Perfect From Now On (1997)



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1. Randy Described Eternity
2. I Would Hurt a Fly
3. Stop the Show
4. Made Up Dreams
5. Velvet Waltz
6. Out of Site
7. Kicked It in the Sun
8. Untrustable/Part 2 (About Someone Else)







Perfect From Now On est souvent cité comme le disque référence de Built To Spill, et il est indéniable que le groupe franchit un sacré palier avec cet album, en composant une musique ambitieuse, sans doute la plus ambitieuse de leur carrière (en l’état actuel des choses), une sorte de version évoluée, mélangeant la fougue et les structures évolutives de leur premier album avec l’évidence et l’éclat des mélodies de leur second opus. On se retrouve ainsi avec des morceaux radicaux et singuliers qui dépassent quasiment tous les cinq minutes et s’étirent en de longs enchevêtrements de guitares et de progressions incessantes, de ruptures et de breaks pour mieux rebondir et partir sur de nouvelles dynamiques, en perdant l’auditeur dans les méandres de compositions imaginées par un cerveau complètement alliéné et visionnaire, créant d’inconcevables architectures sonores d’une complexité confondante mais d’une évidence absolue. Enfin, non, le disque est loin d’être évident, et le groupe nous perd plus d’une fois dans les tréfonds de ses chansons qui alternent les atmosphères avec un art de la progression enfin maîtrisée, beaucoup plus que sur les titres de leur premier album. Malgré leurs structures foisonnantes, et les premières écoutes peu faciles, les morceaux proposent des évolutions d’une intelligence imparable qui sont la preuve d’un talent hors du commun pour concevoir et imaginer la musique rock et créer son propre univers en réinventant l’utilisation de la guitare électrique. Perfect From Now On fait ainsi partie des disques qui ne marquent pas forcément pour un morceau en particulier mais pour des instants, pour des passages qui restrent gravés dans la mémoire et qui ressurgissent dans notre esprit, comme un leitmotiv entêtant sans que l’on puisse les rattacher à la chanson à laquelle ils appartiennent.

La force du disque naît ainsi du magma sonore qu’il crée et sur lequel il vit et évolue au fil des minutes, avec une puissance qui ne nie à aucun moment la subtilité et l’émotion mélodique que le groupe a toujours cherché à cultiver. Le disque est donc rempli de moment marquants, de l’introduction de I Would Hurt A Fly au break fracassant qui fracture Stop The Show en deux, des envolées lyriques sur le mirifique Made Up Dreams au tourbillon électrique crescendo de Velvet Waltz, des ruptures du chant de Out Of Site aux guitares qui pulsent sur la fin de Kicked In The Sun. Les chansons prennent le temps de se développer, à l’image de la longue introduction atmosphérique de Stop The Show, ou de l’utilisation qui est faite des solos croisés de guitares qui virent à la tornade bouillonnante, procédé chéri par le groupe mais qui sert désormais les chansons (Velvet Waltz est le mètre étalon en la matière), tout cela pour mieux nous achever sur des ruptures de ton. De ce tumulte, de cette expression enfiévrée naît un véritable sentiment de vitalité, d’intensité, et de sincérité ou comme s’exprimer de manière viscérale en tutoyant les étoiles. Cela étant dit je ne sais pas si Perfect From Now On est le véritable chef-d’œuvre du groupe. Les morceaux du disque sont originaux, ce sont formellement les plus originaux que le groupe a composé, ils font définitivement de Built To Spill un groupe unique en son genre, et une référence indispensable, mais il manque un petit quelque chose, à mon sens : une petite flamme, une vraie lueur d’émerveillement. Cela vient peut-être de la production qui manque légèrement d’ampleur et qui ne confère pas suffisamment de souffle épique à des chansons qui ne demandent que cela. Le disque reste en quelque sorte trop terre à terre et trop roots, trop crade (beaucoup moins que les deux premiers albums, cela dit), pour décoller complètement et rendre les mélodies euphorisantes ou les guitares totalement foudroyantes.

A vrai dire, j’ai découvert Perfect From Now On après Keep It Like A Secret et j’ai été un peu déçu car je m’attendais à quelque chose d’aussi énorme, si ce n’est plus, en terme de son, alors que je n’ai pas retrouvé le souffle qui balaye les chansons de ce dernier. Le groupe s’inscrit encore dans le son âpre de l’indie rock des années 90, même si les aspirations mélodiques des chansons et l’inventivité des guitares les élèvent au dessus des références du genre. Je ne comprends pas trop les comparaisons que l’on fait avec Pavement, car Built To Spill est un groupe infiniment plus inspiré et mélodique que Pavement, l’approche de ces deux groupes n’a pas grand-chose à voir, l’écriture (et le chant) de Doug Martsch me touchent davantage. On érige souvent Pavement en figure tutélaire de l’indie rock, donnant de Built To Spill l’image d’un humble disciple tentant d’égaler le maître, ce qui rabaisse vraiment le mérite de BTS et ne rend pas compte de l’originalité de ce groupe. Mais c’est vrai que les deux groupes partagent le même genre de son, ce qui peut vite conduire à des raccourcis. Outre le manque de profondeur de la production, les morceaux de Perfect From Now On sont parfois trop complexes pour être juste enjoyables, et comme je l’ai dit plus haut, si j’apprécie certains titres c’est parce que je sais que ce moment précis va surgir et va me faire dire « ouais, c’est génial », alors que la musique manque sans doute un peu d’évidence et d’efficacité imparable que le groupe va avoir sur le disque suivant.