If You're Feeling Sinister (1996)



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1. The Stars of Track and Field
2. Seeing Other People
3. Me and the Major
4. Like Dylan in the Movies
5. The Fox in the Snow
6. Get Me Away From Here, I'm Dying
7. If You're Feeling Sinister
8. Mayfly
9. The Boy Done Wrong Again
10. Judy and the Dream of Horses





Ce disque est souvent considéré comme le chef-d’œuvre de Belle & Sebastian mais franchement j’ai du mal à en saisir la raison. Mon problème est peut-être d’avoir découvert le groupe à l’envers, en commençant par The Life Pursuit puis en enchaînant avec Dear Catastrophe Waitress, ce qui fait que je n’ai pas du tout été surpris par la musique de If You’re Feeling Sinister car elle est identique d’un album à l’autre, à peu de choses près. La seule véritable différence se situe au niveau de la fraîcheur dégagée par les chansons. Les morceaux de If You’re Feeling Sinister possèdent une sorte de délicatesse qui semble découler de la jeunesse du groupe, comme si celui-ci découvrait le monde avec des yeux tout neufs, remplis d’enthousiasme naïf et par extension, émouvant. Le groupe possède l’art de composer des petites mélodies précieuses et feutrées, posées dans un écrin d’une finesse qui confine à la monomanie et au souci du moindre détail, à tel point que l’on a parfois le sentiment que la musique est trop contrôlée et trop lisse pour marquer son empreinte. Et, il y a en effet un peu de cela : Belle & Sebastian est un groupe avec des penchants un peu précieux, doté d’une sensibilité, d’une douceur maniérée, qui peuvent laisser indifférent. En fait, parmi les trois albums du groupe que j’ai écoutés, If You’re Feeling Sinister est celui qui se rapproche le plus de cette atmosphère sophistiquée et affectée. On sent par la suite que le groupe évolue vers une musique plus pop et entraînante, sans pour autant abandonner ses aspirations et sa sensibilité à fleur de peau.

En comparaison, If You’re Feeling Sinister me paraît moins varié et moins enlevé mais je comprends parfaitement que c’est justement cette délicatesse quasi constante, et l’homogénéité qui en découle, même si cela doit rendre la musique étonnamment anodine pour sa réputation, qui peut plaire et ce qui vaut autant de louanges au disque. D’ailleurs, le seul moment où cette harmonie de volupté se trouve brisée, sur Me And The Major, se ressent comme un coup de poignard auditif atrocement braillard (notamment le solo final d’harmonica). Encore une fois le plus grand mérite du groupe reste de ne jamais sombrer dans la guimauve malgré les mélodies sucrées sussurrées d’une voix timide par Stuart Murdoch. Et la relative indifférence devant tant de retenue laisse la place, au bout de quelques écoutes, à un délice captivant, quand on est saisi par les nuances et les subtilités de certains morceaux comme le magnifique Like Dylan In The Movie (ce final !), l’incroyablement délicat Fox In The Snow (ce titre restant le meilleur exemple de ce qu’est capable de produire la finesse d’écriture de Belle & Sebastian) ou bien encore The Boy Done Wrong Again. Au final, il se dégage de l’album un parfum singulier, une sorte de grâce banale et anodine, que le groupe, il faut l’avouer, perdra quelque peu par la suite (en tout cas sur Dear Catastrophe Waitress et The Life Pursuit), mais If You’re Feeling Sinister n’en est pas pour autant un disque si bouleversant. A mon sens, il est trop discret et trop parfait pour cela.