Songs From The Year Of Our Demise (2006)



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1. Six Feet Under
2. Bottom of the Bottle
3. The Likes of You
4. Four Letter Word
5. Angelita
6. You Used to Drive Me Around
7. Song Noir
8. Daytime Lullaby
9. Josephine
10. Cemetary Song
11. My Sweet Unknown
12. Adios
13. Sundown
14. Wicked World
15. The Year of Our Demise


Jon Auer a fait partie de Big Star durant les années 1990/2000, mais on ne peut pas dire que ce soit la période la plus faste et connue d’un groupe dont on retient, en général, ses trois premiers albums sortis durant les années 70. Il est donc difficile de dire que Jon Auer est une entité incontournable de Big Star, au point de s’attendre à retrouver l’identité, voire l’âme, du groupe dans son premier album solo sorti en 2006 : Songs From The Year Of Our Demise. Il faudrait que j’écoute les disques de Big Star parus durant les années 90 pour me faire une véritable idée sur la qualité de la musique du groupe à cette période et l’apport de Jon Auer au mythe Big Star, surtout incarné par Alex Chilton, puis Chris Bell (celui-ci ayant quitté le groupe après le second album en 1974). Enfin, quelle que soit la valeur de la musique de Big Star durant les années 90, le style de Jon Auer s’inspire indéniablement du Big Star grande période. On retrouve ainsi une collection de chansons pop finement composées, limpides, évidentes, percutantes, le tout peaufiné dans le moindre détail. Le disque compte quinze chansons (plus trois bonus selon l'édition), sans aucun déchet.

La musique de Jon Auer se rapproche nettement de l’image que l’on peut avoir de la pop parfaite, impossible à prendre à défaut. Les morceaux sont rythmés, les mélodies sont emballées avec un métier imparable, et sans en faire trop, quelques gimmicks tranchent pour apporter un soupçon d’efficacité bienvenu à l’ensemble. La formule Big Star dans toute sa splendeur, clairement. Le seul petit problème c’est que, tout comme Big Star, les chansons de Jon Auer apparaissent tellement parfaites qu’elles ont côté lisse et passe partout agréable au demeurant mais qui manque un peu de punch, pour ne pas dire de personnalité. D’ailleurs, si on pense évidemment à Big Star en écoutant l’album, une autre référence semble s’imposer de manière presque plus évidente : Teenage Fanclub. La musique de Jon Auer possède pas mal de points communs avec celle du groupe écossais, notamment sur Songs From Northern Britain : des chansons pop aux relents légèrement folk, un sens de la mélodie qui semble inné, une émotion simple distillée avec retenue, que l’on aimerait mémorable, mais qui se contente d’être attachante. Et puis, ce n’est sans doute qu’une coïncidence mais on peut aussi y voir un signe, on a d’un côté Songs From Northern Britain et de l’autre Songs From The Year Of Our Demise, deux titres étonnement ressemblants (bon, certes, ce n’est que le Songs From mais ce sont les deux seuls disques que je connais qui comportent ces termes, ce qui n’est pas rien) pour deux albums qui partagent une même approche et une atmosphère très proche.

Je dois avouer, d’ailleurs, que c’est en écoutant Songs From The Year Of Our Demise que j’ai remarqué à quel point Teenage Fanclub a été influencé par Big Star. C’est paradoxal mais je n’avais jamais fait gaffe avant à la parenté de Teenage Fanclub avec Big Star, qui me paraît désormais évidente. Il a donc fallu que je trouve que Jon Auer, lui-même directement influencé par Big Star (naturellement étant donné qu’il en a fait partie), soit influencé par Teenage Fanclub, pour que je me rende compte de l’influence évidente de Big Star sur le groupe écossais. La boucle est bouclée. En tout cas je suis vraiment sensible au genre de musique développé par ces groupes mais il subsiste toujours une pointe de frustration car, comme je l’ai déjà dit, il me manque souvent l’étincelle de génie qui transporterait cette délicate pop artisanale dans une autre dimension, celle de la musique transcendante, vitale, magique. J’ai sans doute trop d’attente, j’en aimerais beaucoup plus car je sais que c’est le genre de musique que j’aime, que j’apprécie facilement. Oui j’aime cette pop si évidente, mais j’aimerais surtout pouvoir l’adorer, lui trouver des mérites insurpassables que son humilité et sa réserve l’empêchent d’avoir. Songs From Northern Britain est néanmoins un album que j’estime énormément et qui a su trouver une vraie place dans mon cœur de popeux, malgré une première approche peu évidente, pour ne pas dire aseptisée et trop lisse. Ce n’est peut-être pas un total chef-d’œuvre mais c’est un disque très attachant, un disque mineur majeur en somme (et puis bon c’est quand même le meilleur album de Teenage Fanclub). Le charme simple des chansons a fini par me toucher, elles vont bien en plus avec l’imaginaire des paysages nord britanniques présents dans le livret du disque.

Mais Songs From Northern Britain a l’immense avantage par rapport à Songs From The Year Of Our Demise d’être plus court, car le disque de Jon Auer est tellement long que les chansons, à la base assez similaires au niveau de leur structure et de leur atmosphère délicate, ont du mal à vivre et à s’épanouir. L’album ne fait jamais qu’un peu plus d’une heure (sans les bonus on passe en dessous de l’heure mais pas de beaucoup) mais je trouve que c’est déjà trop pour ce genre de musique, car la lassitude finit par s’installer, et des chansons toutes chouettes qui auraient pu briller dans un autre contexte, en étant mieux mises en valeur, sont standardisées par la masse. Pour peu on dirait que Jon Auer serait capable de continuer sur sa lancée et débiter des chansons pareilles ad vitam æternam, sans sourciller. Le disque semble ainsi baisser en intensité durant sa seconde partie, plus par l’effet de la répétition que par la réelle qualité des chansons qui ne tombe jamais en dessous du bon. Les chansons les plus marquantes sont concentrées dans la première partie, avec l’excellent Six Feet Under, tellement bon et efficace qu’il semble destiné à un foutu générique de série (c’est peut-être juste le titre qui me donne cette impression, mais si ça se trouve la série Six Feet Under s’en est déjà servi) ; Bottom Of The Bottle qui a des airs de Suzanne Vega (surtout de Luka en fait) couplé avec des guitares électriques qui semblent piquées à Teenage Fanclub ; et l’incisif Four Letter Word. Le meilleur morceau de l’album est sans doute Angelita, un véritable petit bijou qui représente à merveille tout ce que la pop est capable de livrer. L’ambiance est aussi limpide que sur les autres titres, mais elle est plus tendue et tranche de suite avec le reste, grâce à sa mélodie syncopée, et son rythme entêtant bien amené par une basse hypnotique qui assure un final génial. Après Angelita, le disque me paraît moins marquant, et trop pépère (l’enchaînement de titres uniquement acoustiques comme Song Noir, Daytime Lullabuy, Cemetery Song manque un peu de pêche), même si on peut trouver de bonnes choses comme le final sombre The Year Of Our Demise. Au bout du compte ce disque de Jon Auer est très appréciable, c’est un bon choix pour les amoureux de pop ciselée. Je regrette juste le fait qu’il y ait trop de morceaux et surtout qu’il n’y ait pas plus de titres de la trempe d’Angelita qui est quand même une sacrée chanson qui justifie à elle seule l’écoute de l’album.