#1 Record / Radio City (1978)

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#1 Record
1. Feel
2. The Ballad of El Goodo
3. In the Street
4. Thirteen
5. Don't Lie to Me
6. The India Song
7. When My Baby's Beside Me
8. My Life Is Right
9. Give Me Another Chance
10. Try Again
11. Watch the Sunrise
12. ST 100/6

Radio City
13. O My Soul
14. Life Is White
15. Way Out West
16. What's Going Ahn
17. You Get What You Deserve
18. Mod Lang
19. Back of a Car
20. Daisy Glaze
21. She's a Mover
22. September Gurls
23. Morpha Too
24. I'm in Love With a Girl


Big Star a acquis un statut de groupe culte au fil des ans et le sort a voulu que je découvre cette musique peu avant qu’Alex Chilton, le leader du groupe avec Chris Bell, décède. J’écoutais d’ailleurs cette compilation des deux premiers albums de Big Star dans ma voiture le jour même de la mort d’Alex Chilton, chose que j’apprendrais seulement le lendemain, surpris du décès d’un artiste dont j’avais appris l’existence à peine quelques jours auparavant. En tout cas j’ai été agréablement surpris par la musique de Big Star qui se rapproche de la pop la plus parfaite qui soit, la plus simple et limpide qu’il puisse exister. Les chansons de ce groupe américain sont d’une évidence imparable, les mélodies sont toutes de qualité, avec quelque chose de vaguement glam (dans le genre Slade mais en distingué et plus subtil) dans le son si libéré, si éclatant, dans l’énergie exacerbée qui alterne entre petits tubes électriques finement troussés (Feel, In The Street qui n’est autre que le générique de That’s 70’s Show, Don’t Lie To Me, When My Baby’s Beside Me, You Get What You Deserve, September Gurls) et titres plus doux et mélancoliques où la guitare acoustique a la part belle (The Ballad Of El Goodo, Thirteen, The India Song, Give Me Another Chance, Try Again, I’m In Love With A Girl), le tout emballé en trois minutes et des brouettes. La musique de Big Star a un côté immédiat, efficace, tranchant, qui la rend instantanément attachante. On a affaire à de la pop de grande qualité, cela s’entend dès la première écoute. On pense à un paquet d’autres groupes, à l’image des Beatles, de certains groupes glam donc, voire de Jo Jo Gune (le groupe de Jay Ferguson de Spirit ; même si Jo Jo Gune n’a pas sorti grand-chose de concluant je trouve que son premier album, que j’apprécie bien, se rapproche du style pop électrique du groupe de Chris Belle et Alex Chilton), mais le répertoire de Big Star conserve une personnalité unique en son genre.

En fait les chansons sont tellement parfaites que l’enthousiasme béat de la première écoute, peut laisser la place à un peu de scepticisme et la peur de voir s’effriter tant d’énergie au bout de quelques écoutes ruinant la spontanéité de l’ensemble et révélant le manque de profondeur de la musique. Je ne sais pas si on peut raisonnablement reprocher à Big Star le manque de variété ni le relatif manque de richesse de son répertoire, étant donné que le groupe livre juste ce qu’il peut se faire de mieux en matière de pop fraîche et percutante. L’essence du pseudo problème est résumé dans ces termes, de la pop fraîche et percutante, rien de plus, et c’est déjà beaucoup, car si toutes ces chansons paraissent si évidentes elles n’en cachent pas moins des heures d’écriture et des arrangements soigneusement calculés (les quelques rares solos de guitare ne laissent rien au hasard, le groupe ne fait pas dans la fioriture). Je regrette juste que Big Star semble enchaîner de petites vignettes pop/rock, comme une sorte de succession de tubes, sans véritable lien entre elles. A mon goût il manque un peu d’âme pour souder cette collection de très bonnes chansons, un truc qui me touche et qui aille au-delà du « simple » (car c’est déjà très compliqué) artisanat pop de grand talent. D’un autre côté, le fait que les deux albums se trouvent compilés sur un seul disque n’arrange pas les choses en renforçant l’aspect accumulation de titres qui, malgré leurs qualités, ont du mal à se démarquer les uns des autres. Le niveau me semble tellement homogène sur la totalité des deux albums que j’ai du mal à trouver un temps faible ou un morceau moins bon, mais, dans le même temps, j’ai tout autant de mal à sortir une chanson vraiment au-dessus du lot. Les deux albums paraissent d’ailleurs n’en former qu’un tant les inspirations, le son et l’écriture sont exactement les mêmes. Je pourrais juste m’hasarder à dire que le premier album, #1 Record semble plus frais et spontané tout en guitares électriques et acoustiques, alors que Radio City, le second, apporte quelques discrètes touches pour enrichir la musique (cela est surtout audible sur la chanson d’introduction, O My Soul, qui dure plus de cinq minutes, alors que toutes les autres ne dépassent pas les quatre minutes, ainsi que dans quelques structures légèrement plus complexes). Si je devais choisir, j’aurais peut-être une préférence pour #1 Record mais sans que cela soit significatif. J’imagine que si les deux albums étaient séparés je pourrais profiter davantage des qualités des deux œuvres respectives et apprécier à une plus juste valeur la musique de Big Star, en me concentrant mieux sur les chansons sans avoir à m’étaler sur 24 titres durant plus d’une heure dix. Certes, je pourrais écouter un album à la fois en m’arrêtant ou en démarrant au bon endroit mais ce n’est définitivement pas pareil. Enfin cela n’enlève rien au talent de Big Star mais je conseillerais quand même d’écouter ce groupe avec les vrais albums à part entière.