The Flying Club Cup (2007)



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1. A Call to Arms
2. Nantes
3. A Sunday Smile
4. Guyamas Sonora
5. La Banlieu
6. Cliquot
7. The Penalty
8. Forks and Knives (La Fête)
9. In the Mausoleum
10. Un Dernier Verre (Pour la Route)
11. Cherbourg
12. St. Apollonia
13. The Flying Club Cup


L’univers de Beirut est très particulier, les chansons ont une saveur étrange d’Ancien Empire, de musique d’un autre temps, nostalgiques d’une époque révolue qui subsiste uniquement à travers des cartes postales en noir et blanc, à l’image du package de l’album qui compile des photos qui semblent avoir été prises dans les colonies asiatiques à la fin du 18ème et au début du 19ème siècle. J’ai cru un moment que le groupe (ou plutôt Zach Condon car c’est lui l’instigateur et le leader du projet) était français car l’album contient beaucoup de références à la culture française, que ce soit le titre de certaines chansons (Nantes, La banlieue, Un dernier verre, Cherbourg), un passage extrait d’un film français durant le morceau Nantes, les photos époque empire colonial naturellement et les influences musicales décalées et patinées qui évoquent l’ancienne France avec un paquet d’instruments traditionnels comme de l’accordéon et d’autres trucs qui rappellent l’ambiance de la bande sonore d’Amélie Poulain composée par Yann Tiersen. Mais non, Zach Condon est un artiste américain mais il ne cache pas qu’il s’est inspiré de la France du début du 19ème siècle pour écrire les morceaux de The Flying Club Cup. En tout cas, il a réussi son coup car l’atmosphère de l’album est superbe, et transporte immédiatement dans un autre univers, tout aussi dépassé que mélancolique et touchant. La musique est très expressive, pleine d’emphase, riches d’instruments et de chœurs divers et variés formant une véritable fanfare, et ressuscitant l’esprit d’ancêtres improbables, d’artistes de rue désoeuvrés tombés dans l’oubli.

Cette expressivité exacerbée ne tombe jamais dans le théâtralisme pompier car Zach Condon possède une véritable sensibilité et joue toujours sur la corde sensible en composant des mélodies magnifiques, pleines d’émotions. On pourrait se croire dans un musée, en train de contempler les vestiges d’une époque révolue et poussiéreuse, mais ce n’est pas le cas. Au contraire, la musique de Beirut déborde de vie, de sentiments, certes basés sur la nostalgie, mais pleins de sens et saisissants. Bon, c’est vrai que la colonisation n’est pas forcément l’époque la plus glorieuse de l’histoire française et il est difficile de mater les jolies et joyeuses photos du disque sans penser à l’envers du décor. Mais il n’est pas tant question de cela dans la musique, l’important c’est l’atmosphère qui se dresse et se déploie tel un décor et qui, en fait, trouve écho dans le passé de chacun d’entre nous et ce que cela suppose : les moments révolus, les souvenirs, la nostalgie… Zach Condon manie cette gamme d’émotions à la perfection. Certains morceaux sont vraiment sublimes, à l’image de Nantes qui introduit le disque à merveille avec ses airs chaloupés, de l’élégiaque A Sunday Smile et du final The Flying Club Cup. Le disque est réussi de bout en bout, il possède une ambiance unique et singulière, qui le rend définitivement original, hors du temps, et touchant, tout simplement. Et dire que Zach Condon n’avait que 21 ans quand il a composé toutes ces chansons. Encore un génie précoce…