Keep It Hid (2009)



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1. Trouble Weighs a Ton
2. I Want Some More
3. Heartbroken, In Disrepair
4. Because I Should
5. Whispered Words (Pretty Lies)
6. Real Desire
7. When the Night Comes
8. Mean Monsoon
9. The Prowl
10. Keep It Hid
11. My Last Mistake
12. When I Left the Room
13. Street Walkin'
14. Goin' Home


Quand on connaît un peu les Black Keys, on peut difficilement être surpris par la musique de Dan Auerbach qui poursuit dans une veine blues roots très classique. On peut justement se demander l’intérêt de produire éternellement la même musique et surtout de le faire en solo quand on le fait déjà en duo. On peut néanmoins constater de légères différences entre Keep It Hid et les albums des Black Keys : le répertoire est plus porté vers l’aspect roots du blues, et les passages hard sont aux abonnés absents ce qui confère au disque une touche plus homogène et cohérente, pour ne pas dire authentique. Enfin, je ne m’attendais pas à une révélation en écoutant cet album, je savais plus ou moins à quoi m’attendre, je m’étais donc préparé à apprécier les chansons mais sans crier au génie, en retrouvant ainsi la formule des Black Keys : une bonne musique à laquelle il manque un soupçon de truc indéfinissable pour lui faire franchir un cap dans mon estime personnelle. C’est le chemin que prenait Keep It Hid après la première écoute, et c’est sans doute tout à fait vérifiable dans l’ensemble de l’album, mais il s’avère que ce disque possède ce petit truc qui fait défaut dans les œuvres des Black Keys et qui tient finalement à pas grand-chose : la chanson qui tue, à savoir Wishpered Words (Pretty Lies).

Il suffit souvent de s’accrocher à une chanson pour être amené à découvrir le reste de l’album sous un nouveau jour, et c’est exactement le cas de Keep It Hid, car un disque qui comporte Wishpered Words ne peut être que bourré de mérites, c’est évident. Wishpered Words c’est donc une chanson sublime, dotée d’une émotion à fleur de peau presque tétanisante que l’on ne retrouve pas chez les Black Keys. C’est à travers ce titre que l’on ressent l’implication de Dan Auerbach dans son projet qui rejaillit alors sur tous les autres morceaux et permet de mesurer à quel point Keep It Hid n’est pas qu’un simple album « pour se faire plaisir » mais est le résultat d’un véritable désir et d’une véritable démarche artistique. En fait, au-delà de Wishpered Words, c’est toute la première partie du disque qui est excellente, avec le superbe blues rock Heartbroken, In Disrepair et son utilisation géniale de la saturation, et le tout aussi bon Real Desire, dans un registre soul qui va à merveille à Dan Auerbach. En comparaison la seconde partie du disque est moins marquante mais reste constante dans la qualité et demeure intéressante. Elle opère surtout dans un blues vraiment roots où les morceaux rupestres, tendus et quand même bien puissants ont la part belle (Mean Monsoon, The Prowl, Keep It Hid, le très blues When I Left The Room et Street Walkin’ dont le riff rappelle celui de Chariot Choogle de T.Rex). Le sens de la rupture, avec des morceaux plus calmes et touchants, est moins présent qu’au début du disque, même si on peut noter l’enjoué My Last Mistake avec sa dynamique pop et le dernier morceau acoustique, le délicat Goin’ Home qui a le don de laisser l’auditeur avec un petit goût de nostalgie dans les oreilles, recette imparable pour donner envie de se repasser le disque ou, à défaut, de ne pas vouloir que la musique s’arrête.

Finalement Keep It Hid m’a plus accroché que ce à quoi je m’attendais, ce disque est touchant par son atmosphère, l’homogénéité et la force de ses morceaux, interprétés avec une conviction sans faille. Tout compte fait le résultat est aussi proche que différent des Black Keys. Le fait que seul Dan Auerbach soit à la barre permet au disque d’être plus cohérent et homogène et, à mon sens, plus convaincant dans ce qu’il cherche à transmettre. Et malgré ses 50 minutes, l’ensemble ne donne jamais l’impression de tourner en rond et tient parfaitement la distance, ce qui est significatif étant donné le registre de base qui, il faut l’avouer, n’est pas non plus d’une originalité sans nom. Mais ça aussi, on le savait. Le truc c’est que les chansons sont juste très bonnes, et ce que fait Dan Auerbach, il le fait très bien, et avec sincérité. Keep It Hid est donc un album très réussi, beaucoup plus réussi que ce à quoi je pouvais m’attendre venant de la part d’un membre des Black Keys. Attention, j’aime bien les Black Keys, leur musique est la musique type qui peut s’apprécier à n’importe quel moment, tant elle est simple et réjouissante, mais je pense pouvoir dire que j’aime encore plus Keep It Hid. Dan Auerbach a réalisé un joli tour avec ce disque.