Greetings From L.A. (1972)



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1. Move With Me
2. Get on Top
3. Sweet Surrender
4. Nighthawkin'
5. Devil Eyes
6. Hong Kong Bar
7. Make It Right








Avec Greetings From L.A., Tim Buckley se tourne vers une musique plus conventionnelle qui n’a plus grand-chose à voir avec ses expérimentations formelles des précédents disques, ne serait-ce qu’avec celles que l’on peut croiser sur Happy Sad (et qui sont encore plus poussées à ce qu’il paraît sur les disques suivants que je n’ai pas eu l’occasion d’écouter pour le moment). Les inspirations ne sont plus à chercher du côté du jazz et de la musique free mais plutôt du rhythm and blues et de la soul, avec des morceaux enfiévrés, swingants, habités par des chœurs et des rythmiques funky. Le classicisme de la chose, comme un retour aux sources, saute tout de suite aux oreilles, surtout après avoir entendu des morceaux libres comme Strange Feelin’ et Love From Room 109th. Sur Greetings From L.A., tout est plus direct mais également moins subtil et surprenant. On n’a pas l’impression de retrouver la profondeur de l’univers du chanteur ni sa vision novatrice et aventureuse. Enfin, Tim Buckley reste Tim Buckley et il ne peut se frotter à un genre sans y apporter sa touche personnelle, il profite donc de l’occasion pour revisiter la soul à sa manière, ce qui se traduit par des chansons étirées qui cherchent encore le décalage vis-à-vis du genre, en évitant de s’enfermer dans un carcan. Le chanteur n’a donc pas perdu sa soif de liberté, et interprète la soul à sa manière, c'est-à-dire comme personne, ce qui suffit à faire de Greetings From L.A. un bon et sympathique album.

Le souci, au fond, c’est que le format et le genre de musique ne permettent pas vraiment à Tim Buckley d’exprimer tout son potentiel, on sent que le chanteur a du mal à être créatif et les chansons manquent de nuances, aucune ne crée de cassure ni ne possède de moments d’émotion à fleur de peau ou d’envolées lyriques, bref des instants de folie, originaux, aventureux qui font aussi le charme et la singularité de Tim Buckley. De ce fait le disque tourne un peu en rond et s’essoufle assez vite. En fait, je retiendrais avant tout trois titres : Move With Me, Sweet Surrender et Make It Right. En introduction, Move With Me est un morceau classique dans sa structure mais efficace, un vrai moment de soul emballante et entraînante, avec basse groovante, saxophone et choristes. Make It Right lui répond en quelque sorte en conclusion avec les mêmes qualités tirées de son classicisme soul mais prenant de l’ampleur sur les refrains. Sweet Surrender s’inscrit, quant à lui, davantage dans les morceaux made in Buckley, avec une durée de plus de six minutes, des structures mouvantes qui se renouvellent sans cesse et quelques fulgurances au chant bien senties. Cette chanson est celle qui témoigne le plus de l’approche de Tim Buckley par rapport à la soul, et ce que son talent de composition apporte au genre : davantage, si c’est possible, de viscéralité grâce à la liberté échevelée que l’artiste essaie d’insuffler dans ses morceaux. Les autres morceaux me semble moins intéressants : Nighthawkin’ est un morceau de soul tout venant, Get On Top et Devil Eyes sont un peu répétitifs, tout comme Hong Kong Bar qui est la seule tentative un peu plus expérimentale du disque mais demeure plate et trop minimaliste pour être convaincante. Au final, Greetings From L.A. reste malgré tout un bon album mais il est moins inspiré que peuvent l’être Goodbye & Hello et Happy Sad (sans parler des autres disques de Buckley). Le chanteur a su s’approprier la soul et le rhythm and blues pour les façonner à sa manière et en livrer sa propre version, mais on sent qu’il est moins original et passionnant dans ce registre. La musique est sincère, le cœur y est, mais le feu sacré n’est pas toujours présent.