Surf's Up (1971)



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1. Don't Go Near the Water
2. Long Promised Road
3. Take a Load off Your Feet
4. Disney Girls
5. Student Demonstration Time
6. Feel Flows
7. Lookin' at Tomorrow (A Welfare Song)
8. A Day in the Life of a Tree
9. 'Til I Die
10. Surf's Up





Les Beach Boys ont eu une vie avant Pet Sounds et une vie après Pet Sounds. Surf’s Up est sorti en 1971, soit une éternité après le chef-d’œuvre du groupe, mais il se révèle très intéressant à plus d’un titre. La musique des Beach Boys a changé, c’est indéniable, elle semble avoir perdu un peu de la mélancolique évanescente qui faisait sa particularité. Au premier abord on peut même dire que les morceaux sont étranges avec des sonorités inhabituelles pour le groupe, un peu décalées et dépassées (produites par des claviers j’imagine, et ce dès l’introduction du premier titre Don’t Go Near The Water). Il faut dire qu’en 1971, les Beach Boys sont passés de mode depuis un moment, éclipsés par l’invasion des groupes de hard rock et de progressif. A côté, les Beach Boys ont une image de gentils has been. Pourtant c’est aussi ce qui fait le charme d’un album comme Surf’s Up, un disque discret, humble, juste soucieux de proposer de la bonne musique sans chercher la gloire à tout prix. J’avoue que je suis particulièrement sensible à ce genre de disque. Evidemment, il faut que la musique soit de qualité, sinon cela n’a aucun intérêt. Surf’s Up s’en tire plus que bien sur ce point. Passées les premières écoutes et l’impression que font les sonorités étranges qui semblent à côté de leurs pompes, les morceaux finissent par se révéler et certains sont juste excellents.

En fait, les sons désuets participent à l’ambiance gentiment décalée du disque et au côté ludique, voire enfantin, des chansons. Le groupe n’a pas perdu cette âme d’enfant attachante qui le caractérise et elle est même, sans doute, plus concrète sur Surf’s Up que sur Pet Sounds dont l’ambiance diaphane demeure presque insaisissable. Surf’s Up contient plus de morceaux accrocheurs et immédiats que Pet Sounds. On peut retenir, en premier lieu, Take A Load Off Your Feet qui illustre bien la bizarrerie intrigante du disque avec la voix nasillarde du chanteur (Al Jardine apparemment) et la mélodie amusante, faite de bric et de broc. Les deux autres chansons marquantes, et sans nul doute les chefs-d’œuvre de l’album, sont A Day In The Life Of A Tree et ‘Till I Die. La première est une sorte de comptine funèbre poignante qui débute doucement, dans une atmosphère de conte de fées, avant de s’envoler vers des hauteurs stratosphériques grâce aux chœurs de fins. A noter que c’est Jack Rieley, le manager du groupe, qui chante sur ce morceau, et il chante plutôt bien, sa voix d’ours débonnaire participant à légèreté naïve et touchante de la chanson. ‘Till I Die, quant à elle, brille surtout avec son final magique où les vocalises sont sublimes, à tel point qu’elles font partie des meilleures écrites et interprétées par le groupe.

Il n’existe cependant aucun morceau faible dans le disque. On ne retrouve pas la finesse de Pet Sounds, comme le prouve Student Demonstration Time qui pique un riff de blues recyclé par une chiée de groupe avant les Beach Boys, mais même sur ce morceau le groupe reste étonnamment accrocheur, avec une spontanéité et une énergie qui font plaisir à entendre. Et la subtilité, si elle est moins singulière et moins homogène et harmonieuse que sur le chef-d’œuvre du groupe, n’en est pas pour autant absente de Surf’s Up. Certaines chansons conservent une ambiance mélancolique, teintée de mélodies magnifiques et désenchantées, à l’image de Long Promised Road qui sait alterner entre accalmies et accélérations bien senties, mais aussi et surtout de Disney Girls (je crois que les Beach Boys sont un des seuls groupes capables de jouer de la guimauve émouvante) et de Feel Flows aux accents psychédéliques avec une cascade de guitares et de flûte, sans oublier le court mais intense Looking At Tomorrow. Et puis il y a le final éponyme, Surf’s Up, composé à l’origine pour l’album Smile, après la sortie de Pet Sounds, mais ce dernier ayant été avorté, la chanson s’est retrouvée sur ce disque ci en lui donnant son nom, au passage. Surf’s Up est une véritable mini symphonie pleine de délicatesse qui prend toute son ampleur lors de sa dernière minute, bouquet final idéal pour l’ensemble de l’album. Je serais presque tenté de dire que Surf’s Up est un meilleur album que Pet Sounds. L’écriture des morceaux est en tout cas beaucoup plus efficace et précise, on retrouve une sorte d’humilité grandiose, de mélancolie, de nostalgie enfantine, le tout avec un vrai sens de la mélodie et de la pop que n’a pas toujours Pet Sounds, à mon goût. Ce dernier conserve malgré tout son ambiance inimitable qui se base justement en partie sur cette absence de concession, et si Surf’s Up n’atteint pas la même portée dans la dimension rêverie insondable ce disque est d’une qualité comparable à son illustre aîné, clairement.