The Madcap Laughs (1970)



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1. Terrapin
2. No Good Trying
3. Love You
4. No Man's Land
5. Dark Globe
6. Here I Go
7. Octopus
8. Golden Hair
9. Long Gone
10. She Took a Long Cold Look
11. Feel
12. If It's in You
13. Late Night


A l’écoute de ce disque, on se rend compte, plus que jamais, que Syd Barrett était le seul et véritable maître à bord de Pink Floyd, avant d’être éjecté par le groupe. The Madcap Laughs semble être la suite logique de Piper At The Gates Of Dawn. On y retrouve les mêmes inspirations et le même univers sonore, barré et psychédélique. La musique est néanmoins plus portée vers l’acoustique ; les guitares électriques sont bien présentes mais en retrait, et sont surtout utilisées dans des solos déglingués ou pour des accords brouillons (No Good Trying, No Man’s Land et Octopus les titres les plus pinkfloydiens). Je dois avouer que je n’ai jamais été spécialement fan du premier album de Pink Floyd qui est souvent considéré comme un truc culte, étant le seul disque sorti avec Syd Barrett. Certaines personnes vont même jusqu’à renier tous les autres albums de Pink Floyd, soi-disant trop pompeux et bouffés par les ego des membres restants du groupe, Roger Waters et David Gilmour en tête. En général ces personnes considèrent Syd Barrett comme un génie, une sorte de génie maudit et incompris, car tout bon génie qui se respecte se doit d’être marginal et mystérieux, c’est bien connu.

Bon, ce que l’on ne peut enlever à Syd Barrett, c’est son univers décalé, sa musique lorgnant vers le pastiche aux accents psychédéliques, surréalistes et freak (Love You, Here I Go). Mais je reste assez insensible à l’atmosphère qui se dégage de ses chansons, cela reste anodin, on sent le travail d’un artisan underground sans vraiment atteindre l’envergure d’un grand musicien/interprète/compositeur. Il est capable de livrer de bonnes choses, et d’ailleurs le premier album de Pink Floyd même si je ne l’apprécie pas outre mesure, me reste tout à fait sympathique, avec quelques titres funs comme Lucifer Sam. On retrouve le même formule sur The Madcap Laughs, peut-être avec encore plus de simplicité et de dépouillement, ce qui donne un côté un peu plus attachant à la musique car on ne retrouve pas les passages déjà ampoulés de Pink Floyd sur Piper. Ici, les chansons sont réduites en général à leur plus simple expression, sans se départir d’une ambiance mystique et étrange que sait parfaitement cultiver Syd Barrett (Golden Hair, Long Gone). Mais il n’y a, à proprement parler, rien de mémorable, les morceaux sont courts (la moitié dépasse à peine les deux minutes), ils n’ont aucune particularité et, de fait, ont tendance à se ressembler. Les fulgurances sont très rares, bien qu’Octopus relance un peu la dynamique au milieu de l’album avec le titre le plus énergique du disque. Seule une poignée de passages arrivent à sortir du lot, par leur grâce étrange et déglinguée, ce que Syd Barrett sait faire de mieux, à l’image de Long Gone, de la longue chanson (enfin cinq minutes) d’introduction Terrapin ou du final Late Night.

La plupart des morceaux restent anecdotiques, même si le résultat global est loin d’être désagréable. En fait on a surtout l’impression d’écouter une compilation de démo acoustiques réalisées par un gus tout seul dans sa cave (à ce titre on entend Syd causer par instant, comme sur l’intro de If It’s In You qu’il recommence à cause de sa voix qui part en live, par la suite on dirait qu’il bute sur certains mots ; on peut aussi l’entendre lâcher un « ok » au début de Terrapin, comme pour signifier qu’il est bien parti pour dérouler sa chanson). L’intérêt musical me paraît limité, mais finalement c’est sans doute là que réside le mystère Syd Barrett. Ce mec n’a jamais vraiment su écrire une chanson comme il faut, et c’est ce que les fans aiment sans doute chez lui. Quand on l’écoute, sa musique a un côté banal et fait maison, bancal et à côté de la plaque, qui la rend proche, et en réalité la qualité de sa musique n’a pas vraiment d’importance. L’important c’est qu’il la joue, de manière spontanée et sincère, avec à la clé un résultat brinquebalant qui donne presque envie de se mettre soi-même à la musique. Finalement le bonhomme était avant-gardiste dans sa manière de s’exprimer, et puis, par son histoire qui le lie à Pink Floyd, c’est sans doute l’artiste pop underground le plus connu du monde, et ce, même au-delà de sa mort en 2006.