Odessa (1969)



...

1. Odessa (City on the Black Sea)
2. You'll Never See My Face Again
3. Black Diamond
4. Marley Purt Drive
5. Edison
6. Melody Fair
7. Suddenly
8. Whisper Whisper
9. Lamplight
10. Sound of Love
11. Give Your Best
12. Seven Seas Symphony
13. I Laugh in Your Face
14. Never Say Never Again
15. First of May
16. The British Opera


Avant de devenir le plus célèbre groupe disco de la planète les Bee Gees faisaient dans la pop la plus pure, inspirée des Beatles, avec quelques ambitions progressives à l’image du premier titre d’Odessa qui est une longue mélopée baroque aux élans épiques durant plus de sept minutes. Ce morceau, comme l’ensemble du disque, est joué à la guitare acoustique de manière classique, la richesse se trouvant plutôt dans la structure échevelée, dans les arrangements classieux avec chiée de cordes et d’harmonies vocales qui font bababa et dans la production très propre. Sous ses airs aventureux la musique est en fait très contrôlée et très (trop) maîtrisée. La suite de l’album est plus simple par rapport à l’opulence du titre d’ouverture, avec toujours la guitare acoustique comme principal instrument, mais l’impression d’écouter une musique sans surprise et trop balisée est constante. En fait le groupe semble trop appliqué, il compose des chansons respectant le cahier des charges de la pop classieuse à la perfection, mais de ce fait ne laisse jamais s’exprimer sa spontanéité, c’est du travail bien fait mais sans véritabe passion. Les élans symphoniques ambitieux qui parcourent certaines chansons (Black Diamond, Lamplight) à coup de chœurs stratosphériques sonnent de manière bien trop convenue, ce n’est pas le résultat d’une quelconque folie ou d’un génie transcendant comme on peut le ressentir à l’écoute de groupes tels les Zombies ou les Beach Boys. La différence fondamentale c’est que les Bee Gees sont restés bloqués au stade de la théorie pendant que les groupes suscités ont déjà compris comment passer à la pratique. Les Bee Gees donnent ainsi l’impression de réciter une formule sans arriver à dépasser ce cadre purement formel qui les retient dans un registre standardisé.

Les chansons ne sont pas mauvaises du tout et Odessa est un album agréable à écouter mais la personnalité du groupe a du mal à émerger. Ce n’est pas trop mal composé, c’est bien fichu, bien exécuté mais trop propre et sans aspérité. Odessa est la copie rendue par un élève studieux qui a bien appris sa leçon mais qui se contente de la recrâcher sans forcément avoir assimilé ce qui, au fond, sous tend tout le cours, la compréhension ultime de la chose qui lui aurait permis de voir au-delà lui ayant totalement échappé. Evidemment, la copie finale est bonne, mais sans sublimation. En fait s’il fallait vraiment trouver un défaut à l’album ce serait sa durée, beaucoup trop longue (plus d’une heure) pour une musique qui a du mal à se renouveler, du coup les morceaux tendent à se fondre dans une masse uniforme plutôt que d’exprimer leurs particularités malgré quelques légers éclairs (Marley Purt Drive, ainsi que You’ll Never See My Face Again, Sound Of Love, Suddenly et I Laugh In Your Face à un degré moindre, tout cela restant assez codifié). Le disque a néanmoins le mérite de conserver une relative fraîcheur et de ne pas tomber dans le pompeux malgré les ambitions affichées et l’atmosphère grandiloquente de certains morceaux. L’emphase est toujours contenue par la simplicité apparente de l’instrumentation et c’est un vrai petit miracle. Le disque propose notamment deux instrumentaux lyriques, Seven Seas Symphony et The British Opera (on se croirait dans un Disney sur ce titre), qui pourraient être très casse gueule mais qui se révèlent touchants et ne dépareillent pas dans le contexte du disque. Au final, Odessa reste quand même un bon album qui montre une facette souvent méconnue des Bee Gees même si le groupe ne fait pas vraiment preuve de génie particulier dans le domaine de la pop.