Armchair Apocrypha (2007)



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1. Fiery Crash
2. Imitosis
3. Plasticities
4. Heretics
5. Armchairs
6. Dark Matter
7. Simple X
8. The Supine
9. Cataracts
10. Scythian Empires
11. Spare-Ohs
12. Yawny at the Apocalypse



The Mysterious Production Of Eggs est un album qui a fini par s’immiscer en moi, petit à petit, au point où j’arrive à le considérer comme un des meilleurs trucs que j’ai pu écouter durant les années 2000. Force est de constater que Armchair Apocrypha, album qui est sorti en 2007, après Production Of Eggs, n’atteint pas le niveau de son prédécesseur. Il est difficile de mettre le doigt sur ce qui cloche ou plutôt ce qui n’est plus là, car le disque est quand même loin d’être mauvais, il est même bon et finalement rempli parfaitement le rôle de l’album agréable à écouter. On ne pouvait sans doute pas en attendre moins d’Andrew Bird, disons qu’il joue sur un terrain totalement maîtrisé, il est à l’aise et livre une musique de qualité mais sans surprises ni révélations. En fait il est délicat de juger ce genre d’albums car ils évoluent dans une sphère feutrée, calme, qui est à chaque fois une source d’apaisement agréable mais qui semble capable de débiter des chansons toutes douces jusqu’à la fin des temps, sans sourciller et sans progresser d’un iota. Du joli folk bien emballé en somme, avec suffisamment d’âme, mais guère plus. Et quand on est sensible à ce genre de choses, ce qui est mon cas, on peut difficilement trouver des raisons de se plaindre. Pourtant il faut bien trouver des raisons pour faire sortir du lot les excellents albums des disques « juste » bons.

C’est toute la problématique en ce qui concerne The Mysterious Production Of Eggs et Armchair Apocrypha et j’imagine qu’elle est extensible à la majeure partie de la discographie d’Andrew Bird. Je suis quasiment certain de pouvoir piocher un de ses albums au hasard et des les apprécier de la même manière que je peux apprécier Armchair Apocrypha. Andrew Bird est le genre de gars capable de pondre une musique standard qui peut être appréciée par tout le monde, en toute circonstance, en maintenant un certain niveau de qualité, mais sans forcément se transcender. En fait je n’en sais rien (faudrait que j’écoute ses autres albums pour pouvoir l’affirmer) mais ce sont des choses qui se sentent, ne serait-ce que vis-à-vis du domaine dans lequel il officie. Donc voilà, Armchair Apocrypha est un album éminemment sympathique, et vraiment agréable, une belle œuvre bien troussée mais il lui manque le petit truc qui pourrait faire la différence. Je pense que ce truc se trouve justement sur The Mysterious Production Of Eggs, outre la pochette qui est beaucoup plus accrocheuse que celle d’Armchair Apocrypha (quoi que le concept dans le livret, avec les photos des oiseaux et de Bird (haha) prises de dos, est sympa). Pourtant les premières approches sont sensiblement identiques en ce qui concerne les deux albums, c’est du folk/pop quoi, agréable mais pas spécialement transcendant. Mais, dès la première écoute, The Production Of Eggs révèle quelques étrangetés, des petites froudroyances parsemées ici et là comme des arpèges de guitares entêtants qui reviennent comme des riffs (Skins Is, My) ou des effets qui peignent un décor mystérieux et envoûtant qui évoque un monde plein de fantaisie, parfois proche d’une bande son pour jeu vidéo (un des morceaux, The Happy Birthday Song sans doute, me rappelle vaguement les inspirations que l’on trouve dans les OST de Zelda, ce qui a le don de m’enchanter au plus haut point). Les chansons ont un côté aventureux et n’hésitent parfois pas à rentrer dans le lard (Fake Palindromes même si ce n’est pas la meilleure), à se précipiter de manière fougueuse (Opposite Day) ou, au contraire, à se poser d’une manière incroyablement douce (je ne me lasse pas de Sovay). Un ensemble en forme de montagnes russes, parcouru de tremblements vivifiants alors que la base reste malgré tout du folk calme.

Armchair Apocrypha n’a pas le même pouvoir de séduction et de mystère, ses chansons ne semblent pas receler des petites merveilles qui donneraient particulièrement envie de revenir vers l’album pour décrypter l’étrangeté anodine de la musique. Si l’on écoute le disque c’est plus pour une atmosphère détendue que pour un irrésistible pouvoir d’attraction. En même temps, il faut toujours se méfier avec ce genre de musique, car on a parfois une révélation de manière inexplicable, au bout de plusieurs écoutes, le temps que les chansons s’installent, prennent leur place. Cela pose encore plus de problème dans la manière d’aborder ces albums, on n’a pas envie d’émettre un avis définitif car on sent que l’on est pas à l’abri de ce genre de révélation soudaine, mais on n’a pas non plus envie de passer sa vie à chercher à percer quelque chose qui peut-être n’arrivera jamais, d’autant plus qu’il existe sans doute des milliers d’albums dans le même cas. Au bout du compte il faut bien dire quelque chose (à moins que cela ne serve à rien ?). Donc on peut juste dire que, la plupart du temps, on arrive à sentir si un album a vraiment le potentiel de se révéler sur le long terme. Armchair Apocrypha, aussi agréable qu’il soit, ne me paraît pas faire partie de cette catégorie, même si je le noterais 3/10 sur l’échelle de la révélation divine potentielle, ce qui n’est déjà pas trop mal en fait. Disons que l’album ne brille pas particulièrement, les chansons sont à peu près toutes dans le même registre, elles n’arrivent pas à se démarquer les unes des autres et ne percutent pas spécialement. Andrew Bird conserve son identité et insuffle une âme inimitable dans ses chansons, que ce soit dans sa manière de chanter ou dans les arrangements qu’il concocte (on retrouve son sifflement) mais globalement, les titres manquent d’audace, d’inventivité et ne proposent pas assez de ruptures (seul le chant presque rappé d’Imitosis et le rythme shuffle de Simple X interpellent). Andrew Bird joue son bouzin de manière très pro, mais il se contente de réciter, ce qui confine l’album au rang des trucs super reposants mais pas inoubliables.

Mine de rien ce n’est pas si mal, car c’est tout à fait le genre de disque que j’aime bien et que je suis susceptible de passer n’importe quand, quand je ne sais pas trop quoi écouter et que je n’ai pas envie de me prendre la tête. Je pensais pouvoir sortir une liste longue comme le bras de disques dans le même genre mais il faut avouer que dans ma discographie ils ne sont pas si nombreux même si je pourrais mentionner The Secret Migration de Mercury Rev, le genre de truc un peu passe partout, pas over the top mais agréable, auquel je peux facilement m’attacher, bien que The Secret Migration soit quand même plus ampoulé que la musique d’Andrew Bird. Je peux aussi mentionner Songs From Northern Britain de Teenage Fanclub mais celui-là c’est trop tard, je lui ai déjà trouvé trop de mérites pour le passer sans préméditations. Alors qu’Armchair Apocrypha est le genre d’album que l’on ne sent pas obligé d’aimer, et c’est peut-être là où réside le truc, car cela fait juste un bien fou : pas de révérences, pas de respect particulier, pas de vénération, pas de prétention, juste la musique et la sérénité. Même The Mysterious Production Of Eggs ne peut pas jouer dans la cour d’Armchair Apocrypha. J’imagine que je l’aime bien ce disque, finalement, peut-être plus que je le crois.