entre leur musique et le gars lambda qui l’écoute. Ce problème est parfaitement incarné par le chanteur qui plane au dessus du reste comme s’il ne voulait pas être impliqué dans le truc. Je trouve ça dommage, même si c’est juste mon impression personnelle évidemment. Par extension, cette musique me semble contenir beaucoup d’effets de manche, on ne peut pas écrire autant de truc dans le même genre sans que cela relève du complet sacerdoce obsessionnel. Arrivé à ce point, on dirait que le groupe joue du psyché pour le psyché, toujours plus de grésillements et de boue sonore totalement vaine pour se donner un certain genre, dans l’excès et la surinterprétation.

Le pire c’est que dès le premier morceau (bon, allez, le second pour être gentil) on sait pertinemment que les chansons suivantes n’apporteront rien de plus. On peut sans crainte aller se chercher un café et revenir au bout de cinq minutes, avec l’assurance de n’avoir rien loupé. La musique est tellement prévisible qu’au fil du disque je me suis laissé à penser, surtout après le titre Never/Ever qui dure huit minutes, que les chansons pourraient tout aussi bien continuer indéfiniment qu’on ne verrait pas la différence. Et j’étais même prêt à parier que le groupe était tout à fait capable de pondre un titre interminable à la fin du disque. Après tout, étant donné l’excès de bouillie sonore caractérisant la musique des Black Angels, il serait indécent de ne pas finir sur le morceau le plus long du disque, donc qui dure plus longtemps que Never/Ever, et ce ne serait que rendre un peu plus hommage et, par là même, s’inscrire davantage dans la sclérose ancestrale du rock psychédélique, si cela n'était pas suffisant jusque-là, que de finir sur un morceau de bravoure aussi interminable que complètement inutile. En gros deux bonnes raisons qui font qu’au final, les Black Angels n’ont pas osé déroger aux prévisions les plus prévisibles, avec une apothéose telle que Snake In The Grass qui fait ses 16 minutes bien pesées et ne sert à peu près à rien. Enfin, ce morceau pourrait tout aussi bien résumer la totalité du disque. D’ailleurs, cela aurait été sympa car on se serait alors épargné les 50 autres minutes du disque. En clair, Directions To See A Ghost, non content d’être très répétitif, est bien trop long pour ce qu’il a à dire. Je n’arrive pas à dire que c’est un mauvais disque, mais il est totalement vain, à mon sens. Je crois que je ne comprendrais jamais le psychédélisme pur et dur, il y a définitivement quelque chose qui m’échappe là-dedans. En fait, je pense qu’il ne faut pas aller chercher plus loin : je ne suis pas assez drogué, tout simplement.