L'Horizon (2006)



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1. L’Horizon
2. Rouvrir
3. Dans Un Camion
4. Antaimoro
5. La Relève
6. Retour Au Quartier Lointain
7. Music Hall
8. Par L’Ouest
9. La Pleureuse
10. Rue Des Marais
11. Adieu, Alma




Je ne suis pas un grand adepte de chanson française même si les a priori que je peux avoir vis-à-vis de ce genre de musique sont, comme dans la plupart des cas, sans véritables fondements. En fait c’est plus fort que moi mais j’ai toujours le sentiment que ce qui se fait en France, en terme de pop/rock, est systématiquement du sous-produit anglophone mis à la sauce française et demeure sclérosé dans une attitude arty gainsbourienne terriblement pesante. Si l’influence de Gainsbourg est indéniable sur certaines chansons il faut néanmoins avouer que cet album de Dominique A. arrive à trouver un terrain d’expression très intéressant. C’est le premier disque de cet artiste que j’écoute donc je ne sais pas vraiment ce que vaut le début de sa carrière, mais L’Horizon me donne envie d’en découvrir davantage, ce qui n’est pas rien. Ce que j’aime bien dans ce disque c’est le souffle tantôt épique, tantôt onirique et mélancolique, qui s’en dégage. Les chansons possèdent une force, une sorte d’énergie viscérale, alors qu’elle sont finalement assez dépouillés et produites de manière très simple, très vraie. Dominique A. compose de superbes morceaux, et sait alterner entre titres enlevés (L’horizon, Dans un camion, Retour au quartier lointain, La pleureuse) et titres plus calmes et introspectifs (Rouvrir, Antaimoro, Music-hall, Par l’ouest, Rue des marais) avec une maîtrise totale de l’ambiance et une efficacité proverbiale. L’horizon ouvre le disque de la meilleure manière possible avec ses longues cavalcades de guitares acoustiques, son chant évocateur, et ses chœurs grégoriens épiques. On a l’impression d’être transporté dans une sorte de conte celtique onirique sur le déracinement des marins perdus en mer. En fait c’est la totalité de l’album qui fait cet effet. Si les chansons ne parlent pas toutes de la même chose, l’atmosphère évolue dans un périmètre similaire et évoque la magie d’un temps disparu, d’un âge d’or révolu, du voyage, du déracinement, des années qui passent. Dominique A. possède une véritable vision artistique qui lui permet de taper juste et d’écrire un ensemble de chansons réussies, cohérentes et touchantes tout simplement.

Le disque ne possède ainsi aucun temps faible et les morceaux s’enchaînent à merveille avec une ambiance envoûtante, à la limite de l’abstraction et de la nostalgie. J’ai décidément un faible pour L’horizon qui est un sublime morceau au souffle inégalable et pour l’innocent et très enjoué Dans un camion (même si le refrain est plombé par des paroles un peu trop terre à terre : « dans un camion » ça fait pas spécialement rêver, quoi). C’est le genre de chansons qui (me) prouvent que les artistes français peuvent être aussi bons et transcendants que leurs homologues anglo-saxons dans le domaine de la pop intelligente, avec notamment une science des arrangements transportant la mélodie dans une autre dimension. Je suis néanmoins tout aussi sensible aux titres davantage ancrés dans la tradition françaises, très calmes, presque parlés et nonchalants. Dominique A. fait partie des nombreux artistes ayant été traumatisés par la diction de Gainsbourg, ce qui est particulièrement audible sur La relève (qui ressemble vaguement à Valse de Melody sur son refrain), Music-hall et Rue des marais. Mais il n’en reste pas moins que ces chansons sont très réussies et ne tombent jamais dans la pale copie, car les mélodies demeurent magnifiques, et se démarquent, à nouveau, par des arrangements très touchants, tout en nuance, dépouillés et discrets mais pouvant s’emballer à tout moment et toucher à l’épique. A ce petit jeu, les deux chansons les plus sublimes sont Music-hall et Rue des marais, des titres très forts et émouvants. La musique de Dominique A. accomplit le miracle d’être toujours sur le fil, d’être dans le vrai et l’émotion intense sans jamais tomber dans le pathos ou l’excès, ce qui confère un puissant pouvoir évocateur aux chansons, qu’elles soient énergiques ou plus introspectives. L’horizon est un album étonnamment ambitieux, aventureux, qui semble vouloir atteindre la transcendance à chaque seconde, comme s’il voulait percer la vérité à nue ou du moins capturer l’essence de la vie par la force de la musique. Et ce qui est encore plus étonnant c’est que Dominique A. y arrive en délivrant des chansons qui tapent dans l’humilité grandiose, tout aussi évocatrices les unes que les autres, avec une alchimie aussi parfaite qu’insaisissable et hors du temps.