Triangle (1967)



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1. Are You Happy ?
2. Only Dreaming Now
3. Painter of Women
4. The Keeper of Time
5. It Won't Get Better
6. Nine Pound Hammer
7. Magic Hollow
8. And I've Seen Her
9. Triangle
10. The Wolf of Velvet Fortune
11. Old Kentucky Home




Les Beau Brummels sont un groupe californien mais s’ils sont parfois apparentés au mouvement psychédélique de la côte ouest américaine, ils n’ont en fait pas grand-chose à voir avec des formations comme Jefferson Airplane ou Big Brother & The Holding Company. En fait, on ne dirait pas que les Beau Brummels sont coulés dans le même moule que tous ces groupes psychédéliques, et c’est ce qui est vraiment bien. L’univers du groupe est beaucoup plus posé, et si on peut noter quelques réminiscences psyché sur certains morceaux, ce n’est jamais envahissant et excessif, c’est réfléchi et pondéré comme pouvaient le faire les Beatles de l’autre côté de l’Atlantique. La musique est donc assez élaborée et dispense une étrange saveur, aussi esthétisante et désuette que spontanée et réjouissante. La plupart des morceaux sont courts (de deux à trois minutes) et proposent de bonnes mélodies, avec des arrangements travaillés (on trouve des violons, du violoncelle, du cor, du trombone et même de l’accordéon). Le groupe dégage un charme bien particulier, qui doit beaucoup aux influences country qui parcourent l’album. Mais ce n’est pas de la country à papa, c’est de la country réinventée, reconditionnée dans un format pop entraînant et légèrement décalé qui rend la musique presque amusante, voire parodique, en tout cas attachante car bon enfant. Le groupe est ainsi capable de composer de vraies pièces à l’ambiance fouillée comme le sublime Magic Hollow (un vrai bijou obscur et envoutant), Only Dreaming Now et Painter Of Women, qui n’ont rien à envier aux meilleurs combo de pop classieuse de l’époque, mais, dans le même temps, envoie des morceaux enlevés, funs et efficaces, de la country lumineuse, de la country pop qui émerveille en deux temps trois mouvements, avec rien d’autre qu’une guitare acoustique carillonnante et un chant qui met de bonne humeur.

Triangle est un album léger, qui ne se prend pas vraiment au sérieux, tout en étant très serein, subtil et varié. Il ne dure certes que 28 minutes mais c’est vraiment un bon album, original et très personnel. The Wolf And The Velvet Fortune est la seule petite faute de goût, ce morceau étant trop long (près de cinq minutes) et trop psychédélique pour peu de choses, alors que tous les autres titres sont courts (là aussi on a le sentiment de retrouver le travers des Beatles, et notamment celui de George Harrison, livrant l’habituel morceau orientalisant de circonstance, pour la forme). Mis à part ce détail, rien à redire. On a parfois l’impression d’écouter une pop à l’anglaise interprétée par Lou Reed (la voix du chanteur des Beau Brummels, Sal Valentino, me rappelle par instant celle du leader du Velvet Underground) le tout mâtiné de country, un mélange improbable pour un résultat unique en son genre. La country n’a jamais été aussi chouette et ludique que sur Are You Happy, The Keeper Of Time, It Won’t Get Better, et And I’ve Seen Her. J’adore le recul qu’il y a dans le chant de Sal Valentino et l’énergie de l’interprétation qui dépoussière le genre sans complexe, en s’amusant. A vrai dire je regrette que le chef-d’œuvre du disque soit une reprise, en l’occurrence Nine Pound Hammer de Merle Travis, un guitariste country qui a écrit ce morceau en 1947. Enfin quand on écoute la version originale avec celle des Beau Brummels on se rend définitivement compte de l’approche géniale du groupe californien vis-à-vis du genre, qui arrive à transformer une chanson pépère en un morceau endiablé, tout en restant touchant et sans renier les origines de la musique. Et puis les propres compositions du groupe n’ont, au final, pas grand-chose à envier à cette reprise. Les Beau Brummels, et plus particulièrement Triangle (vu que je ne connais pas le reste du répertoire du grope), constituent donc un véritable vent de fraîcheur dans l’univers psychédélique américain de la fin des années 60, un peu à l’image de Spirit ou de Moby Grape, mais avec une approche bien différente, beaucoup plus proche de la musique des groupes anglais de l’époque.